Entreprises / Actions
Entreprises / Actions
Les ETI françaises aux prises avec la morosité économique ambiante / Les investissements s'en retrouvent pénalisés, mais certains signaux positifs restent à relever
Les aléas macroéconomiques n’épargnent pas les entreprises de taille intermédiaire (ETI) françaises. Il ressort en effet de l’enquête annuelle de conjoncture de Bpifrance Le Lab, sur ces sociétés représentant un quart de l’emploi salarié tricolore et près de 30 % du chiffre d’affaires productif réalisé par les entreprises françaises, que l’attentisme et les inquiétudes qui en découlent sont bel et bien au rendez-vous. Et tout d’abord quant à leurs perspectives d’activité : bien qu’étant toujours installé en territoire positif, le solde d’opinion relatif à l’évolution anticipée de leur chiffre d’affaires pour cette année a chuté de 20 points sur un an, pour s’établir à un niveau inférieur de 20 points à la moyenne observée entre 2011 et 2024. Un repli s'expliquant surtout par une hausse de la part des ETI à anticiper une activité stable, au détriment de celles à prévoir une hausse.
Cette variation est peu étonnante au regard de l’état de leurs carnets de commandes, qui s’étaient déjà nettement dégradés l’an passé. Parmi les 600 d’entre elles à avoir été interrogées par le laboratoire d’idées de la banque publique d’investissement, entre la mi-mars et la mi-mai, elles sont en effet davantage à attendre qu’ils se dégradent en 2025, plutôt qu’à prévoir qu’ils se remplissent, tout particulièrement dans les services. Le solde d’opinion associé a également perdu près de 12 points sur un an, pour atterrir en territoire négatif, à - 6.
"Lorsque nous les interrogeons sur les principaux freins à l’activité, un peu plus de la moitié des ETI citent la dégradation des perspectives de demande, qui arrivent en première position. Nous avions commencé à poser cette question en 2022, les difficultés de recrutement étaient alors les plus citées. Elles sont désormais en net recul par rapport à l’an passé. C’est un résultat cohérent dans un contexte où le marché du travail est moins porteur : les entreprises recrutent moins, elles ont donc forcément moins de difficultés à le faire", a de plus expliqué Sabrina El Kasmi, responsable du service macroéconomie, conjoncture, risque et pays de Bpifrance, lors de la présentation des résultats de l’étude. Les créations d'emplois devraient, de fait, également ralentir l'an prochain. "Les embauches sont en berne car les activités sont fragilisées. D’autant que nous avons aussi été pénalisés par certaines décisions prises sur l’apprentissage, par exemple, sans oublier les impacts sur les charges sociales du budget pour 2025. Tous ces éléments ne sont pas porteurs", a ajouté Delphine Hanton, dirigeante de l’ETI Thuasne, groupe familial industriel spécialisé dans la fabrication de matériel médical.
Réactivité
Un constat partagé par Alexandre Montay, délégué général du METI (Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire) : "Les résultats de cette enquête sont cohérents avec le suivi et les remontées de terrain. Il faut avoir en tête que les ETI ont une sensibilité épidermique aux enjeux conjoncturels français et internationaux". Des tendances de difficultés sur le plan de la demande et de ralentissement d’activité, qui se sont aussi traduites sur la trésorerie des ETI françaises, avec une situation de cette dernière apparaissant plus dégradée au titre de 2024, qu’en 2023. La part de celles à prévoir une poursuite de ce phénomène est aussi supérieure de 11 % à celles qui en anticipent une amélioration.
En dépit de cela, les conditions d’accès au financement sont de leur côté restées stables. Pris dans leur ensemble, ces facteurs semblent néanmoins avoir jeté un voile sur les perspectives d’investissements, alors que ces derniers avaient déjà freiné en 2024. La part des ETI à avoir prévu de réduire leurs investissements cette année a atteint 25 %, soit une augmentation de quatre points sur un an. Le solde prévisionnel est ainsi entré en territoire négatif, à -1, se repliant de 11 points sur un an et se situant très largement sous sa moyenne de 2011-2024.
"Même si les ETI ont freiné leurs investissements l’année dernière, une variable nécessairement touchée par les incertitudes ambiantes, la part de celles à avoir réalisé des investissements verts est restée stable. Pour l’année à venir, elles sont aussi plus enclines à vouloir les stabiliser. C’est une tendance qui s’entend dans le contexte d’incertitude, mais cela signifie toutefois qu’ils vont se maintenir", a de son côté ajouté Thomas Laboureau, économiste conjoncture-macroéconomie-risque-pays chez Bpifrance. D’autant que des hausses des investissements verts restent par ailleurs largement prévues pour les années qui suivront 2025, laissant entendre que la transition écologique et énergétique n’est pas remise en question.
Voir sur le long terme
En cause, bien sûrement, des enjeux structurels et de long terme qui poussent les dirigeants à garder le cap. "Quand on est un verrier et que l’on opère une bascule d’un four à gaz vers un four électrique, il n’est pas possible de débrancher ces investissements", a observé Alexandre Montay. "Cette volonté de maintenir les investissements dans la transition montre bien qu’un cap a été franchi, qu’ils ont été intégrés comme quelque chose de nécessaire. C’est un résultat positif", a complété Benjamin Nefussi, sous-directeur de la prospective, des études et de l’évaluation économique à la Direction générale des entreprises.
La dirigeante Delphine Hanton a quant à elle souligné avoir adopté une stratégie d’affrontement pour son entreprise, au cœur des tendances actuellement à l’œuvre : "Nous n’attendons pas de subir la tempête, l’idée est plutôt de l’attaquer de front. C’est le meilleur moment pour faire évoluer les paramètres d’un groupe", a-t-elle observé, faisant par exemple référence à l’accélération prévue en matière d’expérimentation des cas d’usage d’intelligence artificielle. D’autres facteurs semblent par ailleurs pouvoir faire office de points de résilience. Déjà, quant à leur situation financière : les ETI ont pu avoir tendance, par le passé, à être plus pessimistes dans leurs anticipations de trésorerie que ce qui avait finalement été acté.
Aussi, si l’inquiétude quant à l’environnement international (tensions géopolitiques et commerciales, montée de la concurrence) est également marquée, les ETI les plus internationalisées restent aussi davantage sereines sur leurs perspectives d’activité que les autres, bien qu’étant pour l’heure plus préoccupées par l’évolution et l'instabilité du contexte. "Les entreprises internationales ont des assises plus larges, même si cela vaut aussi sur le plan de la prise de risques et d’exposition", a indiqué Delphine Hanton. D'autant que ces ETI internationales représentent une part bien installée de leur population : 34 % des interrogées ont indiqué avoir au moins une filiale à l'étranger. Plus généralement, 27 % de ces entreprises réalisent plus d'un quart de leur chiffre d'affaires à l'étranger, et 21 % dans une fourchette de 5 % à 25 %.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

