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Tensions commerciales : Pernod Ricard se met en ordre de bataille / Les prévisions de croissance révisées à la baisse
"Nous nous préparons pour pouvoir absorber les droits de douane (chinois), comme nous l’avons fait durant le premier mandat de Donald Trump, et que nous referons encore si nécessaire du fait de sa réélection à la présidence des Etats-Unis", avait assuré Alexandre Ricard en novembre dernier aux actionnaires de son groupe. Le moment est donc venu.
Dans un environnement macro-économique difficile et des incertitudes géopolitiques accrues qui impactent le marché des spiritueux, en particulier un contexte qui continue à se dégrader en Chine, Pernod Ricard a annoncé ce jeudi matin avoir révisé à la baisse ses perspectives pour l’exercice 2024-2025 et au-delà. Le groupe anticipe désormais une baisse organique "low single digit" de son chiffre d’affaires 2024-2025, tout en stabilisant sa marge opérationnelle organique. "En fonction de l’amplitude des hausses potentielles de tarifs douaniers, l’exercice 2025-26 devrait être une année de transition, avec une amélioration de tendance du chiffre d’affaires en organique. […] Dans un contexte sans précédent de tensions commerciales, nous nous focalisons sur la protection de notre marge opérationnelle organique ", explique le groupe.
Efficacité opérationnelle
Sur les exercices allant de 2026/27 à 2028/29, l’entreprise anticipe une amélioration de sa croissance organique du chiffre d’affaires dans une fourchette comprise, en moyenne, entre 3 % et 6 %, ainsi qu’une progression de sa marge opérationnelle organique. "Des initiatives d’efficacité opérationnelle seront poursuivies, afin d’optimiser nos opérations et simplifier notre organisation pour un total d’environ 1 milliard d’euros de 2025-2026 à 2028- 2029. […] Durant cette période, nous visons à maintenir les investissements en faveur de nos marques, avec un taux de frais publi-promotionnels d’environ 16 % du chiffre d’affaires, tout en restant agiles et réactifs, pour maximiser les opportunités de croissance par marques et par marchés. Notre ambition est de continuer à délivrer une forte génération de cash, visant un taux de conversion d’environ 80 % et plus pour financer notre politique financière, avec des investissements stratégiques qui se normalisent autour de 1 milliard d’euros à partir de l’exercice 2025-2026", a détaillé Pernod Ricard, assurant être confiant dans sa stratégique, dans l’agilité de son modèle opérationnel pour créer de la valeur face aux défis actuels.
Des ventes en souffrance
Cette révision à la baisse de ses ventes fait suite à la publication de son chiffre d’affaires du premier semestre 2024/2025. Celui-ci s’élève à 6,176 milliards d’euros, en recul de 4 % en variation organique et de 6 % en publié, impacté par un effet de change négatif de -177 millions d'euros, principalement dû au Peso argentin, à la Livre turque et au Naira nigérian. Un impact en partie compensé par un effet de périmètre positif de + 29 millions d’euros. "Les ventes sont heurtées à -25 % en Chine (10 % du chiffre d’affaires) par le contexte macroéconomique et les surtaxes sur le brandy, un recul de l’activité de 7 % aux Etats-Unis (20 % du chiffre d’affaires) où le sell-in des distributeurs reste prudent, une activité médiocre en Europe à -2 % (28.3 % du chiffre d’affaires) pénalisée par l’environnement macroéconomique et climatique. Le travel retail est également en souffrance à -9 % traduisant une faiblesse accrue en Chine liée aux mesures anti-dumping mis en œuvre fin 2024", constate TP-ICAP.
Le résultat opérationnel courant (ROC) s’est élevé quant à lui à 1,985 milliard d’euros au premier semestre, en baisse organique de 2 %, et de 7 % en publié. La marge opérationnelle courante est en hausse de 65 points de base en organique mais est en recul de 39 points de base en publié à 32,1 %.
Diageo avait prévenu
Une nouvelle qui n’est toutefois pas une surprise pour les analystes, son concurrent britannique et numéro un des spiritueux, Diageo, ayant préparé le terrain, ce mardi, en avertissant le marché de ses craintes quant à l’instauration d’éventuels droits de douane sur son activité par les Etats-Unis, et abandonnant son objectif de croissance organique à moyen terme (à savoir une croissance de 5 à 7 % du chiffre d’affaires).
Avertissement qui a d’ailleurs fait tanguer le titre Pernod Ricard en Bourse. Ce mercredi soir, il s’était adjugé la lanterne rouge du CAC 40 à la clôture des marchés. "L’inversion de momentum sectoriel viendra des Etats-Unis et de la Chine, marchés moins représentés chez Pernod Ricard que ses pairs Diageo (45 % du chiffre d’affaires dont 40 % aux Etats-Unis et 5 % Chine) et Rémy Cointreau (60 % du chiffre d’affaires soit 30 et 30 %). A contrario, au moment de l’inversion du momentum dans ces deux zones, le groupe sous-performera ses comparables, mais le moment n’est pas venu", estime TP-ICAP, se voulant rassurant. "Pernod Ricard se positionne en leader mondial derrière Diageo. Ces maisons possèdent les marques de spiritueux les plus vendues dans le monde sur un marché des spiritueux qui devrait croitre de 5,7 % en moyenne annuelle entre 2019-2025. Pernod Ricard présente un portefeuille diversifié alliant des marques stratégiques internationales, de prestige, de vins stratégiques, de spécialités et de marques stratégiques locales. Les mesures visant à améliorer la performance opérationnelle ainsi que la gouvernance d’entreprise devraient permettre à Pernod d’atteindre son potentiel de création de valeur à terme ".
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