WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions

Entreprises / Actions

exclusif L'année 2025 vue par... Benoît Coquart / Directeur général de Legrand

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2025 après une année 2024 marquée notamment par des tensions géostratégiques toujours aussi prégnantes, le début de la normalisation monétaire, de fortes incertitudes politiques en France ou encore la prise de conscience collective du décrochage de l’Europe. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez et leurs attentes pour l’année qui vient. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Benoît Coquart, le directeur général de Legrand
Benoît Coquart, le directeur général de Legrand

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? Comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?

 

La situation économique devrait demeurer fragile en Europe en 2025. Le marché du bâtiment pourrait néanmoins, nous l’espérons, amorcer une reprise après plusieurs années de déprime tant dans le résidentiel que dans le tertiaire, en particulier en France.

Cela dit, le contexte économique et géopolitique incertain est devenu la "nouvelle normalité" des entreprises. Il y aura, en 2025, de réelles opportunités de développement pour celles qui allieront clarté stratégique et agilité opérationnelle.

Pour Legrand, ces opportunités seront géographiques : une des forces de notre modèle, c’est notre exposition géographique équilibrée, avec environ 40% de nos ventes en Europe, 40% en Amérique du Nord et Centrale et 20% dans le Reste du Monde (dont 5% en Inde).

Ces opportunités proviendront également de domaines porteurs, largement décorrélés de l’activité du bâtiment. Nous réalisons ainsi 25% de notre chiffre d’affaires dans les solutions pour la transition énergétique, portées par l’électrification, les économies d’énergie et la transition vers un monde à plus faible intensité carbone. Egalement, 15% de notre chiffre d’affaires est issu des centres de données (datacenters), qui sont portés par la digitalisation et l’intelligence artificielle. Ces domaines porteurs sont déjà très résilients en 2024 et leur croissance devrait s’accélérer en 2025.

 

L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir l’Europe de la tenaille USA-Chine ?

 

Le décrochage de l’Union européenne face aux Etats-Unis ou à la Chine est une réalité confirmée par nombre d’indicateurs, et il risque de s’accélérer encore. Un sursaut est nécessaire si l’Europe veut continuer de peser au niveau économique, politique et culturel et conserver la maîtrise de son destin.

Redevenir un acteur de poids dans les technologies d’avenir est à mon sens le nerf de la guerre, pour son impact sur l’emploi, les finances publiques, le niveau de vie de nos concitoyens, l’attractivité de notre continent et sa capacité de projection à l’international. C’est un projet de longue haleine, qui combine soutien à l’innovation, refonte des marchés de capitaux, travail sur la rétention et l’attractivité des talents (y compris extra-européens), simplification réglementaire et administrative, fléchage des politiques publiques sur les technologies de demain…

Ce projet de redressement technologique suppose un fort consensus entre les pays et une volonté de "jouer collectif" qui doit animer nos dirigeants et les institutions européennes !

 

Depuis dix ans, on parle de simplification sans jamais la faire, au niveau français comme européen (discussion sur l’abandon partiel des obligations de déclaration de la directive CSRD). Néanmoins, tous les groupes font face à une complexification accrue. Quelles seraient vos propositions dans votre secteur d’activité en matière de simplification (administrative, fiscale, territoriale…) ?

 

C’est un sujet ancien et récurrent en France, comme au niveau européen. Le mille-feuilles législatif et normatif est non seulement devenu un frein avéré à la compétitivité, mais il en devient même contre-productif.

La CSRD est un bon exemple : son objectif - permettre aux acteurs économiques de mesurer et de comparer la performance extra-financière des entreprises - est particulièrement vertueux. Sa mise en œuvre, en revanche (avec jusqu’à 1200 données différentes à fournir et à auditer) est un véritable casse-tête pour beaucoup d’entreprises, notamment de taille petite et moyenne. Cela pourrait même conduire certaines à se concentrer sur le reporting au détriment du fond, comme la réduction de leur empreinte carbone ou la revivification du dialogue social. Le risque qui nous guette est encore plus grave à mon sens, car ce "trop-plein" pourrait entamer le consensus social autour des enjeux environnementaux et humains.

Revenons à des principes de bon sens : moratoire sur les réglementations nouvelles, études d’impact et évaluation critique des réglementations existante, expérimentations, benchmark systématique avec nos pairs internationaux…

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article