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Choc protectionniste, séisme bancaire / Les valeurs financières décrochent après la riposte chinoise
Au lendemain de ce qui constitue la plus grande offensive protectionniste américaine depuis les années 30, les banques européennes se retrouvent en première ligne, cibles indirectes d’un choc commercial nourri par l’escalade entre Washington et Pékin.
Vendredi, les valeurs financières figuraient en bas de tableau sur les principales places boursières du continent, dans un climat alourdi par la décision de la Chine d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les produits américains à compter du 10 avril, en représailles aux mesures prises par les États-Unis. La réaction des investisseurs ne s’est pas fait attendre : l’indice bancaire du Stoxx 600 décrochait de plus de 8 % en fin d’après-midi, après avoir déjà cédé 5,5 % la veille. L’indice élargi recule lui aussi fortement, mais de manière moins marquée (-5 %), preuve que ce sont bien les établissements financiers qui concentrent l’essentiel des inquiétudes.
Les banques ne sont certes pas directement visées par les droits de douane, mais elles cristallisent les craintes liées à un possible coup de frein sur l’économie mondiale. En cas de ralentissement marqué, la demande de crédit pourrait se tarir, tandis que la hausse du risque de défaut pèserait sur la qualité des actifs. Un cocktail redouté alors que la conjoncture semblait jusque-là se stabiliser en zone euro.
Autre source de fragilité : l’évolution des politiques monétaires. Si l’inflation venait à refluer sous l’effet d’une contraction du commerce mondial, les banques centrales pourraient ajuster leurs taux en conséquence, affectant les marges d’intérêt des établissements — un levier essentiel pour leur rentabilité. Dans le même temps, l’activité sur les marchés de capitaux pourrait s’assécher, pesant sur les revenus de commissions.
La réplique chinoise à la stratégie tarifaire de Donald Trump ne fait qu’amplifier cette nervosité. Pékin a annoncé l’imposition de taxes équivalentes sur les produits américains, portant à 34 % certains prélèvements douaniers.
La plus forte chute pour Société Générale à Paris
Dans cet environnement pour le moins tendu, les banques ne sont théoriquement pas toutes logées à la même enseigne. Les établissements fortement exposés à l’Asie, à l’image d’HSBC ou de Standard Chartered, concentrent logiquement des craintes importantes, mais pas forcément les plus grandes si l’on en juge par leurs reculs respectifs de 5,4 % et 6,1 % affichés à Londres.
À Paris, Société Générale décroche de 10,5 %, BNP Paribas recule de 6,8 % et Crédit Agricole SA cède 4,5 %. La banque de La Défense confirme ainsi sa vulnérabilité perçue par les marchés, sanctionnée plus sévèrement que ses pairs à chaque regain de tension. En Allemagne, Deutsche Bank chute de 9,9 %, une sanction presque équivalente à celle infligée à Banco Santander (-9,3 %) à Madrid, tandis qu’en Italie, Intesa Sanpaolo recule de 7,5 % et UniCredit de 9,3 %.
Dans la période incertaine qui s’annonce, les prêteurs faiblement exposés au commerce transatlantique et focalisés sur une clientèle nationale devraient, en théorie, mieux absorber le choc. Ainsi, selon Jefferies, "les banques espagnoles, françaises et grecques apparaissent comme les mieux placées, en raison de l’exposition limitée de ces pays aux exportations et à l’industrie manufacturière américaine". Pour ses analystes, Société Générale, la National Bank of Greece et BBVA, constituent les meilleurs choix dans le secteur.
La banque américaine étaye son raisonnement en s’appuyant sur les flux commerciaux entre la zone euro et les États-Unis. En 2024, l’Allemagne s’est imposée comme le principal exportateur (161 milliards d’euros), devant l’Irlande (72 milliards), l’Italie (64 milliards) et la France (47 milliards). Or, les importations américaines concernent majoritairement des secteurs industriels — automobile, machines, énergie, biens de consommation — qui concentrent l’essentiel de l’exposition au choc tarifaire.
Selon Jefferies, les prêts aux entreprises manufacturières représentent environ 7 % du portefeuille des banques européennes. Et ce sont les établissements italiens qui apparaissent les plus vulnérables, en particulier Banco BPM, BPER Banca et UniCredit.
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