Macro-économie / Taux
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L’économie mondiale perd une sommité / Stanley Fischer s’en est allé à 81 ans
"Personne n’a eu plus d’influence cumulée sur les décideurs de la dernière génération en matière de politique macroéconomique ". Les mots de Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor des Etats-Unis, sont forts à l’heure de rendre hommage à Stanley Fischer, décédé ce week-end à l’âge de 81 ans. L’ancien président du Conseil économique national et de l’université Harvard fait partie de cette génération d’économistes de premier plan que Stanley Fischer a contribué à faire éclore quand il enseignait au MIT. Et dont il a irrigué la pensée durant les décennies qui suivirent.
A Boston, au cours des années 70-80, le natif de Rhodésie du Nord (aujourd’hui Zambie) a ainsi été le directeur de thèse d’entre autres Ben Bernanke, Prix Nobel d’économie 2022 et ex-patron de la Réserve fédérale américaine (Fed), Mario Draghi, ancien Premier ministre d’Italie et ex-président de la Banque centrale européenne (BCE), Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), Ilan Goldfajn, ex-gouverneur de la Banque centrale du Brésil et président de la Banque interaméricaine de développement, Gregory Mankiw, président du Conseil des conseillers économiques (CEA) sous George W. Bush, Kenneth Rogoff, ancien chef économiste du FMI ou encore Kazuo Ueda, gouverneur de la Banque du Japon (BoJ).
En parallèle, les recherches de Stanley Fischer parfois menées en collaboration avec Rudiger Dornbush, autre ponte du MIT reconnu pour ses travaux sur les taux de change, exerceront également une influence. À l’époque, les débats autour des Banques centrales sont en pleine effervescence. D’une part quant au bien-fondé de leur conférer une indépendance, d’autre part quant à l’efficacité de leurs politiques de soutien sur l’activité économique.
Stanley Fischer est de ceux qui ont insisté sur la présence de rigidités nominales (les salaires nominaux ne s’ajustent pas immédiatement à la suite d’un choc affectant les prix) au sein des économies de marché, rigidités dont l’existence favorise l’impact des politiques monétaires. L’idée est qu’à court terme, un assouplissement génère une hausse des prix à la consommation, ce qui fait baisser les salaires réels. Cela stimule la demande de travail des entreprises, dopant l’emploi et ainsi la production.
Par ailleurs, notamment aux côtés de Paul Samuelson, Prix Nobel d’économie 1970, il enrichira le modèle ricardien traditionnel des avantages comparatifs en matière de commerce international.
À partir de la fin des années 80, Stanley Fischer enchaînera les fonctions éminentes au sein de prestigieuses institutions internationales. C’est ainsi qu’il sera tour à tour chef économiste de la Banque mondiale, puis premier directeur général adjoint du FMI pendant les crises russe et asiatique. À la suite de cela, il devient vice-président de Citigroup avant d’être propulsé gouverneur de la Banque centrale d’Israël à la tête de laquelle il devra gérer les retombées de la crise financière mondiale. Après cet épisode, c’est la plus puissante Banque centrale de la planète qui l’accueillera dans ses rangs : la Fed. Le président Barack Obama le propose comme vice-président de l’institution de Washington au printemps 2014. Il sera le second de Janet Yellen, sa présidente, jusqu’à l’automne 2017.
A ce poste, il se fera remarquer en défendant la régulation mise en place après la crise des subprimes (loi Dodd-Frank entre autres) alors que Donald Trump, qui venait d’être élu pour la première fois comme président des Etats-Unis, voulait la détricoter. "Il a fallu presque 80 ans après 1930 pour qu’une autre crise financière d’une telle ampleur se produise. Et maintenant, après seulement dix ans, tout le monde veut revenir au statu quo d’avant la grande crise financière", avait-il déclaré. "Je trouve cela vraiment extrêmement dangereux et extrêmement irréfléchi", ajoutait-il.
Il signera son retour dans le privé après avoir démissionné de la Fed en devenant senior advisor de BlackRock.
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