Macro-économie / Taux
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France : le Comité de suivi des retraites prône la sous-indexation des pensions / Une solution transitoire pour redresser les comptes
Le système de retraite français traverse une phase critique. Selon le dernier avis du Comité de suivi des retraites (CSR), la trajectoire financière du régime reste préoccupante, en particulier pour le régime général et celui des agents territoriaux (CNRACL). Si l’équilibre n’est pas encore hors de portée, il appelle à des décisions ciblées, mais potentiellement sensibles.
Ne pas toucher aux fondements de la réforme de 2023 est jugé essentiel pour la soutenabilité du système. L’organisme placé auprès du Premier ministre insiste sur le maintien des paramètres d’âge et de durée d’assurance, rappelant les effets bénéfiques sur l’économie d’un relèvement de l’âge effectif de départ.
L’instance présidée par Franck von Lennep, ancien directeur de la Sécurité sociale, ne recommande pas pour autant l’immobilisme. Elle plaide pour une sous-indexation des pensions pour ramener les comptes à l’équilibre dès 2030. Ce scénario s’appuie sur une dynamique d’épargne favorable chez les retraités et un niveau de vie encore élevé en comparaison européenne. Le niveau de vie des retraités représentait 97 % de celui de la population totale en 2022, et devrait même légèrement remonter en 2023-2024 avant de baisser après 2030.
Ce levier a déjà été discuté par les partenaires sociaux au sein de la délégation paritaire permanente, qui a évoqué une sous-indexation progressive de 0,8 point en 2026, puis 0,4 point par an de 2027 à 2030, soit 2,4 points au total. L’impact est chiffré : chaque 0,1 point de sous-indexation représente un gain de 300 millions d’euros en 2025 et 340 millions d’euros en 2030. Pour combler un déficit de 6,6 milliards d’euros (déficit attendu en 2030), il faudrait ainsi une sous-indexation cumulée d’au moins 1,9 point, un peu plus si l’on tient compte des moindres recettes fiscales induites (CSG et impôt sur le revenu).
Mais cette solution n’est pas sans effets. Le CSR alerte sur les risques récessifs d’une telle mesure, car elle réduit le pouvoir d’achat des retraités. Toutefois, leur taux d’épargne supérieur au reste de la population, et en augmentation depuis 2019 selon l’Insee, pourrait amortir l’impact économique global.
Reste que, le CSR souligne aussi les limites de ce levier à moyen terme. "Une telle politique ne peut être la seule réponse après 2030 ", prévient le comité, qui appelle à ouvrir un débat politique et social sur le niveau de vie cible des retraités, aujourd’hui non défini dans la loi.
Le jury citoyen consulté par le CSR (c’est toujours le cas lorsque des recommandations sont formulées) s’est d’ailleurs montré réticent à l’égard d’une sous-indexation prolongée et a aussi souligné le rôle social et intergénérationnel des retraités, notamment dans la solidarité envers les plus jeunes. "Si cette appréciation correspond sans aucun doute au vécu d’un grand nombre de nos concitoyens et peut refléter, au-delà de transferts financiers, des enjeux de transmission symbolique, il serait paradoxal de prioriser le pouvoir d’achat des retraités sur celui des jeunes actifs pour préserver, voire favoriser, la solidarité intergénérationnelle", pointe le Comité. Au-delà de 2030, le CSR estime que d’autres leviers devront être activés : taux de remplacement, âge effectif de départ, architecture même des régimes. Il promet des propositions concrètes dans son avis de 2026.
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