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Feuilleton de l'été / maxime morand / Verkor / Directeur de la stratégie

Feuilleton de l'été
maxime morand / Verkor / Directeur de la stratégie

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Maxime Morand, directeur de la stratégie et des partenariats de Verkor

EXCLUSIF. En charge de piloter la stratégie et les partenariats de la pépite des batteries électriques bas-carbone, le parcours de ce jeune dirigeant lui a déjà permis d’appréhender de multiples facettes de son secteur d’activité. Financements, réalités de terrain, vision de long terme : passé par l’Agence des participations de l’État et la Direction générale du Trésor, il se plaît aujourd’hui à exercer au cœur de la machine opérationnelle, dans un domaine hautement stratégique et incarnant, à lui seul, nombre d’enjeux de l’industrie française.
Maxime Morand, directeur de la stratégie et des partenariats de Verkor. Droits réservés
Maxime Morand, directeur de la stratégie et des partenariats de Verkor. Droits réservés

De la gestion du rôle de l’État actionnaire à celle de la réalité opérationnelle de terrain, en passant par la question de son financement, ou bien de la protection de ses actifs stratégiques, l’industrie française est un terrain de jeu aussi vaste qu’elle ne revêt de manières de répondre à ses enjeux spécifiques. À 33 ans, Maxime Morand, directeur de la stratégie et des partenariats de Verkor, a d’ailleurs déjà pu en faire l’expérience. Cet environnement entrepreneurial est pourtant loin d’avoir été de tout temps le sien. Mais l’envie de servir l’industrie de son pays a néanmoins toujours guidé l’orientation de ses différents choix professionnels. De fait, le sujet l’a de tout temps intéressé, essentiellement du fait de son appétence pour les matières scientifiques. "Je me sens à l’aise dans des environnements à dominante d’ingénieurs", remarque-t-il à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.

"J’ai fait les études que j’ai faites car je ne voulais pas choisir entre mon intérêt que j’ai découvert, sur le tard, pour la philosophie et les matières littéraires et les sciences, que j’affectionnais particulièrement", remarque-t-il. Arrivé dans la prestigieuse classe préparatoire Sainte-Geneviève ("Ginette") à seulement 16 ans, il y découvre une "deuxième vie". Une période dont les souvenirs et les réalisations l’accompagnent encore aujourd’hui. "C’est à cet âge-là qu’on se forge des valeurs qu’on espère garder toute sa vie", souligne Maxime Morand. Après avoir décroché son entrée à HEC, il se rendra néanmoins compte que la grande école de commerce ne comble pas l’ensemble de ses aspirations. Il profitera donc de l’opportunité donnée, à dessein, de pouvoir aménager son emploi du temps pour explorer d’autres matières, comme la philosophie et le droit, puis de réaliser un double-diplôme à Science Po Paris.

C’est alors qu’une opportunité d’envergure se présentera à lui, celle de rejoindre l’Agence des participations de l’État (APE) en 2016. Son goût pour le service public, l’industrie et la finance l’en convainc : c’est une proposition qui ne se refuse pas. D’autant qu’en ses qualités de chargé de participations, il peut alors se targuer de suivre de près les plus grands fleurons de l’industrie française. Parmi eux ? PSA, Thales, Dassault Aviation ou encore TechnicAtome. "Sur le plan personnel, cela m’intéressait également de comprendre comme l’État pouvait agir dans cette mécanique industrielle en étant actionnaire", relève Maxime Morand. Un sujet qui le passionnera au point de lancer, avec d’autres camarades, un enseignement à Sciences Po à son propos. "Il paraît qu’il se donne toujours", glisse-t-il, moins disponible pour les dispenser depuis son déménagement à Grenoble – siège de Verkor dans la région oblige.

 

Pas de tabou sur la politique industrielle

 

De cette vaste question, Maxime Morand en tirera plusieurs grandes réponses. "L’Etat est loin de sa caricature d’un actionnaire inefficace. En revanche, il est bien meilleur lorsqu’il est minoritaire : le fait d’avoir des co-investisseurs privés le préserve de ses travers. Mais lorsqu’ils sont retranchés, il n’en reste que les bonnes choses : soit d’avoir la capacité de mettre en œuvre des stratégies industrielles de long terme. C’est ce qui manque aujourd’hui cruellement à la place financière et à l’industrie européennes, et pour de nombreuses raisons", souligne-t-il, en rappelant entre autres la structure de l’épargne du Vieux continent ou encore l’absence de capitaux longs. " Mais toujours est-il que parler de politique industrielle ne doit pas être un tabou, même lorsque l’on appartient à la famille libérale, ce qui est mon cas. Les "mains invisibles" qui façonnent le marché, ce sont in fine les nôtres, en tant qu’acteurs économiques privés et publics : il est grand temps que l’on retrouve le sens de cette responsabilité", remarque-t-il.

Au fil de ses trois années à l’APE, Maxime Morand participera ainsi à la gouvernance des participations de l’État, dans l’ensemble de leurs moments clés. "Ce qui m’a marqué, c’est que nous agissions toujours dans l’intérêt des entreprises", indique-t-il, se rappelant notamment du vote favorable de l’État au rachat d’Opel par PSA, pourtant en pertes depuis une décennie, ou encore de l’énergie avec laquelle Carlos Tavares avait convaincu l’APE de le laisser mener ce chantier.

De ses premières années passées à Bercy, Maxime Morand gardera également un souvenir particulier de la réforme de la protection des actifs stratégiques, de celle de l’action spécifique ou encore du renforcement du contrôle des investissements étrangers, puisqu’il participera activement à leur construction. "Avec le recul, cela montre bien que tout en restant dans une école de pensée favorable aux échanges et aux investissements internationaux, nous avions pris conscience de la nécessité de mieux protéger notre industrie. La guerre économique est une réalité et, même s’ils sont nos alliés, l’influence que les États étrangers exercent est avérée. Il ne faut pas être naïf", souligne-t-il.

 

Un trait d’union avec la DG Trésor

 

Du fait de son implication d’analyste sur le dossier Thales, Maxime Morand sera amené à rencontrer Odile Renaud-Basso, alors directrice générale du Trésor, mais également administratrice du groupe présidé par Patrice Caine. C’est ainsi qu’il sera informé qu’un poste se libérait à la Direction générale (DG) du Trésor, portant sur les fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts. "J’y suis allé en espérant pouvoir tirer un trait d’union entre les deux. Les fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts sont une source de financements importante, que l’on pourrait mieux flécher vers l’industrie. Si de plus en plus d’initiatives émergent en ce sens, nous n’y sommes pas encore ", regrette Maxime Morand, remarquant néanmoins qu’un certain nombre de barrières techniques ralentissent la pleine réalisation et accélération de ce projet. En parallèle de ses trois années passées à la DG Trésor, il s’intéressera aussi avec un associé, "qui a redressé de belles entreprises françaises", à la création d’un fonds de private equity. Le projet ne verra finalement pas le jour. "Mais je pense que c’est en partie ce qui m’a aidé à sauter le pas vers quelque chose de plus entrepreneurial, vers une route moins tracée", indique Maxime Morand.

Car dès le début de sa carrière, il en était déjà convaincu : une longue carrière au service de l’État n’était pas ce qui le motivait. "On apprend énormément quand on est au service des administrations. Mais on produit, en quelque sorte, un impact faible sur de grandes choses. Rejoindre un projet où mon impact serait plus fort, et sur quelque chose de peut-être plus concentré, m’intéressait. Ce n’est pas la même motivation : dans un cas, il y a une forme d’excitation intellectuelle. Mais là, il s’agit de faire", souligne Maxime Morand. Aussi, quand le fondateur de Verkor, Benoit Lemaignan, lui proposera de rejoindre l’entreprise, il n’hésitera pas. "C’est une tout autre façon d’envisager les responsabilités : dans le concret et le temps court. On est dans la négociation ou on n’y est pas, un partenariat se noue ou ne se noue pas", indique Maxime Morand. L’entreprise lui était déjà familière, du fait de passages récurrents dans la région grenobloise et du caractère stratégique de son activité. Mais la rencontre avec son fondateur fut informelle, le poste qu’il occupe aujourd’hui n’existait pas encore.

Le projet l’a immédiatement séduit. Pour son aspect souverain et pour le sens qu’il s’attache à porter. "Participer à ce type d’aventure permet de grandir avec elle. Nous étions 70 quand j’ai rejoint Verkor, nous sommes désormais plus de 1 000, avec 40 nationalités différentes présentes au sein de nos effectifs ", remarque-t-il. D’autant qu’à son arrivée, l’entreprise est en pleine préparation de sa levée de fonds historique de 2 milliards d’euros."Nous passions du statut de start-up à succès à celui d’une entreprise industrielle, capable de livrer en temps, en heure et en qualité. Il fallait donc réorienter l’effort stratégique et partenarial en ce sens et trouver des partenaires financeurs qui allaient contribuer à écrire une histoire industrielle avec nous", observe Maxime Morand.

 

La réalité avant tout

 

La suite est désormais connue. Pour autant, Maxime Morand aime à rappeler qu’il s’agit avant tout d’un montant commensurable à la réalité d’une entreprise industrielle dans le secteur des batteries. "C’est le ticket d’entrée pour jouer dans notre métier. Nous restons humbles, le marché l’a compris et c’est pour cela que nous avons été financés, notamment par des partenaires stratégiques comme Renault. Ce n’est pas tant que le montant de cette levée qui importe : nous avons un projet impactant, qui suppose un effet d’échelle. Il faut atteindre une taille critique pour être compétitif", nous explique-t-il.

Depuis, l’entreprise a sereinement poursuivi son chemin, tant dans le développement de son activité que du côté des avancées de sa gigafactory de Dunkerque. Confiant quant à la marche en avant de la transition électrique, Maxime Morand rappelle que le temps de l’industrie est long et que le bruit qui peut s’opérer à court terme n’augure pas des tendances de long terme. "Il y a des besoins importants de conviction et de pédagogie à réaliser sur les véhicules électriques et les infrastructures qui accélèrent leur déploiement. Le vrai sujet est celui de maintenir un cap qui nous permettra d’avoir de la prévisibilité sur nos investissements", remarque-t-il, ajoutant : "Il y a une tendance d’augmentation de la part des véhicules électriques. L’industrie de l’automobile est cyclique, les creux ne peuvent et ne doivent pas désengager les parties prenantes des investissements et stratégies industrielles de long terme".

En relevant l’utilité d’un protectionnisme intelligent, capable de donner aux industriels européens les capacités d’existence que peuvent avoir ceux de la concurrence internationale, le directeur de la stratégie et des partenariats de Verkor souligne aussi que les besoins de batteries et de la technologie de son entreprise sont loin de se limiter au seul marché des véhicules électriques. Certes, le secteur automobile tire la demande des batteries. Mais l’entreprise vient par exemple de nouer un partenariat avec Enersys, groupe américain spécialiste du stockage de l’énergie, avec lequel un développement de produit est en cours. "Si l’on se penche sur l’aspect souverain de notre projet, nous aurons aussi besoin de batteries pour stabiliser le réseau électrique et accompagner les capacités d’effacement des industriels et plus largement toutes les capacités à rendre le réseau électrique plus intelligent et plus flexible. Cela n’aurait pas de sens de vouloir se passer du pétrole et du gaz importés en les remplaçant par des batteries chinoises. Les opportunités que présente l’électrification du monde sont immenses", remarque Maxime Morand. De quoi pouvoir explorer un vaste champ des possibles.

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