Dirigeants, gouvernance
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L'année 2025 vue par... Nicolas Dufourcq /
Directeur général de Bpifrance
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? Comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?
L'année 2025 démarre enveloppée de nappes de brouillard économiques et budgétaires. Le budget Barnier avait un impact récessif de 0,8 point de PIB, qu'en sera-t-il du budget du nouveau gouvernement ? Probablement un peu moins. C'est regrettable mais inévitable : il faut réduire la vitesse de croissance de la dette. La baisse des taux sera une bonne nouvelle, la poussée productive engendrée par la digitalisation aussi, ainsi que la sortie progressive du bas de cycle industriel enregistrée dans les secteurs de l'automobile et du semi-conducteur. Mais l'incertitude politique française et le risque majeur d'une nouvelle dégradation de la note souveraine à l'automne inquiètent les entreprises. L'investissement, dont la composante psychologique est fondamentale, sera sous tension. Une paix d'arrangement en Ukraine n'y changera pas grand-chose.
L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir l’Europe de la tenaille USA-Chine ?
L'année 2025 verra la publication par la Commission de ses recommandations et propositions en réponse aux constats justes, et dramatiques, du rapport Draghi. Boussole stratégique, boussole de compétitivité et projet de programmation budgétaire pour les années 26-28. Malheureusement, dans cette année stratégique pour la planification européenne, les États sont faibles. Élections en Allemagne, repli de la France sur ses problèmes, absence de budget en Espagne, coalitions avec l'extrême droite dans de nombreux pays. Par ailleurs, quelle que soit la nature de l'accord de paix qu'on peut espérer en Ukraine, il faudra ré-armer. Dans ce contexte, comme ce fut le cas au début des années Delors, il est indispensable que les entreprises européennes aident les États à penser l'Europe de demain. C'est l'argent privé qui réinventera l'Europe...ou pas. L'argent public sera accaparé par la défense et l'ajustement des États-Providence. De ce point de vue, on ne peut que déplorer le silence du monde économique sur l'avenir de la fédération.
Comment prenez-vous en compte dans vos réflexions stratégiques la mise en place de barrières douanières et ses conséquences possibles en termes de démondialisation ?
Quand les barrières remontent partout, l'Europe ne peut plus être le dernier Empire ouvert à tous les vents. Les surcapacités chinoises sont établies, de même que l'excellence technologique accomplie par leurs industriels. Beaucoup d'industries européennes vont devoir être protégées, au risque d'être balayées. L'Europe doit appliquer terme à terme la boîte à outil chinoise qui nous a été imposée dans les années 2000 quand nos groupes voulaient commercer en Chine : des JV, des transferts de technologie, des emplois locaux. Il y a eu une stratégie China for China, il doit y avoir une stratégie Europe for Europe.
Comment anticipez-vous l’instabilité politique française avec ses conséquences éventuelles notamment en matière fiscale et sociale sur vos activités ?
La Bpi se refinance sur les marchés. L'augmentation des spreads renchérit sa liquidité, et par voie de conséquence les taux que nous facturons à nos clients. Ça n'est pas une bonne nouvelle. Par ailleurs, la Bpi dépend entièrement de l'État pour le financement de l'innovation. En période de restrictions budgétaires fortes, ce sont d'importants vecteurs de stimulation de l'économie française qui sont réduits.
Depuis cinq ans la productivité est en baisse régulière en France, comment appréciez-vous celle-ci dans votre groupe et quels impacts cela peut-il avoir en termes d’emplois ?
La baisse de la productivité est pour beaucoup la conséquence de la baisse du chômage et de la hausse spectaculaire de l'apprentissage. Cela ne me paraît pas inquiétant.
Depuis dix ans, on parle de simplification sans jamais la faire, au niveau français comme européen (discussion sur l’abandon partiel des obligations de déclaration de la directive CSRD). Néanmoins, tous les groupes font face à une complexification accrue. Quelles seraient vos propositions dans votre secteur d’activité en matière de simplification (administrative, fiscale, territoriale, …) ?
S'il fallait retenir une mesure capitale de simplification et de dérégulation, ce serait la réforme de Solvency 2 dans le secteur de l'assurance. Nous avons impérativement besoin que nos compagnies d'assurance européennes investissent plus en fonds propres, et participent à la prise de risque sur le continent. Aujourd'hui, les preneurs de risque en Europe sont soit les États nationaux, soit les acteurs privés américains. Il faut tout faire pour qu'une partie de l'épargne privée européenne s'investisse dans la projection vers le futur de notre économie. Ça ne sera pas possible si des interdictions continuent de peser sur les assureurs européens.
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