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Poupart-Lafarge, la décennie Alstom / Un tournant symbolique entre bilan stratégique et rigueur financière
C’était une assemblée générale à plus d’un titre symbolique pour Alstom. Pour la première fois, Philippe Petitcolin en assurait la présidence, après sa nomination à la tête du conseil d’administration lors de l’Assemblée générale mixte du 20 juin 2024. Cette même date marquait la dissociation des fonctions de président et de directeur général, Henri Poupart-Lafarge conservant la direction exécutive du groupe.
Pour ce dernier aussi, le rendez-vous avait une résonance particulière. " Cette assemblée revêt pour moi un caractère un tout petit peu particulier ", a-t-il confié, rappelant qu’il avait participé à toutes les assemblées depuis l’introduction en Bourse d’Alstom en 1998. L’occasion, à ses yeux, de dresser un bilan d’étape, dix ans après avoir pris les rênes opérationnelles du groupe à la suite du départ de Patrick Kron, peu après la très controversée cession de la branche énergie à General Electric.
Si Henri Poupart-Lafarge a évoqué sa succession, c’est parce qu’elle est désormais actée. Le 16 mai, Alstom a annoncé qu’il ne solliciterait pas de quatrième mandat. Il restera en fonction jusqu’à l’assemblée générale du printemps 2027, qui statuera sur les comptes de l’exercice 2026-2027.
Dix ans pour changer d’échelle
Ce jalon des dix ans offrait donc une opportunité de revenir sur une décennie de transformation profonde. Une décennie qui aura vu Alstom tourner la page de la dépendance au marché français et au matériel roulant, pour devenir un acteur mondial du ferroviaire, présent dans 63 pays. Un changement d’échelle rendu possible par une stratégie en deux temps : entre 2015 et 2020, un effort d’expansion organique et de modernisation industrielle ; puis, entre 2020 et 2025, une phase d’accélération incarnée par l’intégration de Bombardier Transport.
Cette opération, longuement préparée, a permis à Alstom de consolider sa position de leader mondial. Elle a élargi son empreinte géographique, notamment aux États-Unis, en Allemagne et au Mexique, tout en rééquilibrant le portefeuille d’activités vers les services. " La complémentarité géographique entre les zones de force de Bombardier et celles d’Alstom était parfaite ", a souligné le directeur général, citant en exemple la commande de métro remportée récemment à New York. Cette intégration a également permis d’accélérer dans le digital et dans la maintenance prédictive, avec un portefeuille de clients de plus en plus diversifié.
Au fil de cette transformation, le chiffre d’affaires a triplé, porté par une croissance organique régulière, y compris en période de turbulences. " Les enjeux sont majeurs, au niveau mondial comme en France, avec les soubresauts politiques que l’on connaît", a-t-il rappelé, et d’enchaîner, de manière métaphorique : "quelles que soient les conditions de “température et de pression”, Alstom continue de croître, année après année, de manière maîtrisée." Entre 2021 et 2024, les revenus ont progressé de 22 %, toutes activités confondues. La marge opérationnelle est passée de 5 % à 6,4 %, soit un milliard d’euros, un niveau désormais supérieur à la moyenne du secteur.
Cash-flow : l’indicateur au cœur de l’assemblée
Le dirigeant n’a pas manqué de revenir sur l’exercice écoulé, clos fin mars, qu’il a qualifié de "bonne année commerciale", marquée par une dynamique soutenue sur l’ensemble des segments d’activité. Les prises de commandes ont atteint 19,8 milliards d’euros, portant le ratio book-to-bill au-dessus de 1. Une performance équilibrée entre le matériel roulant, les services et la signalisation, et bien répartie sur les différentes zones géographiques. En Allemagne, premier marché européen et enjeu stratégique depuis l’intégration de Bombardier, Alstom a remporté les deux plus gros contrats de l’année : une commande urbaine pour Hambourg et un projet suburbain dans la région de Cologne (S-Bahn Rheinland).
Au-delà du bilan stratégique dressé par Henri Poupart-Lafarge, l’assemblée générale a également offert un moment d’attention particulier autour d’un point de crispation bien identifié par les marchés : le cash-flow libre. L’occasion d’entendre, de manière plus directe qu’à l’accoutumée, le directeur financier Bernard Delpit sur un indicateur devenu central dans la lecture de la trajectoire financière d’Alstom.
Sur ce point, ce dernier a tenu à rappeler la performance enregistrée sur l’exercice 2024-2025, avec une génération de trésorerie disponible de 502 millions d’euros – " la plus importante depuis des années, et certainement depuis la création d’Alstom Transport ". Ce résultat, a-t-il expliqué, repose sur deux piliers : " l’augmentation de nos marges " et " la très forte maîtrise des mouvements de trésorerie temporaire, ce que nous appelons le besoin en fonds de roulement ".
Une discipline financière à inscrire dans la durée
S’agissant des perspectives, Bernard Delpit a confirmé une cible de cash flow libre comprise entre 200 et 400 millions d’euros pour l’exercice en cours. Tout en prévenant d’un trou d’air au premier semestre : une consommation de trésorerie estimée à près d’un milliard d’euros, en raison de la saisonnalité des grands contrats en cours d’exécution. Une annonce déjà faite au marché le 14 mai dernier, et qui avait provoqué une réaction nerveuse du titre en bourse. Mais cette volatilité, selon lui, ne remet pas en cause la dynamique de fond.
" Nous confirmons notre objectif : générer au total 1,5 milliard d’euros de trésorerie disponible sur trois exercices consécutifs – l’année dernière, celle en cours et la suivante ", a assuré Bernard Delpit, rappelant que cette trajectoire repose sur une discipline financière exigeante. Et d’ajouter : " Nous avons déjà tenu cet engagement l’an dernier, avec 500 millions d’euros de cash généré pour 498 millions de résultat net. " Reste à inscrire cette mécanique dans le temps long, sous le regard vigilant des investisseurs.
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