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Macro-économie / Taux

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Réindustrialisation : la commission d’enquête lève le voile sur son rapport / Dix freins identifiés

À l’issue d’une cinquantaine d’auditions, le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les freins à la réindustrialisation dresse une cartographie des principaux obstacles pour l’Hexagone. Elle pointe notamment le coût de l’énergie, la complexité administrative, le déficit d’image du secteur, ainsi que les difficultés d’accès au foncier et au financement.
Ligne de production à Chartres-de-Bretagne - Damien MEYER / AFP
Ligne de production à Chartres-de-Bretagne - Damien MEYER / AFP

Moins d’usines, moins d’emplois, plus de dépendance : la France a payé le prix fort de sa désindustrialisation. En trente ans, plus de 2,5 millions d’emplois industriels ont été supprimés et la part de l’industrie dans le PIB est passée de 17 % à 9 %. Dans ce contexte, la commission d’enquête parlementaire sur les freins à la réindustrialisation, présidée par Charles Rodwell (Ensemble pour la République) et dont Alexandre Loubet (Rassemblement national) était rapporteur, a mené un travail afin d’analyser ces difficultés et de proposer des pistes pour relancer l’industrie française. Après trois mois d’auditions, de consultations et de déplacements, le rapport final présente un diagnostic et 130 propositions organisées autour de dix obstacles majeurs.

Le premier point souligné est l’absence d’une stratégie industrielle nationale claire et cohérente. Malgré plusieurs initiatives, comme le plan France 2030, le rapport recommande la mise en place d’une stratégie pluriannuelle portée par un ministère regroupant industrie, énergie et formation, en coordination avec les filières professionnelles et les collectivités territoriales. Cette stratégie devrait viser à renforcer l’innovation, la souveraineté économique et la modernisation des moyens de production, notamment via la décarbonation, la robotisation et la numérisation.

Un autre frein important concerne l’image du secteur industriel, encore largement associée à des représentations anciennes et peu valorisantes. Pour améliorer cette perception, le rapport préconise des campagnes d’information, le développement du tourisme industriel et un rapprochement renforcé entre entreprises et système éducatif.

La formation professionnelle constitue également un enjeu central. Le rapport souligne la nécessité de mieux préparer les jeunes aux métiers industriels, en renforçant notamment l’enseignement des sciences et en diversifiant les parcours scolaires. Il propose de confier au ministère de l’Industrie la responsabilité des lycées professionnels spécialisés, de développer les écoles de production, d’impliquer davantage les entreprises dans la formation et d’instaurer un droit à la formation continue pour accompagner les évolutions technologiques.

Sur le plan économique, la compétitivité-prix de l’industrie française est mise à mal par le coût élevé de l’énergie, la fiscalité et la complexité réglementaire. Le rapport suggère de construire un mix énergétique axé sur le nucléaire et l’hydraulique avec des prix stables, d’alléger la fiscalité sur la production et d’engager un chantier de simplification administrative, tout en demandant une adaptation des normes européennes aux réalités industrielles françaises.

Le rapport identifie aussi des difficultés liées à l’implantation de nouveaux sites industriels, entravée notamment par l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN). Il recommande d’assouplir ces contraintes en privilégiant l’occupation de friches ou de plateformes déjà artificialisées, notamment par l’extension des dérogations existantes.

La place des petites et moyennes entreprises (PME) et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) est également mise en lumière, ces acteurs clés du tissu industriel recevant parfois moins d’attention que les grandes entreprises. Le rapport propose un soutien plus ciblé à ces entreprises, notamment via un crédit d’impôt unifié favorisant leurs investissements dans la modernisation et la transition technologique.

Dans la lignée d’un récent rapport du Sénat, la commande publique est identifiée comme un levier insuffisamment mobilisé. Pour mieux soutenir l’industrie locale, le rapport préconise notamment la généralisation des centrales d’achat, l’introduction de clauses de localisation dans les marchés publics et la réservation d’une part des achats publics aux innovations issues des PME industrielles.

Le financement de l’industrie reste un défi, avec un besoin de mobilisation plus importante de l’épargne privée. Le rapport propose d’orienter volontairement une partie des produits d’épargne comme le plan d’épargne retraite ou l’assurance vie vers des investissements industriels, via notamment la création d’un fonds souverain. Il recommande également un assouplissement des règles prudentielles et un accompagnement des entreprises fragilisées par l’étalement des remboursements des prêts garantis par l’État.

Sur le plan international, le rapport souligne la nécessité de renforcer les politiques d’exportation et de sécurité économique, par la création d’instances dédiées à l’intelligence économique et un contrôle renforcé des investissements étrangers. Enfin, le cadre européen est considéré comme un facteur limitant, en raison notamment de normes parfois jugées excessives et d’une concurrence internationale asymétrique. Le rapport appelle à une adaptation des mécanismes européens, à un renforcement de la préférence européenne dans les marchés publics, et à une réforme des règles de concurrence afin de favoriser l’émergence de champions industriels européens.

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