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Pernod Ricard encaisse les chocs et défend sa marge malgré un exercice sous haute tension / Le groupe se prépare à une année de transition
Entre une enquête anti-dumping d’un an en Chine - conclue début juillet par un accord sur un prix minimum - et l’annonce d’une hausse des droits de douane à 15 % sur les vins et spiritueux exportés vers les États-Unis, Pernod Ricard a navigué en eaux particulièrement agitées lors de son exercice 2024/25. Ajoutez à cela une consommation américaine et chinoise morose, et l’année restera comme l’une des plus heurtées pour le géant français des spiritueux.
Dans ce contexte difficile, le groupe, présidé par Alexandre Ricard, a dévoilé ce jeudi un chiffre d’affaires annuel en recul de 3 % en organique sur un an et de 5,5 % en données publiées, à 10,96 milliards d’euros.
Et pourtant, malgré cette pression sur l’activité, Pernod Ricard est parvenu à défendre sa rentabilité. Sa marge opérationnelle organique a progressé de 64 points de base, tirée par un programme d’efficacité achevé cette année (900 millions d’euros d’économies sur trois exercices) et un strict contrôle des coûts. Le résultat opérationnel courant (ROC) s’établit à 2,95 milliards d’euros, en baisse limitée de 0,8 % en organique sur un an, et de 5,3 % en publié.
Etats-Unis et Chine en net repli, envolée continue en Inde
Les résultats par région illustrent les déséquilibres du marché mondial des spiritueux. En Amérique, les ventes ont reculé de 3 % par rapport à l’exercice précédent, avec une baisse de 6 % aux États-Unis, l’entreprise assurant toutefois que ses marques phares - Jameson, Absolut et Kahlúa - ont mieux résisté que leurs concurrents. À l’inverse, le Canada a progressé fortement, tout comme le Brésil, porté par les marques premium comme Beefeater, Chivas Regal ou Absolut.
En Asie, la situation est contrastée. La Chine a accusé une chute spectaculaire de 21 %, pénalisée par une consommation en berne, des ventes de Martell en repli et des surstocks chez les distributeurs. En Inde, en revanche, le tableau est bien différent. Le chiffre d’affaires y a progressé de 6 % sur un an, porté par la montée en gamme du portefeuille et une forte demande pour les marques internationales. Jameson s’impose d’ailleurs comme la première marque d’alcool importée du pays et le deuxième marché mondial de Pernod Ricard pour Jameson en volume.
En Europe, les ventes ont baissé de 2 %, mais restent stables hors Russie. La France, l’Europe de l’Est et le Royaume-Uni sont en croissance et gagnent des parts de marché, tandis que l’Allemagne et l’Espagne sont en retrait. Le canal du Global Travel Retail a enfin lourdement souffert (-13 % par rapport à l’année précédente), principalement en raison de la suspension des importations de Cognac dans les duty-free chinois depuis décembre 2024.
Un portefeuille en ordre dispersé
Au niveau des marques, là encore, les performances sont hétérogènes. Les marques internationales stratégiques, qui concentrent une large part du chiffre d’affaires, ont reculé de 4 %. Martell a souffert en Chine, tandis que Jameson a poursuivi sa croissance globale. Absolut affiche des performances solides dans la plupart des régions, à l’exception de l’Europe de l’Ouest.
Les marques locales stratégiques, elles, ont progressé de 2 %, dopées par les whiskies Seagram’s (notamment Royal Stag) et la bonne dynamique de Kahlúa aux États-Unis. Les marques "specialty" chutent de 7 %, malgré les bonnes performances de Bumbu et The Deacon. Seul véritable point d’éclaircie : les boissons prêtes à boire (RTD), en progression organique de 7 %, confirmant ainsi leur potentiel sur un segment jeune et en croissance.
Trésorerie renforcée
Malgré ces vents contraires, Pernod Ricard parvient encore à protéger ses fondamentaux financiers. Le résultat net courant part du groupe a atteint 1,83 milliard d’euros, en baisse de 9 % sur un an, principalement à cause d’une hausse des charges financières (coût moyen de la dette porté à 3,2 %). Le résultat net part du groupe a grimpé néanmoins à 1,63 milliard d’euros, en hausse de 10 %, grâce à la diminution des charges non courantes.
Côté trésorerie, le groupe affiche un free cash-flow en nette progression, à 1,13 milliard d’euros (+ 18 %), porté par une optimisation du besoin en fonds de roulement et une meilleure gestion des stocks. La dette nette recule quant à elle de 224 millions d’euros, à 10,73 milliards d’euros. Un dividende stable de 4,70 euros par action sera proposé à l’Assemblée générale du 27 octobre.
2025/26, un exercice sous vigilance
L’exercice à venir s’annonce donc pour Pernod Ricard comme une phase de transition. Si selon l’entreprise, le premier trimestre 2025/26 s’annonce encore tendu avec des distributeurs américains qui devraient continuer à ajuster leurs stocks, une demande toujours faible en Chine et une nouvelle fiscalité appliquée dans le Maharashtra en Inde, le redémarrage des ventes de Cognac dans le duty-free chinois est attendu au deuxième trimestre.
Pour l’ensemble de l’exercice, le groupe entend poursuivre sa politique d’investissement ciblé tout en maintenant sa rigueur financière. Les dépenses stratégiques devraient passer sous la barre des 900 millions d’euros, contre 1,2 milliard en 2024/25. D’ici 2028/29, Pernod Ricard vise une croissance organique annuelle comprise entre 3 % et 6 %, accompagnée d’une hausse continue de sa rentabilité. Un nouveau programme de gains d’efficacité d’un milliard d’euros sera déployé sur cette période.
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