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Entreprises / Actions

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Comment Saint-Gobain construit des ponts entre ses activités et les start-ups de son univers / Nova, une fenêtre sur l'extérieur adossée à la stratégie du groupe

La structure de "corporate venture capital" du géant des matériaux de construction s’attache à développer des partenariats avec les start-ups de son secteur. Voire d’y prendre une participation minoritaire lorsque les dossiers se révèlent particulièrement pertinents, afin d’accentuer plus encore l’accompagnement et le développement de ces jeunes pousses. Une manière de se situer à l’avant-garde du repérage des tendances de marchés porteuses, tout en insufflant de l’innovation stratégique sur les différents segments de croissance de Saint-Gobain. Avec un fil rouge défini : celui de répondre aux objectifs business du groupe.
FRANCE - ILLUSTRATION SAINT GOBAIN
FRANCE - ILLUSTRATION SAINT GOBAIN

Les grands groupes français ne sont pas en reste s’agissant de soutenir le développement et la croissance des start-ups évoluant dans leur galaxie d’activité. Pour preuve, le "Club Corporate Venture Capital (CVC)" de l’association France Invest fédère à date une trentaine de ces branches particulières, logées au sein des poids lourds de l’économie tricolore - et ayant tout autant de manières de fonctionner. Chez Saint-Gobain, le cap est en tout cas clair : créer des passerelles entre l’écosystème des start-ups et le groupe, en marchant sur deux jambes. Soit l’innovation ouverte d’un côté, grâce à des partenariats stratégiques, et des prises de participations minoritaires de l’autre. "Tout cela est fait dans le but d’accélérer la croissance et l’innovation", a expliqué Basma Kharrat, la vice-présidente de l’entrepreneuriat externe du géant des matériaux de construction et directrice de Nova, l’équipe en charge de cette activité, à l’occasion d’un point presse.

"Ce sont deux mondes qui ont à s’apporter l’un à l’autre, et nous nous situons au milieu", a poursuivi Basma Kharrat. Connaissance du secteur, ressources significatives, accès au marché et grande structure pour Saint-Gobain, modèles agiles axés sur la technologie, rythme rapide ou concepts innovants pour les start-ups : le pensionnaire du CAC 40 et les jeunes pousses ont effectivement de quoi trouver un terrain d’entente. Si Nova a été créée en 2006, afin de favoriser l’innovation ouverte, le premier investissement en fonds de fonds n’a été réalisé qu’à partir de 2010. S’ensuivront les premières prises de participations directes dans des start-ups, intervenues entre 2016 et 2019. Petit à petit, cette activité d’investissement s’est ainsi structurée. Désormais, Nova possède 56 participations en portefeuille et plus de 100 millions d’euros d’actifs sous gestion. Les premières sont réparties sur le globe, avec une prépondérance de start-ups issues de l’Amérique du Nord (elles sont au nombre de 25) et de la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique (18 start-ups).

 

Un angle "business" primordial

 

La structure est aussi dotée d’un comité d’investissement, composé de plusieurs membres du comité exécutif, qui valident ainsi ces investissements, aux tickets en moyenne toujours inférieurs à trois millions d’euros. Ces derniers se réalisent en phase "early stage", soit sur les premières levées de fonds d’une start-up. Et sont toujours conduites aux côtés de co-investisseurs. De quoi pouvoir avoir un impact sur la stratégie d’une jeune entreprise et de faire fructifier son activité, tout en portant les risques avec des partenaires. Le but, pour Nova, n’est donc pas de se mettre en quête de cibles d’acquisitions. "Notre mandat est avant tout stratégique. Ce qui créé de la valeur est l’innovation", a relevé Basma Kharrat. D’autant que la présentation des projets d’investissement s’accompagne toujours d’un "sponsor business" : une unité de Saint-Gobain doit pouvoir expliquer de quelle manière est-ce que collaboration avec la jeune entreprise aura un impact positif et pertinent sur son activité.

Le travail que Saint-Gobain entreprend avec les start-ups lui permet en effet de nourrir de multiples segments de croissance. D’abord, sur ses produits et solutions : les collaborations peuvent lui permettre d’en intégrer de nouveaux à son portefeuille, d’améliorer leur performance ou de proposer de nouveaux services et modèles économiques à la clientèle. Ensuite, les canaux de distribution peuvent être étendus, par exemple grâce à des plateformes numériques, ou bien l’accès à des marchés émergents facilité, au travers de produits pertinents pour ce faire. Enfin, les processus et les opérations du groupe peuvent aussi s’améliorer, au travers de l’exploration de nouveaux procédés de fabrication, de l’accélération de la transition numérique ou écologique. D’autres impacts, moins quantifiables, comme le perfectionnement de la R & D, la compréhension de l’évolution des réglementations et des offres, ou encore l’augmentation de la perception de la marque restent également des pierres angulaires de l’approche "CVC" de Saint-Gobain.

La démarche porte en tout cas ses fruits. Par exemple, alors que le marché de la préfabrication avait été identifié aux Etats-Unis comme porteur, trois investissements successifs ont permis à CertainTeed, une marque du groupe dirigé par Benoit Bazin, de s’y installer. Un premier, dans la start-up Unity, en 2018, avait permis de piloter de premiers projets de R & D. S’ensuivra un second dans Factory OS, qui a conduit au développement de nouveaux produits. Enfin, en 2023, le groupe a misé sur Volumetric, avec qui un accord commercial a été conclu, afin de finaliser le développement et la commercialisation d’un système de cloisons à finition rapide, et de fabriquer des panneaux pour CertainTeed. Une chaîne qui aura installé Saint-Gobain comme un nouvel acteur au cœur d’un marché désormais mature, mais dont il aura fallu comprendre les ressorts au préalable, tout en saisissant ses enjeux, pour développer les produits et les systèmes adéquats.

 

Effet d’entonnoir

 

S’il s’agit ici d’exemples d’investissements, cette activité financière se concrétise seulement en cas d’intérêt avéré. En effet, plus de 1 000 start-ups sont rencontrées par Nova chaque année, grâce aux 16 membres de son équipe répartis entre l’Europe, l’Amérique du Nord, du Sud et l’Asie. Par la suite, quelque 250 "accounts" (soit un premier contact entre une nouvelle start-up et une unité de business du groupe) sont établis. Une cinquantaine d’opportunités d’investissement sont étudiées par les équipes de Nova, et une quarantaine pour les opportunités de collaboration (technique, commercial, de services…). En 2024, ceci aura débouché sur une vingtaine de collaborations, et sur cinq investissements minoritaires dans les cas les plus pertinents.

D’autant que Nova peut aussi compter sur ses connexions aux différents écosystèmes d’innovation – les fonds de capital-risque, autres CVC, incubateurs, milieux universitaires et organismes publics et de conseil en innovation – pour alimenter ses arrivées de dossiers. De quoi être bien connecté sur l’extérieur, tout en gardant le cap sur la vision interne du groupe pour répondre à ses propres enjeux stratégiques. Soit de se concentrer sur les sujets de bâtiments durables et performants, sur les technologies de la construction et de la productivité, sur l’économie circulaire, la décarbonation de l’industrie et les solutions et modèles économiques digitaux - tous les membres de l’équipe de Basma Kharrat s’attachant par ailleurs à développer des expertises spécifiques sur certains d’entre eux. Une stratégie d’ailleurs réexaminée annuellement, afin de mettre l’accent sur certains sujets particuliers au sein de ces grandes catégories mouvantes et de s’adapter, innovation oblige, aux évolutions de l’écosystème de la construction.

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