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La désindustrialisation française se lirait-elle dans la composition du CAC 40 ? / Des modèles qui ne sont pas toujours en vue sur les marchés

Les années passant, l’indice phare de la Bourse de Paris a vu nombre de ses composantes industrielles en sortir, remarque le cabinet Vélite dans son étude annuelle sur la souveraineté économique du CAC 40. La conséquence de modèles d’affaires souffrant de certains biais boursiers, tandis que la tendance suit aussi celle du déclin de l’industrie au sein de l’économie tricolore.
(Photo by Romain Doucelin / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Romain Doucelin / Hans Lucas via AFP)

Le CAC 40 n’est pas un outil de politique industrielle. Mais il n’empêche que le regroupement des quarante entreprises vedettes de la Bourse parisienne peut, dans une certaine mesure, servir de miroir au paysage économique français. "Sa composition actuelle traduit un basculement net : celui d’une France industrielle en repli, malgré les velléités en matière de réindustrialisation", explique le cabinet Vélite, dans son étude annuelle consacrée à la souveraineté économique de l’indice phare de la Bourse de Paris.

L’exclusion d’Alstom, en mars de 2024, pourtant symbole d’un secteur stratégique par excellence, serait finalement une illustration de la difficulté d’y maintenir des entreprises industrielles, selon les auteurs de l’étude. Le groupe était alors aux prises avec des difficultés financières et opérationnelles, qui s’étaient traduites dans la chute de son cours de Bourse. Les modèles industriels, plus capitalistiques, plus lents à croître ou plus vulnérables aux cycles longs les détachent des entreprises servicielles, souvent plus agiles et plus rentables à court terme. Et donc mieux valorisées par les marchés.

"Ce biais structurel contribue à éloigner l’industrie des radars boursiers", souligne l’étude, rappelant que les critères scientifiques d’entrée dans l’indice restent fondés sur la capitalisation flottante et les volumes d’échange. EDF en 2015, Alcatel-Lucent en 2016, Lafarge Holcim en 2018, Valeo en 2019, TechnipFMC en 2020… la liste des industriels à être sortis du CAC 40 ces dernières années est fournie. Entre nationalisation, fusions, rachats ou décrochages boursiers, l’ensemble de ces facteurs témoigne d’un affaiblissement industriel durable, dans un environnement peu propice à l’investissement de long terme, remarque le cabinet.

 

Un reflet

 

En parallèle, ces départs ont laissé place à plusieurs entreprises de services, comme Teleperformance, Edenred, Accor ou Bureau Veritas, bien qu’un départ industriel ne soit pas nécessairement synonyme d’une entrée d’entreprise de services. D’autant que ces dernières sont tout sauf dépourvues d’intérêt stratégique.

La composition du CAC reste d’ailleurs finalement en ligne avec la place amenuisée qu’occupe l’industrie dans l’économie française, indique Vélite. Selon les données de l’Insee compilées par le cabinet, en 2024, la production industrielle n’avait toujours pas retrouvé son niveau d’avant-Covid, et se situait toujours au niveau de 2014. Côté emploi, le constat reste le même : depuis 2017, la part de l’industrie dans l’emploi total est passée de 20,4 % à 19,2 %. "Autrement dit, rapportée à l’ensemble des emplois, la place de l’industrie dans notre économie est aujourd’hui nettement plus faible qu’il y a six ans. En indice base 100, cette part est tombée à 94 en 2023. Un recul plus marqué qu’en Allemagne, malgré ses propres difficultés industrielles. Et il contraste surtout avec l’Italie, souvent absente des comparaisons mais pourtant exemplaire sur ce point : chez nos voisins transalpins, l’industrie regagne du poids dans l’économie nationale", indique le cabinet.

"Le remplacement des locomotives industrielles par des poids lourds du tertiaire pose une question essentielle : dans un monde où la guerre économique s’intensifie – entre relocalisations massives, politiques de préférence nationale, captation des chaînes de valeur et instrumentalisation des normes technologiques – la France peut-elle rester une puissance économique crédible sans base industrielle solide ?", interroge l’étude. Un tableau qui peut sembler sombre mais qui cache d’autres réalités plus nuancées. La composition actuelle du CAC 40, et donc ses pensionnaires, jouent aussi à plein leur rôle de catalyseur de la souveraineté nationale, en conjuguant performance économique, ancrage territorial, innovation et rayonnement stratégique. Selon le classement réalisé par Vélite, les champions de la contribution à la souveraineté économique de la France sont, de plus, des industriels, avec Thales et Safran installés à sa première et deuxième place.

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