Macro-économie / Taux
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L'année 2025 vue par... Sylvain Bersinger /
Chef économiste d'Asterès
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ?
Il est toujours difficile de faire des prévisions mais là, dans le contexte actuel, c’est encore plus difficile ! Comment prévoir la croissance française alors que nous n’avons même pas de budget et que l’Allemagne votera en début d’année ? Le scénario central en France comme en zone euro est celui d’une croissance molle, aux alentours de 1 %, peut-être un peu moins en France.
Ce scénario incertain pourrait être impacté par quelques bonnes nouvelles : poursuite de la baisse du prix du pétrole, baisse des taux directeurs un peu plus rapide qu’attendue ou stimulation budgétaire plus forte de l’économie allemande (qui serait plutôt un sujet pour 2026 et après). Mais on voit aussi de nombreux risques potentiels. Les deux principaux à mon avis sont celui d’un embrasement au Moyen-Orient qui génèrerait un choc pétrolier et celui d’une guerre commerciale généralisée si Donald Trump en déclenchait une dès le début de l’année.
Faut-il s'attendre à une divergence marquée entre les politiques monétaires menées par la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine ?
C’est difficile à dire car une partie de la réponse dépendra de Donald Trump, dont les déclarations fracassantes autant que contradictoires obscurcissent toute prévision. Si Donald Trump augmente fortement les droits de douane et mène une politique massive d’expulsions de migrants, il en résultera un bond de l’inflation aux Etats-Unis, donc une divergence marquée des politiques monétaires (à moins qu’il n’essaie de tordre le bras à Jérôme Powell pour qu’il n’augmente pas les taux ?).
Le scénario central (dans lequel Donald Trump n’appliquerait qu’une partie des mesures annoncées) semble cependant être celui d’une baisse de l’inflation (donc des taux directeurs) plus rapide en Europe qu’aux Etats-Unis, une légère divergence de politique monétaire est donc probable.
L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir le Vieux continent de la tenaille USA-Chine ?
Il faudrait déjà clairement établir ce décrochage, car les statistiques en ce qui concerne la productivité par exemple ne vont pas toutes dans le même sens. L’Europe est certes en retard sur le Etats-Unis dans le numérique par exemple, mais ce n’est pas le cas de l’industrie, et les Airbus ne perdent pas des pièces en plein vol… Cela dit, il faut évidemment renforcer nos efforts d’innovation, mais c’est une politique qui doit toujours être menée, indépendamment de ce que font les autres. Et il convient de savoir dans quelle direction nous souhaitons aller : faut-il tenter de rattraper les Gafa ou accepter la supériorité américaine dans le numérique pour renforcer nos propres points forts ? Je n’ai pas d’avis définitif sur le sujet mais je trouve que l’on va parfois un peu vite en besogne en ne parlant que de numérique.
Engluée dans une crise immobilière, l'économie chinoise est enferrée dans les difficultés depuis de nombreux trimestres, estimez-vous que le récent déploiement d’un nouvel ensemble de mesures budgétaires, monétaires et réglementaires sera de nature à les terrasser ?
La Chine a glissé les problèmes sous le tapis, mais ne les a pas réglés. Le problème fondamental est que le pays investit énormément (hier dans l’immobilier, aujourd’hui dans les usines) mais consomme peu. Pour l’instant, le reste du monde absorbe le surplus de production industrielle, mais ce n’est pas un modèle forcément durable car on voir monter partout des mesures protectionnistes envers la Chine. Sans modification forte de l’économie chinoise (soutien à la demande privée notamment) les plans de relance successifs seront autant de coup d’épée dans l’eau.
Quelle est la plus grosse menace pesant sur la stabilité financière mondiale pouvant se matérialiser en 2025 ?
Je ne pense pas que le risque de crise financière systémique soit la principale menace pour 2025, même s’il faut toujours être prudent car les crises viennent parfois de là où on ne les attendait pas. L’envolée du cours du bitcoin et des cryptos en général ma laisse songeur. Il s’agit là d’actifs spéculatifs, dont la valeur fondamentale est hautement incertaine, et qui commencent à être intégrés dans les portefeuilles de fonds supposés faiblement risqués. Que se passe-t-il si le bitcoin passe de 100 000 dollars à 1 dollars ? Le scénario peut sembler extrême, mais il n’est pas totalement absurde non-plus. Je ne crois pas qu’il y ait une crise systémique liée aux fluctuations du bitcoin en 2025, mais l’emballement sur les cryptos semble s’abstraire de toute prudence, comme si l’on avait oublié toutes les leçons des crises passées, ce qui est assez inquiétant pour le futur.
En plus d’avoir failli à anticiper la dégradation sensible de ses finances publiques en 2023 et 2024, la France pourrait durablement évoluer dans une situation politique instable. Doit-elle redouter une crise de confiance sur les marchés obligataires à brève échéance ?
Il est impossible d’avoir des certitudes à ce sujet, mais c’est en effet une réelle inquiétude. On voit depuis la dissolution du mois de juin que les créanciers de la France ne sont plus disposés à lui accorder une confiance éternelle. Pour l’instant, au lendemain de la chute du gouvernement Barnier, les marchés ne paniquent pas, ce qui est une bonne nouvelle car ce n’était pas gagné d’avance. Mais je pense en effet qu’on arrive à la fin d’une époque, la France ne pourra plus systématiquement noyer ses difficultés dans de la dette publique comme elle le fait depuis plusieurs décennies.
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