WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions

Entreprises / Actions

Les investissements monstres dans l’IA, entre promesses juteuses et probables excès / De la difficulté de comparer cette révolution technologique aux précédentes

La dernière vague de publications financières des géants de la Tech américaine a prouvé qu’ils n’étaient pas près de ralentir la cadence de leurs investissements pour se placer en tête de la course à l’intelligence artificielle. Des montants colossaux, rarement observés et posant les bases d’une croissance future. Mais qui ne sont en rien des gages de cette dernière, ou de la certitude de leurs retombées.
Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP
Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP

Les chiffres donnent le vertige, mais sont pourtant devenus monnaie courante. À renfort de promesses d’investissements dépassant parfois la centaine de milliards de dollars, les géants de la Tech américaine sont engagés dans une course aux dépenses rarement observée afin de construire des centres de données, développer des puces propriétaires ou sécuriser des sources d’énergie colossales.

En jeu, évidemment, leur place dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). "En 2023, les Mag 7 (ou Sept Magnifiques, soit Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet, Meta, Nvidia et Tesla, ndlr) avaient dépensé 151 milliards (de dollars) ; en 2024, 246 milliards ; et en 2025, la barre des 320 milliards devrait être franchie. Le ratio CapEx/ventes des leaders est passé en moyenne de 10 % à 20 % en moins de deux ans. L’ampleur dépasse de loin celle des 493 autres sociétés du S & P 500, dont les dépenses n’ont progressé que de 4 %" explique John Plassard, de Cité Gestion, dans sa lettre quotidienne.

 

Entre autres révolutions

 

Difficile d’analyser ces montants à l’aune des grandes révolutions économiques précédentes. Si d’aucuns comparent la vague actuelle d’investissement au "boom" du chemin de fer, ou encore à la bulle Internet, observe le stratégiste, l’échelle et la vitesse d’exécution d’aujourd’hui dépassent de loin ces comparatifs. Par exemple, les applications d’IA peuvent toucher des milliards d’utilisateurs en quelques mois, là où les infrastructures physiques prenaient des décennies, indique John Plassard. De même, contrairement à ce qui s’observait lors de la bulle Internet, les géants de la Tech affichent déjà des flux de trésorerie et des rentabilités solides, à même de pouvoir absorber ces divers investissements.

"En revanche, le risque d’un excès de capacité est bien réel, comme l’ont montré les épisodes de surproduction dans le transport maritime ou l’énergie. Les précédents historiques montrent aussi que les phases d’hyper-investissements se soldent souvent par une consolidation brutale. Ce qui rend le moment unique, c’est que cinq ou six entreprises concentrent la quasi-totalité de l’effet, verrouillant l’accès à la course pour les autres", détaille le stratégiste. Une tendance qui rend donc toute similitude historique très faible. Ce manque de comparaison réduit aussi les chances de tabler sur des scénarios d’anticipation fiables, quant aux retombées que produiront ces investissements.

 

Trois chemins

 

Pour l’heure, trois voies semblent s’ouvrir à parts égales : un retour sur investissement inférieur aux attentes, entraînant une chute des valorisations et une contraction brutale de l’offre ; une adoption massive et rapide des solutions d’IA qui permettrait de faire grimper les revenus et de produire des gains de productivité mesurables dans l’économie ; et enfin un entre-deux, où certaines applications deviendraient indispensables tandis que les autres sombreraient dans l’oubli. "Les annonces de Meta et Microsoft suggèrent une vision à long terme où la capacité de calcul devient un actif stratégique au même titre que le pétrole et l’acier au siècle dernier", souligne John Plassard. Ce qui n’occulte pas toutes les questions restant en suspens : que se passera-t-il si la demande se tasse ? Ou si les innovations qui découleront de ces investissements permettent effectivement d’améliorer la qualité de certains produits et services, mais sans incarner de tournant véritablement révolutionnaire ?

Les marchés semblent actuellement voir le verre à moitié plein et tabler sur le deuxième scénario, comme en ont témoigné leurs réactions généralement euphoriques aux résultats des Big Tech américaines. "Pourtant, l’histoire économique rappelle (au moins) qu’aucune phase d’expansion n’est éternelle", remarque John Plassard, soulignant aussi que le lien entre CapEx et croissance n’est pas nécessairement automatique. Dans la meilleure des configurations ces investissements créeraient effectivement un cercle vertueux, composé d’une hausse de la productivité, d’amélioration de marges et de nouveaux marchés.

 

Encore un peu de temps

 

"Mais l’économie a aussi connu des cycles où la surcapacité a détruit de la valeur pendant plusieurs années", estime John Plassard. Le stratégiste rappelle de plus que si l’IA semble déjà avoir un impact mesurable, la productivité globale n’a pas encore bondi depuis la généralisation des grands modèles de langage à la fin de l’année 2022, lors de la révélation au grand public de ChatGPT. Le signe que les gains réels restent donc à venir.

D’autant que les infrastructures construites aujourd’hui pourraient ne révéler leur plein potentiel que dans cinq à dix années. D’ici là, la pression sur les marges et le coût de l’énergie pourraient aussi freiner l’effet multiplicateur. En clair, les chiffres d’aujourd’hui posent les fondations d’une croissance future. Mais ne la garantissent en rien. "L’explosion des CapEx liés à l’IA est à la fois une opportunité historique et un risque structurel. Les montants engagés pourraient propulser l’économie vers un nouveau cycle de productivité… ou créer une bulle d’infrastructure surdimensionnée", pointe John Plassard.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article