WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / marché automobile

Entreprises / Actions
marché automobile

Pour l’automobile européenne, 2025 pourrait intensifier la guerre des prix / Le tournant électrique sous la pression des normes CO2

L’année 2024 aura été difficile pour les véhicules électriques en Europe, dont les ventes ont chuté en fin d’année, notamment en Allemagne et en France. Ce qui rend le défi imposé par la nouvelle norme CAFE, qui exigera de chaque constructeur de réduire les émissions de CO2 de ses modèles à une moyenne de 95 g/km, d’autant plus ambitieux. Son application pourrait d’ailleurs déboucher sur une guerre des prix afin d’accélérer la mise sur le marché de véhicules électriques.
Les ventes de véhicules électriques à batterie ont reculé de 10% en Europe en 2024 - Photo by Lars Penning / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
Les ventes de véhicules électriques à batterie ont reculé de 10% en Europe en 2024 - Photo by Lars Penning / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

L’année 2025 sera charnière pour l’industrie automobile européenne, condamnée à passer la vitesse supérieure en matière de véhicules électriques. Les chiffres de ventes de l’année 2024 publiés cette semaine par l’ACEA (European Automobile Manufacturers' Association) soulignent à cet égard l’ampleur de la tâche qui les attend.

Si les immatriculations globales de voitures neuves dans l’Union européenne ont légèrement progressé en 2024 (+ 0,8 % à 10,6 millions d’unités), la dynamique des véhicules électriques suscite davantage d’inquiétudes que d’enthousiasme. En décembre, mois pourtant crucial pour les ventes, les immatriculations de véhicules électriques à batterie (BEV pour "Battery Electric Vehicle") ont chuté de 10,2 %, avec des reculs particulièrement marqués en Allemagne (-38,6 %) et en France (-20,7 %). Ces baisses s’inscrivent dans un contexte où les segments hybrides (30,9 % de part de marché) et essence (33,3 %) dominent toujours largement, tandis que le diesel continue de décroître (11,9 %).

Les voitures électriques à batterie sont restées le troisième choix le plus populaire pour les acheteurs en 2024. En décembre, leur part de marché s’élevait à 15,9 %, contribuant à une part de 13,6 % pour l’ensemble de l’année. Elles dépassent comme en 2023 le diesel, dont la part de marché a reculé à 11,9 %, mais demeurent loin des voitures à essence, qui culminent avec 33,3 %.

 

95 grammes de CO2 par kilomètre

 

Or, rappelons-le, les constructeurs européens ont l’obligation à partir de cette année d’atteindre l’objectif fixé par la norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy) de ne pas dépasser une moyenne de 95 grammes de CO2 par kilomètre pour les véhicules neufs. La part des véhicules électriques (dont les émissions sont nulles à 0 g/km) dans les ventes de chaque constructeur devient donc un enjeu clé, car tout dépassement du seuil entraînera une pénalité de 95 euros par gramme de CO2 excédentaire et par véhicule vendu. Pour rester conforme, il est estimé que les ventes de voitures électriques devront représenter au moins 20 % du total des immatriculations de chaque constructeur.

Le défi est donc de taille alors que le recul des ventes de BEV en 2024, et tout particulièrement en décembre (-10,2 %), reflète en partie l’impact direct des politiques publiques sur l’adoption des véhicules électriques. En Allemagne, les aides à l’acquisition de véhicules électriques avaient été supprimées subitement fin 2023, gonflant artificiellement les ventes sur le dernier mois de l’année, d’où un effet de base très défavorable.

En France, un nouveau barème du bonus écologique, entré en vigueur le 2 décembre 2024, a encore réduit les aides financières. Désormais, les foyers les plus modestes (revenu fiscal par part inférieur à 16 300 euros) bénéficient d’un bonus maximal de 4 000 euros, contre 7 000 euros auparavant. Pour les revenus fiscaux compris entre 16 300 et 26 200 euros, l’aide est ramenée à 3 000 euros, et pour les ménages au-dessus de ce seuil, elle est limitée à 2 000 euros – soit une réduction de 2 000 euros par rapport au précédent barème.

 

Vers une guerre des prix dans l’électrique ?

 

Cette diminution des incitations financières, dans un contexte où le coût des véhicules électriques reste élevé, continue d’illustrer l’étroite corrélation entre le prix d’achat et l’adoption des BEV.

Pour autant, la pression sur les prix des véhicules électriques pourrait bientôt s’intensifier. Au quatrième trimestre 2024, "la tendance négative s’accentue de manière séquentielle (-3 % par rapport au trimestre précédent), sous-performant par rapport aux véhicules à moteur thermique (ICE), ce qui, selon nous, est cohérent avec l’augmentation de l’offre de BEV d’occasion", observent les analystes d’UBS.

Selon la banque, l’application de la réglementation européenne sur les émissions de CO2 en 2025 "pourrait entraîner une intensification de la guerre des prix des véhicules électriques cette année, stimulant ainsi la demande des consommateurs pour des VE neufs tout en faisant baisser les prix des véhicules d’occasion". Une stratégie qui aurait cependant comme corollaire de fragiliser les marges des constructeurs.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article