WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Safran / Collins Aerospace

Entreprises / Actions
Safran / Collins Aerospace

Safran passe l’épreuve britannique sur Collins / La plus grande acquisition du groupe depuis Zodiac devrait pouvoir aboutir

Il aura fallu près de deux ans à Safran pour lever les inquiétudes des différentes autorités de concurrence. La validation conditionnelle du régulateur britannique ouvre enfin la voie à l’acquisition d’une partie des activités de Collins Aerospace, pour 1,8 milliard de dollars. Un dossier sensible, jalonné d’obstacles politiques et réglementaires.
Photo by Jakub Porzycki/NurPhoto
Photo by Jakub Porzycki/NurPhoto

C’est une étape décisive que Safran vient de franchir en vue du rachat des activités d’actionnement et de commandes de vol de Collins Aerospace, filiale du groupe américain RTX (anciennement Raytheon Technologies). L’autorité britannique de la concurrence, la Competition and Markets Authority (CMA), a donné mardi son accord à l’opération, sous conditions, levant l’un des derniers obstacles majeurs à sa finalisation, près de deux ans après l’annonce du projet.

Le groupe avait pourtant vu large lorsqu’il avait dévoilé, à l’été 2023, ce projet d’acquisition d’une valeur d’entreprise de 1,8 milliard de dollars, portant sur environ 3 700 employés répartis sur huit sites en Europe (France, Royaume-Uni, Italie) et en Asie. Le closing était alors espéré au second semestre 2024, une échéance lointaine mais jugée nécessaire pour sécuriser les nombreuses autorisations réglementaires. Safran s’était d’ailleurs dit prêt à procéder à des cessions limitées si besoin. Mais l’opération s’est rapidement heurtée à de fortes résistances.

 

Un veto italien, levé après plusieurs mois

 

Le gouvernement italien a été le premier à s’opposer frontalement au projet. En novembre 2023, Rome a activé son dispositif de " golden power " pour bloquer la vente de Microtecnica, la filiale italienne de Collins Aerospace basée à Turin. Cette dernière fournit notamment des systèmes de commandes de vol à l’Eurofighter, avion de combat développé par plusieurs pays européens, dont l’Italie. Le gouvernement craignait que cette ligne de production jugée stratégique ne soit reléguée au second plan par Safran, également fournisseur du Rafale.

Après plusieurs mois de discussions, Safran est parvenu à rassurer les autorités italiennes en prenant des engagements spécifiques, garantissant le maintien de l’activité sur le territoire et la préservation des intérêts nationaux. Le feu vert a finalement été donné en juin 2024.

 

Bruxelles donne son feu vert sous condition

 

L’autre épreuve de taille est venue de la Commission européenne, qui a mené une enquête détaillée sur l’opération, s’inquiétant d’un risque de concentration excessive, notamment sur le segment des stabilisateurs horizontaux réglables (THSA), une technologie cruciale dans les systèmes de vol des avions civils. Pour lever ces objections, Safran a donc dû accepter de céder l’intégralité de ses activités THSA en Amérique du Nord – situées aux États-Unis, au Canada et au Mexique –, afin d’éliminer les chevauchements concurrentiels. Des efforts au bout desquels Bruxelles a finalement donné son feu vert, le 4 avril 2025.

 

Les engagements qui ont convaincu la CMA

 

Restait à convaincre les autorités britanniques. La CMA avait exprimé de vives inquiétudes similaires, ouvrant elle aussi une enquête approfondie. Pour y répondre, Safran a dû élargir ses concessions : outre les activités THSA, le groupe a accepté de céder deux lignes de produits supplémentaires (actionnement secondaire et boîtes de commande de direction de train avant), réparties sur trois sites industriels à Mexicali (Mexique), Irvine (Californie) et Peterborough (Canada), ainsi qu’une unité canadienne produisant les unités électroniques de contrôle (ECU).

L’américain Woodward Inc. a été retenu comme repreneur. La CMA a validé cette solution, estimant que le dispositif restaurait de manière " raisonnable et praticable " la concurrence. Des garde-fous stricts encadrent la transition : interdiction de rachat des actifs pendant dix ans, maintien des équipes, séparation des contrats et des flux d’informations, voire désignation d’un mandataire indépendant en cas de manquement.

 

Un renforcement stratégique de l’offre de Safran

 

Avec cette dernière approbation, Safran peut ainsi espérer conclure enfin cette acquisition stratégique d’envergure. Le rachat des activités d’actionnement et de commandes de vol de Collins Aerospace pour 1,8 milliard de dollars représente en effet l’une des plus grandes opérations de croissance externe de l’histoire récente du groupe, la plus importante depuis celle de Zodiac Aerospace en 2018.

Au-delà de sa taille, l’opération complète utilement le portefeuille d’équipements du groupe dirigé par Olivier Andriès. Safran s’apprête à intégrer des capacités complémentaires en matière d’actionneurs mécaniques et hydrauliques, en cohérence avec son savoir-faire dans les systèmes électriques et électroniques. Un renforcement pertinent à un moment où l’électrification progressive des fonctions de vol devient un axe majeur de développement pour les futurs avions commerciaux.

L’intérêt est également économique. Environ 40 % du chiffre d’affaires généré par les activités concernées provient des services, qui offrent des marges élevées. De quoi renforcer la récurrence des revenus de Safran et accroître sa résilience face aux cycles de production de l’aéronautique civile.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article