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Macro-économie / Taux

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France : des tendances particulièrement défavorables pour l’agriculture / Plus d’un tiers de sa valeur ajoutée serait en danger à horizon 2050

A politique inchangée, entre 35 % et 40 % de la valeur ajoutée de l’agriculture française serait en risque dans vingt-cinq ans, avance une étude du groupe SCET, filiale de la Caisse des Dépôts. En plus du changement climatique, le secteur devra faire face à l’accélération de la déprise agricole ou encore la volatilité des prix des produits.
Justine Bonnery / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Justine Bonnery / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

"En 2050, le visage de l’agriculture française ne ressemblera plus à celui que nous connaissons aujourd’hui ". L’étude du groupe SCET, filiale de la Caisse des Dépôts, anticipe de grands bouleversements dans le secteur de l’agriculture à horizon 2050. D’après elle 35 % à 40 % de sa valeur ajoutée serait en risque à cette échéance. Il faut dire qu’elle est aux prises avec de multiples tendances macroéconomiques défavorables.

Est notamment mis l’accent sur la déprise agricole (abandon définitif ou durable de l’activité de culture ou d’élevage dans un territoire). "La difficulté de transmission des exploitations risque de s’intensifier : entre 2010 et 2020, la population agricole a chuté de 18 % alors que 50 % des exploitations seront à reprendre dans la prochaine décennie. A cela s’ajoute un accès complexe à la profession, notamment pour les NIMA [personnes non issues du monde agricole, ndlr], confrontés à des obstacles financiers, fonciers et de compétences, particulièrement élevés pour les grandes exploitations céréalières", pointe l’étude.

Le changement climatique apparaît également comme une variable clé en raison des multiples phénomènes dont il sera à l’origine, ce au détriment des rendements de l’agriculture : précipitations insuffisantes ou excessives, raréfaction des ressources en eau, hausse des températures moyennes, assèchement des sols ou encore intensification des événements extrêmes.

Sans évolution majeure du modèle agricole français, une baisse de la production est à prévoir sous l’effet conjugué d’une diminution des rendements et des surfaces cultivées, souligne l’étude. "Economiquement, cette dynamique pourrait provoquer une baisse estimée de 14 à 16 milliards d’euros de la valeur ajoutée agricole, dont la moitié directement générée par le changement climatique, le quart par les défis démographiques (notamment de transmission), et 2 à 4 milliards d’euros d’effets systémiques en cascade découlant des facteurs précédents. Cette potentielle perte de 35 à 40 % de valeur ajoutée agricole impacterait directement une partie des 680 000 emplois agricoles", analyse le groupe SCET.

Dans ce contexte, l’étude estime qu’une adaptation rapide et concertée est indispensable, impliquant tous les acteurs de la chaîne de valeur, les écosystèmes territoriaux et publics. C’est pourquoi elle s’est penchée sur deux scénarios : celui d’un modèle de marché où l’adaptation reposerait sur la compétitivité économique et un scénario de résilience territoriale fondé sur une planification territoriale à travers un pilotage public renforcé des ressources, de l’aménagement et des filières.

Dans le premier, la priorité serait donnée à la valeur économique générée par l’agriculture, notamment à l’export. De sorte que deux types de filières subsisteraient : celles qui reposent sur une stratégie de production de masse à bas coûts, requérant des investissements pour développer les rendements et les filières à forte valeur ajoutée reposant sur une production limitée. "Dans ce scénario les rôles sont redistribués de l’amont à l’aval. Le poids des négociants et des industriels de l’agroalimentaire est renforcé. Les coopératives accélèrent la diversification de leurs métiers de l’amont à l’aval et se recentrent sur les productions destinées à l’export. Les coûts massifs de la transition sont supportés par les entreprises du secteur, dont ceux liés à l’eau et aux infrastructures d’irrigation, mais aussi à la production, l’accompagnement aux changements de pratiques et la recherche", explique l’étude.

Dans le deuxième scénario, la priorité est donnée au marché intérieur français ou européen. Par ailleurs, "l’Etat renforce sa maîtrise du foncier agricole et forestier, en cohérence avec les outils de planification, en préemptant des terrains et bâtis agricoles. Ils peuvent être gérés par des foncières d’Etat et mis à disposition d’agriculteurs pour faciliter l’installation et la transmission. Outre le pilotage de l’usage des sols, des cahiers des charges permettent de piloter l’assolement des cultures et les pratiques agricoles", peut-on lire.

"L’équilibre à trouver entre ces deux visions déterminera non seulement l’avenir de l’agriculture, mais aussi celui de l’aménagement des territoires, de l’alimentation et de la souveraineté nationale", indique le rapport.

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