éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Conclave
par Yves de Kerdrel
Prolongé d’une semaine à l’initiative de François Bayrou, le conclave sur les retraites prendra fin demain. Un accord – même a minima – donnerait de l’oxygène au gouvernement. Un échec relancerait les spéculations sur la censure à l’heure où la préparation du budget pour 2026 exige une parenthèse politique à défaut d’une convergence des bonnes volontés.
C’est donc demain soir que l’on saura si le "conclave sur les retraites" entamé il y a un peu moins de quatre mois laissera échapper non pas une grande fumée blanche, pas davantage le fumet d’une sorte de ragoût politico-social, mais de très légères fumerolles aussi gazeuses et vaporeuses qu’ont été les négociations de ces derniers jours entre les partenaires sociaux. Initialement ce round de rencontres autour de la réforme des retraites, votée il y a deux ans, devait se terminer mardi 17 juin. Mais faute d’un accord en bonne et due forme, le Premier Ministre a accordé quelques jours de plus aux cinq participants encore présents : la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC du côté syndical ainsi que le Medef et la CPME du côté patronal.
Le Medef, par la voix de son président Patrick Martin, n’a pas fait mystère de son peu d’enthousiasme à l’égard de cette prolongation, se demandant même s’il y participerait. Un lâchage de ce conclave – dans sa toute dernière ligne droite - par le patronat serait sans doute mal compris, y compris par ses principaux adhérents. Non pas qu’un accord puisse transformer le regard des Français sur cette réforme. Mais à un moment où les partis politiques ne parviennent plus à se parler et où l’exécutif renoue avec les pires travers des cohabitations, un refus d’explorer jusqu’au bout les possibilités de dialogue apparaîtrait comme une faute.
Illusion et monde d’illusions
D’autant plus que le Medef et la CPME ont déjà réussi à écarter tout ce qui leur semblait inacceptable. À commencer par un fameux "bouger" sur l’âge légal de la retraite dans lequel Marylise Léon de la CFDT a longtemps cru. Si bien qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes le principal sujet en suspens est celui de la pénibilité. La centrale réformiste pousse afin que des départs anticipés soient possibles avant l’âge légal de 64 ans pour les salariés qui occupent des postes pénibles. En face, le Medef s’est clairement opposé à cette piste. L’organisation patronale propose la prise en compte de critères de pénibilité… uniquement pour obtenir des droits à la formation ou à la reconversion.
Si bien que le médiateur – appelé aussi "tiers de confiance" – Jean-Jacques Marette a mis sur la table, au cours des derniers jours la mise en place d’un compte pénibilité, qui prendrait en considération les manutentions manuelles de charge, les postures pénibles et les vibrations mécaniques. Ce compte pénibilité pourrait ouvrir, dans certains cas, à un départ anticipé en retraite. Cette proposition va beaucoup moins loin que ce qu’attendent les syndicats. Quant au Medef, il considère être déjà allé assez loin. Patrick Martin répète à l’envi qu’on "ne peut pas être dans un monde d’illusions". Mais n’est-ce pas aussi une forme d’illusion que de penser qu’un maçon peut continuer à travailler à 63 ans comme à 33 ans ? Et surtout que l’on peut convaincre les Français de "travailler plus" sans se soucier "du travailler mieux". Les deux notions doivent avancer ensemble. C’est une simple question de bon sens. Voire un même un préalable au moins aussi important que la question des équilibres financiers.
Couper la poire en deux
L’autre point de crispation majeur est l’âge de départ sans décote, qui est l’âge auquel il est possible de partir à la retraite sans pénalité, même si l’on n’a pas cotisé le nombre de trimestres exigés - soit 172 pour les générations à partir de 1965. Aujourd’hui, il faut attendre 67 ans pour échapper à la décote. La CFTC milite pour un passage de l’âge de départ sans décote à 66 ans, ce que défend également la CFDT. Le Medef est contre cet abaissement, qui coûterait 5,5 milliards d’euros en 2035.
C’est ce qui a amené Jean-Jacques Marette à proposer que l’on coupe "la poire en deux avec un âge de départ sans décote qui serait désormais fixé à 66 ans et demi. Une proposition qui ne semble satisfaire – jusqu’ici - aucun des deux camps. Le financement de cette "avancée" proviendrait d’une augmentation de la CSG pour les retraités aux revenus moyens ou supérieurs. Par ailleurs les retraites pourraient être sous-indexées de 0,8 point par rapport à l’inflation en 2026, et de 0,4 point en 2027. Mais ce sujet-là est purement politique et l’on connaît l’aversion du Rassemblement National et de la Droite Républicaine pour tout ce qui bride le pouvoir d’achat des retraités… qui sont leurs principaux électeurs.
Le seul sujet sur lequel pourrait se dessiner un accord concerne les carrières des femmes. Le calcul de leur pension pourrait se faire sur la base des 24 ou des 23 meilleures années en fonction du nombre d’enfants afin de compenser les interruptions de carrière liées à la maternité. Pour l’instant cette proposition est celle sur laquelle semble s’établir un consensus. Toute la question est de savoir si ce petit commun dénominateur sera considéré comme suffisant ou pas par la gauche de l’Assemblée.
Les prières d’Emmanuel Macron
François Bayrou a répété mardi dernier au Palais Bourbon que si aucune fumerolle blanche ne sort demain soir du conclave, c’est la réforme Borne de 2023 qui s’appliquera. Les socialistes font monter la pression en demandant que même sans accord le "dernier mot revienne au parlement". Avec le risque de censure que chacun a bien en tête.
À la mi-janvier, le Premier Ministre, alors soucieux de faire voter le budget, avait écrit un courrier aux éléphants du Parti Socialiste en expliquant que "si les partenaires sociaux ne parviennent pas à un accord global, nous présenterons néanmoins les avancées issues des travaux des partenaires sociaux, sous réserve d’un accord politique et d’un équilibre financier global maintenu", et ce sous la forme d’un "nouveau projet de loi".
Pour la première fois, François Hollande, qui s’était jusqu’à présent toujours montré très modéré à l’égard de François Bayrou – peut-être en souvenir du soutien affiché par ce dernier en mai 2012 ? – a laissé entrevoir le spectre de la censure expliquant que : "s’il n’y a pas d’accord, si les syndicats réformistes disent qu’ils ont été floués, alors je pense que le gouvernement aura de grandes difficultés à l’Assemblée nationale". Heureusement, le pire n’est jamais sûr ! Et même si Emmanuel Macron prie tous les soirs pour que le gouvernement Bayrou tombe et qu’il puisse enfin nommer à Matignon Sébastien Lecornu, il est peut-être trop tôt pour enterrer le maire de Pau.
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