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Macro-économie / Taux

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Chaleur extrême, choc économique global / La canicule frappe au portefeuille

Alors que des records de température tombent à travers l’hémisphère Nord, une étude d’Allianz Trade met en lumière les effets de plus en plus marqués des vagues de chaleur sur l’économie mondiale. Des pertes de productivité au recul du PIB, le coût du dérèglement climatique devient tangible, particulièrement dans les pays vulnérables.
FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Records de température battus, productivité en chute libre, croissance sous pression : dans l’hémisphère Nord, l’été 2025 offre un aperçu inquiétant de ce que pourrait être la “nouvelle normalité” économique à l’ère du dérèglement climatique. Les chiffres sont éloquents : selon les données du service Copernicus/ECMWF, 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, et mai 2025 le deuxième mois de mai le plus chaud au niveau mondial. À l’échelle de la planète, un dôme de chaleur étendu et tenace s’apprête à recouvrir les États-Unis, l’Europe occidentale et centrale, faisant grimper les températures au-delà des seuils habituels.

Ce phénomène, loin d’être anodin, pose désormais une question cruciale : nos économies sont-elles prêtes à encaisser ces chocs répétés ? Selon Allianz Trade, le lien entre changement climatique et activité économique devient tangible et mesurable. Les effets ne sont plus seulement indirects ou long-termistes : ils apparaissent dans les indicateurs de court terme, notamment la croissance du PIB.

D’après les simulations, la vague de chaleur actuelle pourrait faire reculer la croissance mondiale de -0,6 point en 2025, et celle de l’Europe de -0,5 point. Certains pays particulièrement touchés enregistreraient des pertes proches d’un point de PIB : la Chine, l’Espagne, l’Italie et la Grèce sont les plus exposées. Les États-Unis et la Roumanie pourraient subir un recul de -0,6 point, la France de -0,3 point, tandis que l’Allemagne, mieux protégée, resterait autour de -0,1 point.

L’une des conséquences les plus documentées concerne le travail humain, en particulier la productivité physique. À mesure que les températures augmentent, la capacité des individus à travailler baisse drastiquement. Selon des études citées dans l’analyse, une journée au-dessus de 32°C peut réduire la masse salariale annuelle d’environ -0,04 %, soit 2,1 % du revenu hebdomadaire moyen. Cette baisse combine plusieurs effets : diminution de la productivité, réduction du temps de travail, baisse de la demande de travail et hausse des coûts pour les entreprises.

L’Organisation internationale du travail (OIT) prévoit qu’en raison du stress thermique, 80 millions d’emplois à temps plein pourraient disparaître d’ici peu, soit une baisse de -2,2 % du total mondial des heures de travail. Déjà en 2021, 470 milliards d’heures avaient été perdues, une hausse de + 37 % par rapport à la décennie 1990-99. Les pays les plus vulnérables sont aussi les moins équipés pour s’adapter : en Afrique, en Asie du Sud, mais aussi dans certaines régions d’Amérique latine, les conditions de travail, de logement et d’accès à la climatisation rendent les populations plus exposées. Le dérèglement climatique y devient aussi un facteur d’inégalités.

Si les économies développées peuvent compenser une partie des pertes (en rattrapant la production plus tard ou via des mesures de relance), les effets indirects du climat sont plus graves dans les pays à faible revenu, à la fois sur la croissance et sur la résilience sociale. Dans les nations peu diversifiées, une catastrophe climatique peut ralentir durablement l’activité économique. Les aides internationales, si elles atténuent le choc à court terme, ne suffisent pas à bâtir une véritable adaptation structurelle. Autre point d’alerte : les modèles du GIEC n’intègrent pas encore les “points de bascule” climatiques dans leurs prévisions économiques. Et pourtant, les pertes liées à des événements extrêmes très intenses (dans le top 1 % des catastrophes) peuvent être jusqu’à 14 fois supérieures à celles causées par des événements légèrement moins graves.

 

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