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Macro-économie / Taux / Olivier Blanchard

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Olivier Blanchard

Olivier Blanchard prêche pour des eurobonds / L’autonomie stratégique de l’Europe en dépendrait

La possible fin de l’hégémonie financière américaine et de celle du dollar ne laisse décidément pas insensible en Europe. C’est au tour d’Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, de s’intéresser à la question en arguant des bienfaits d’un écosystème financier européen capable de rivaliser avec celui américain. Une condition indispensable est néanmoins formulée par ses soins ; il faut que l’Union européenne dispose d’un marché d’eurobonds à la fois profond et liquide.
Olivier Blanchard et Christine Lagarde partagent la même ambition pour le Vieux continent: mettre à profit la fin de l'hégémonie américaine. Photo by SAUL LOEB / AFP
Olivier Blanchard et Christine Lagarde partagent la même ambition pour le Vieux continent: mettre à profit la fin de l'hégémonie américaine. Photo by SAUL LOEB / AFP

Alléger le coût de la dette européenne et également du capital privé sur le continent. Voici la promesse défendue par Olivier Blanchard, ancien patron du FMI, et Angel Ubide, intervenant ici à titre personnel et non pas pour son employeur Citadel. Deux fins connaisseurs du monde économique qui constatent, à l’instar de Christine Lagarde récemment, qu’il y a aujourd’hui une vraie volonté des investisseurs de rééquilibrer les portefeuilles mondiaux et ce en défaveur du dollar.

Une situation qui leur laisse penser que " la création d’un marché profond et liquide des euro-obligations fournirait aux investisseurs l’actif alternatif sûr qu’ils recherchent". Une opportunité qu’ils qualifient même d’historique au vu du champ des possibles entrouvert concernant la dette publique et ce d’autant plus qu’ils jugent que "rien faire face aux grands changements géostratégiques que nous connaissons serait beaucoup plus risqué ".

La radicalité est de mise dans la proposition émise par les deux spécialistes, lesquels évoquent une solution dans laquelle il est question "de remplacer une partie du stock d’obligations nationales par des euro-obligations (appelez-les obligations bleues pour le moment, en laissant de côté pour l’instant de sorte la question de savoir si et comment elles pourraient différer des obligations existantes de l’UE)". Une solution privilégiée afin d’arriver à augmenter la taille du marché des eurobonds suffisamment rapidement, l’alternative consistant à en faire usage pour financer les dépenses de défense ne représenterait que de l’ordre de 1 % du PIB de l’UE chaque année.

 

Lucide

 

Sans éluder les risques d’un tel projet, les deux spécialistes considèrent qu’actuellement le "principal problème n’est pas l’aléa moral ou le partage des risques, mais la création d’un grand marché obligataire européen ", permettant comme ils le martèlent d’augmenter l’autonomie stratégique de l’Europe grâce au besoin grandissant d’une alternative au marché du Trésor américain.

Une opportunité qu’ils considèrent comme difficile à saisir pour le Vieux continent actuellement en raison de l’absence d’une profondeur de ses solutions de diversification. Le marché du bund est ainsi pour l’heure le plus liquide en euro et pourtant "la valeur totale des bunds n’est que de 2 500 milliards d’euros, contre 30 000 milliards de dollars pour le marché du Trésor américain". La situation est pire encore concernant le "marché des eurobonds existantes [qui] est fragmenté et petit : les obligations émises par l’UE, ou obligations de l’UE, pour financer NextGenerationEU pour 540 milliards d’euros et devraient atteindre 700 milliards d’euros d’ici 2026, les obligations du mécanisme européen de stabilité (MES) pour 270 milliards d’euros, les obligations de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour 250 milliards d’euros, pour un total actuel d’un peu plus de 1 000 milliards d’euros".

Certes l’Union européenne devrait devenir le plus grand émetteur net d’obligations de l’UE en 2025-2026, pourtant Olivier Blanchard s’inquiète d’une part que "ces montants ne soient pas assez importants à l’échelle mondiale" et d’autre part constate que "les dirigeants de l’UE n’ont pas encore décidé de faire rouler ou de rembourser les obligations de l’UE émises pour financer le programme NGEU". De quoi empêcher ces obligations d’être traitées par les investisseurs comme des obligations souveraines et fait qu’elles sont actuellement considérées comme des obligations supranationales. N’étant dès lors pas incluses dans les indices obligataires souverains, elles voient leur demande en être réduite et leur rendement être plus élevés.

 

Trancher

 

Parmi les sujets à trancher, Olivier Blanchard aborde celui du " point idéal où la proportion d’obligations bleues est suffisamment importante pour fournir les liquidités requises, mais suffisamment faible pour que, compte tenu de l’ancienneté, les obligations bleues ne soient pas à risque". Les deux auteurs affirmant que " sur la base de discussions avec les acteurs du marché, que l’échange d’obligations nationales contre des obligations bleues jusqu’à 25 % du PIB peut être suffisant à des fins de liquidité et ne pas encore soulever de questions de sécurité".

Il est considéré que le ratio dette nationale sur PIB serait de l’ordre de 60 % pour la zone euro de façon agrégée et qu’il serait de cette grandeur-là ou supérieur pour la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne compte tenant des velléités dépensières de l’autre côté du Rhin. Les pays de l’UE devraient être enclins à augmenter la part d’obligations bleues une fois les premiers succès initiaux enregistrés. Les auteurs se rangent du côté de la littérature économique pour estimer qu’un système à deux niveaux composé d’un un taux sûr et 20 taux nationaux amènerait à un taux d’intérêt moyen inférieur pour chaque membre et ce " tout en incitant davantage les pays dont les perspectives budgétaires sont moins bonnes à s’ajuster".

Une foule de question sur les modalités juridiques, la question de l’ancienneté des obligations, de l’obligation ou non pour un pays membre de participer à un tel programme ou encore de la relation avec le budget européen sont abordées. Une foule de défis, cependant aucun d’entre eux n’est jugé insurmontable.

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