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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L’année 2025 vue par… Nicolas Ragache / Chef économiste de l'Afep

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2025 après une année 2024 marquée notamment par des tensions géostratégiques toujours aussi prégnantes, le début de la normalisation monétaire, de fortes incertitudes politiques en France ou encore la prise de conscience collective du décrochage de l’Europe. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez et leurs attentes pour l’année qui vient. Une série à lire, partager et conserver précieusement.  
Nicolas Ragache - DR
Nicolas Ragache - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ?

 

En Europe, au T3 2024, la croissance (+ 0,4 %) doit beaucoup à des facteurs temporaires. Fin 2024, les indicateurs avancés en France et en Allemagne signalent une forte contraction manufacturière et des services qui marquent le pas malgré la diminution rapide de l’inflation. Même si d’autres pays européens résistent mieux, il est probable que l’année s’engage avec peu de vitesse, voire un fort ralentissement,.

En France, des difficultés sur le marché de l’emploi et des finances publiques problématiques augmentent l’inquiétude, freinent la consommation et l’investissement, malgré la baisse des taux. Pour 2025, la question est quand et comment pourra se produire un redémarrage ? Deux facteurs joueraient favorablement à mi-année : baisse des taux de la BCE et demande mondiale d’autres pays de l’UE, États-Unis ou d’autres régions, mais sous réserve que l’UE rétablisse sa compétitivité.

À l’inverse, l’incertitude politique en France, une nouvelle Commission qui démarre à peine, et l’attente d’une nouvelle coalition en Allemagne conduisent à un fort attentisme. Le scénario central est que le redémarrage ne se fera pas avant le second semestre. Et il faut l’organiser car il est conditionnel.

Les risques géopolitiques sont toujours présents. Bien évidemment, ils modifieraient le scénario. Ce risque pousse à repenser l’insertion internationale de l’UE. Le contexte international évolue et il est urgent que l’UE s’adapte pour mieux saisir les opportunités ou résister aux crises.

 

Faut-il s’attendre à une divergence marquée entre les politiques monétaires menées par la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine ?

 

Logiquement, la différence de rythme économique anticipée devrait conduire à une pression inflationniste moindre dans l’UE et plus forte aux États-Unis. La future politique fiscale, douanière et budgétaire de la nouvelle administration américaine est potentiellement inflationniste, quoiqu’on n’en connaisse pas encore les paramètres et effets de bouclages, au-delà des anticipations.

Nous sommes sortis progressivement d’un choc inflationniste assez symétrique, lié à des chocs mondiaux. L’inflation redevient plus locale et plus liée aux politiques économiques. Cela donne des régimes monétaires divergents.

Il faudra d’ailleurs considérer aussi en 2025 les politiques monétaires des autres banques centrales, notamment la BOE, de la Chine et du Japon, dans des configurations de croissance, d’inflation et de stabilité financière très différentes. En 2024 le suivi a été très précis, ce sera également le cas en 2025.

 

L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir le Vieux continent de la tenaille USA-Chine ?

 

L’Europe risque de décrocher. Il faut un sursaut impératif. La prise de conscience de l’UE a été un progrès important de 2024. Il fallait sortir d’une phase d’autoréférence et réaliser à quel point l’environnement international était concurrentiel, les États-Unis innovants, la Chine compétitrice, sans même mentionner les transformations technologiques ou commerciales.

La régulation européenne doit s’adapter à la nouvelle donne, sans renier ses valeurs mais en tenant bien mieux compte de sa compétitivité. Les mesures d’urgence, car il s’agit d’urgence, sont celles qui doivent rendre aux entreprises leur plein potentiel.

On peut en identifier trois. La simplification, c’est-à-dire la production de normes plus favorables à l’innovation et à l’accélération des transformations. Il va falloir rouvrir les textes de la précédente Commission, quand ils n’ont pas intégré la concurrence internationale et peuvent couper l’UE de la dynamique mondiale d’innovation et d’investissement. C’est crucial.

L’union des marchés de capitaux, car il faut être plus attractifs et mieux organisés pour que se fassent les transitions technologiques et environnementales.

On peut ajouter une rénovation du cadre d’insertion internationale de l’UE. Le protectionnisme n’est pas une solution. Il s’agit non seulement de repenser les accords de libre-échange, nécessaires, mais aussi nos capacités en matière de défense, de matières premières et d’énergie et d’innovation technologique.

Tous ces thèmes sont dans les rapports Draghi, Noyer, ou Letta, Il faut maintenant un sursaut politique.

 

Engluée dans une crise immobilière, l’économie chinoise est enferrée dans les difficultés depuis de nombreux trimestres, estimez-vous que le récent déploiement d’un nouvel ensemble de mesures budgétaires, monétaires et réglementaires sera de nature à les terrasser ?

 

La Chine reste un moteur de l’économie mondiale et son insertion internationale est majeure pour nos économies et nos entreprises.

La crise immobilière est importante. Sa résorption doit prendre du temps. Si cette crise freine sa croissance, elle n’empêche pas la poursuite d’un programme d’innovation et de compétitivité industrielle intense qui place la Chine dans la tête de la compétition mondiale.

Les mesures annoncées, si elles stabilisent la situation peuvent permettre de poursuivre une expansion qui reste toujours à un rythme rapide (4,5 %). L’action de septembre et ses suites à venir sont à suivre : si une relance allait au-delà de la stabilisation, elle conduirait à revoir les anticipations de croissance.

 

Quelle est la plus grosse menace pesant sur la stabilité financière mondiale pouvant se matérialiser en 2025 ?

 

Par définition s’il y a crise c’est que l’anticipation était faible. Les conditions financières semblent meilleures avec la diminution des taux en Europe et aux États-Unis. Le risque est alors de laisser monter des déséquilibres alors que le déclenchement d’une crise est non linéaire. La question des dettes publiques en fait partie. Dans l’immédiat par exemple, la gestion des questions budgétaires est prioritaire en France. Il est urgent de réengager la France sur une trajectoire de consolidation la moins récessive possible, en réformant la dépense publique.

Ce sont aussi les tensions sur le commerce international qui doivent être tôt analysées, pour être correctement traitées si elles développent des déséquilibres dans des pays exposés, européens ou non.

 

En plus d’avoir failli à anticiper la dégradation sensible de ses finances publiques en 2023 et 2024, la France pourrait durablement évoluer dans une situation politique instable. Doit-elle redouter une crise de confiance sur les marchés obligataires à brève échéance ?

 

L’appartenance à la zone euro, la baisse des taux de la BCE, et les fondamentaux, solides, de la France sont toujours là, Mais il va falloir très vite indiquer de nouveau quelle est la trajectoire de finances publiques et comment elle est sécurisée. La configuration politique n’est pas la plus simple pour un consensus mais le sujet structurel ne peut être éludé. L’incertitude fragilise le marché mais elle peut être réduite.

Mais c’est aussi un sujet de croissance. Pour les entreprises l’attentisme est très marqué d’autant que la conjoncture se durcit. Aujourd’hui on le mesure, le manque de confiance est un frein très important, qui pèse concrètement sur l’activité, notamment l’investissement, ce qui nous ramène aux leçons de Keynes, dans les années 30, sur la prise de risque en liaison avec la stabilité politique et sociale. C’est un effet amplificateur des défis structurels que la France et l’UE ont déjà à relever. Il faut en plus de la compétitivité rétablir cette confiance.

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