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Les arbitrages d’ArcelorMittal interrogent les députés / Entre calendrier d’annonce d’investissements, retombées de ces derniers et dividendes
L’audition était pour le moins attendue. Alain Le Grix de la Salle, président d’ArcelorMittal France, a été entendu par la Commission d’enquête sur les défaillances des pouvoirs publics face à la multiplication des plans de licenciements de l’Assemblée nationale mardi. Un calendrier opportun pour les députés : le géant de l’acier se trouve actuellement au cœur de leurs préoccupations, puisqu’il prévoit de supprimer 636 postes en France. "Les suppressions de postes ou les licenciements interviennent toujours, toujours, en dernier recours. Ce sont des décisions difficiles à prendre. Elles impactent des collaborateurs et des familles, et nous en sommes conscients", a souligné Alain Le Grix de la Salle lors de son propos liminaire. Néanmoins, en fin de semaine dernière, le groupe annonçait également confirmer son intention d’investir 1,2 milliard d’euros pour décarboner son site de Dunkerque, qui avait été mis en suspens à la fin de l’année 2024, eu égard au manque de visibilité du groupe, provoqué par les difficultés de l’industrie sidérurgique européenne.
"En confirmant notre intention d’investir pour décarboner l’industrie, nous montrons que nous croyons en l’avenir. La décarbonation nous y projette, elle est différente du sujet de la réorganisation en cours. Adapter notre organisation à nos marchés est une nécessité. Si nous pensions délocaliser nos opérations industrielles, alors nous ne ferions pas les investissements annoncés", a poursuivi le patron français d’ArcelorMittal, en listant les capitaux récemment déployés par le groupe sur ses sites français. "Avoir d’un côté une annonce d’investissement et en même temps une baisse des effectifs est questionnant", a regretté le député Ensemble pour la République Denis Masséglia, président de la Commission d’enquête. Des investissements en décarbonation qui relèvent néanmoins d’une vision de moyen terme, a répondu Alain Le Grix de la Salle, n'occultant pas la nécessité, sans appel, de s'adapter aux conditions de marché. "Nous faisons aujourd’hui face à des phénomènes structurels et non pas conjoncturels", a-t-il indiqué, en référence à la chute de la demande d’acier en Europe (de 20 % sur les cinq dernières années), à l'importance de garder un tissu industriel compétitif et aux surcapacités de production mondiales, estimées à hauteur de 500 à 600 millions de tonnes par le groupe. "Il y a actuellement 150 millions de tonnes de capacités en construction en Asie du Sud-Est. Et dans 80 % des cas, les Chinois font partie de ces entreprises", a poursuivi Alain Le Grix de la Salle.
Espoir du côté de Bruxelles
La président d’ArcelorMittal France a toutefois souligné plusieurs fois, au cours de son audition, avoir bon espoir de voir la Commission européenne décliner rapidement son Plan Acier en décisions claires, comme une protection des importations aux frontières ou un ajustement du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Un feu vert qui conditionnera le lancement des investissements de décarbonation sur le site de Dunkerque, qui seront réalisés étape par étape. Pour l’heure, le début du projet est attendu après l’été. Quant au calendrier choisi pour le faire savoir : "Pourquoi maintenant ? Nous voulons traduire le fait que nous sommes beaucoup plus optimistes aujourd’hui qu’il y a deux mois", a-t-il répondu par la suite à la présidente de la Commission des affaires économiques, la députée LFI Aurélie Trouvé, en plaçant de nouveaux ses espoirs dans les mains de l’action de Bruxelles. L’échéance du contrat d’aides de 850 millions d’euros de la part de l’Ademe devrait de son côté être reportée à la fin de l’année.
Pour autant, cette transformation du site dunkerquois du groupe n’a pas manqué d’interroger le député socialiste Julien Gokel, élu sur la circonscription de Dunkerque, quant à l’impact qu’il pourrait, lui aussi, avoir sur les emplois du groupe. "Le four électrique se traduira sur Dunkerque par des besoins en ressources durant la phase de construction et la phase de développement. À l’horizon 2030, vue d’aujourd’hui, je ne vois pas d’impact majeur sur les effectifs. Le challenge que nous avons en est un de compétences", a répondu Alain Le Grix de la Salle, soulignant que les salariés du site allaient effectivement devoir évoluer vers de nouveaux métiers.
Entre dividendes et rachats d’actions
Mais si l’annonce de la suppression de plus de 600 postes en France par le groupe a rythmé l’actualité de ces dernières semaines, ArcelorMittal avait aussi annoncé la fermeture de ses sites de distribution de Denain et Reims, en novembre 2024. "Nous avons huit sites de distribution en France et ils étaient chargés à moins de 60 %. […] Nous avons regardé par tous les moyens comment faire pour éviter de prendre une telle décision, mais quand vous n'avez plus d’activité, vous prenez cette décision pour répartir de nouveau le carnet de commandes et faire en sorte que les autres sites restent à l’équilibre. Si nous ne prenons pas cette décision, ce sont tous les sites qui tombent. Je comprends la remarque, l’impact social, la dimension et le rôle d’ArcelorMittal dans les régions, mais le fait de devoir nous adapter pour rester compétitifs est un élément essentiel", a répondu Alain Le Grix de la Salle au député du groupe Ecologiste et Social Benjamin Lucas-Lundy, rapporteur de la Commission d’enquête, qui s’enquerrait de la rémunération attribuée aux actionnaires du groupe au titre de l’exercice 2024, sachant que les difficultés du groupe en France étaient déjà connues.
"Nous sommes un groupe mondial, donc le résultat se fait au niveau mondial, pas seulement français", a-t-il indiqué, soulignant que la somme d’1,3 milliard de dollars mentionnée par l’élu des Yvelines incluait aussi les rachats d’action et que les dividendes, sur la dernière décennie, avaient été de l’ordre de 226 millions de dollars par année. "Oui, nous rémunérons nos actionnaires et encore une fois au niveau mondial, mais les actionnaires viennent aussi en soutien de leur groupe en cas de besoin. Par exemple, entre 2009 et 2020, ils ont procédé à des augmentations de capital de 13 milliards d’euros. Par ailleurs, cette rémunération des actionnaires ne se fait qu’après avoir pris des décisions en termes d’investissements. Il ne s’agit pas de les rémunérer puis de se demander s’il nous reste quelque chose", a ajouté la directrice fiscale pour la France du groupe, Audrey Giès.
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