Macro-économie / Taux
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REF 2025 : l’Europe face à Trump et à elle-même / Entre lucidité, désillusion et sursaut politique
L’Europe vacille entre ambition géopolitique et impuissance stratégique. C’est un peu l’impression qui domine à entendre certains des intervenants présents aux Rencontres des entrepreneurs de France organisées par le Medef. A l’occasion d’une table ronde, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a ouvert la discussion avec gravité : "Les Européens voient dans l’Europe une forme d’assurance-vie", a-t-il affirmé, à condition toutefois "de se donner les moyens de construire ces protections". Dans une analyse du désordre mondial, il évoque "la fin de trois certitudes : la paix, la prospérité, la démocratie ". La guerre en Ukraine, la course technologique sino-américaine et les manipulations électorales en Europe seraient les symptômes d’un basculement historique.
Pour le ministre, l’enjeu est clair : "Si nous voulons être maîtres de notre destin, il nous faut développer de la force morale, militaire et économique. " Il a appelé à sortir du "logiciel " dépassé d’une Europe purement économique, pour entrer dans l’ère d’une Europe puissance, réclamant un sursaut stratégique.
La députée européenne Aurore Lalucq "Place publique" n’a pas mâché ses mots. Ses cibles principales : Donald Trump et l’attentisme européen. "Le business model de Trump, c’est de nous taper dessus", a-t-elle pointé. Face à ce qu’elle qualifie de "capitalisme d’extorsion ", elle a dénoncé une Europe paralysée, incapable de défendre ses intérêts ou de faire de la politique au sens fort. "Quand est-ce qu’on va comprendre que la souveraineté ne se négocie pas ? ", s’est-elle exaspérée.
La présidente de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen appelle à casser l’accord commercial en cours avec les États-Unis, à refuser l’abaissement des droits de douane et à assumer un rapport de force. Sinon, ironise-t-elle, "allons jusqu’au bout et devenons un État membre américain. Au moins, j’aurais le droit de vote au Congrès."
Plus mesuré mais tout aussi critique, François-Xavier Bellamy, député européen "Les Républicains" a replacé le débat sur un terrain intérieur : " L’agressivité de Trump ne dépend pas de nous. Ce qui dépend de nous, c’est de créer un climat favorable à nos entreprises." Pour lui, l’Europe s’épuise à s’auto-handicaper avec une sur-réglementation, une fiscalité lourde et une défiance envers l’initiative économique. "Ce n’est pas en insultant Trump qu’on répondra à ses attaques. C’est en redonnant à l’Europe les moyens de sa prospérité", plaide-t-il, citant le stoïcisme pour rappeler la nécessité de se concentrer sur ce qui peut être changé.
Fabrice Le Saché, vice-président du Medef, a fustigé quant à lui l’inaction européenne sur des sujets concrets : importations incontrôlées, réglementations incohérentes, stratégie énergétique mal définie. "Qui nous a obligés à ostraciser le nucléaire ? Personne. Qui nous a imposé la voiture électrique sans stratégie industrielle ? Personne." Il a indiqué que le problème n’était pas Washington ou Pékin, mais bien Paris et Bruxelles : "C’est ici que nous devons agir contre les colis Shein et Temu qui détruisent notre commerce de centre-ville."
De son côté Emma Marcegaglia, présidente-directrice générale du groupe industriel italien Marcegaglia Holding, a insisté sur la nécessité d’une réforme interne mais refuse les modèles autoritaires : "Dans ce monde fou, l’Europe reste un endroit de stabilité, de droit, de démocratie. Je ne veux pas devenir comme les États-Unis ou la Chine.". Elle a jugé indispensable de sortir de l’excès de prudence réglementaire, à libérer l’innovation et à relancer une intégration économique concrète avec une union bancaire et un marché des capitaux.
Enfin, Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle de l’Europe, a défendu l’accord commercial passé avec les Etats-Unis, vertement critiqué par Aurore Lalucq. "J’ai entendu tout et n’importe quoi depuis maintenant des mois, notamment cet été. Nous avons obtenu un maximum de 15 %. Ce que n’ont pas obtenu les Britanniques, qui ont obtenu de limiter l’augmentation des droits de douane à 10 %, mais qui vient se rajouter à ce qu’ils avaient déjà. Ce qui n’est pas notre cas", a-t-il indiqué, soulignant l’obtention d’exemptions pour l’aéronautique.
Le commissaire européen a toutefois fait part de sa préoccupation liée aux dernières déclarations de Donald Trump sur les règlements sur les services et les marchés numériques (DSA et DMA). "Le deal, la contrepartie, c’était la prévisibilité que nous donnions au secteur privé pour pouvoir investir sur le long terme et pour pouvoir organiser les chaînes de valeur. Mais cette prévisibilité, est-ce qu’elle n’est pas en train de tomber par terre ? C’est mon inquiétude maintenant depuis 24 heures.", a-t-il déclaré.
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