Macro-économie / Taux
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L'année 2025 vue par... Patrice Gautry /
Chef économiste de l'Union Bancaire Privée
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ?
L’Europe devrait rester globalement en croissance modérée en 2025, mais avec de fortes divergences entre les pays et les régions. Nous attendons une croissance relativement soutenue au Royaume-Uni et en Suisse (1,6%), même si la croissance devrait être plus faible et disparate au sein de la zone euro. Cette dernière devrait voir sa croissance comprise entre 0,8% et 1% en 2025, et la croissance française risque de ne pas dépasser 0,5% au vu des incertitudes politiques, alors qu’en Espagne, la croissance devrait demeurer proche de 2%.
La liste des risques et des tensions géopolitiques pesant sur le cycle de croissance européen et mondial reste longue. Elle pourrait s’allonger encore si une guerre commerciale se déclarait avec la hausse généralisée des droits de douane initiée par l’administration Trump. Tous ces facteurs sont susceptibles de casser la croissance mondiale et européenne, surtout s’ils interagissaient de concert. Une approche pragmatique, compte tenu des prochaines décisions politiques de chaque zone géographique, nous obligera à naviguer à vue concernant le scénario global. Volatilité forte et visibilité réduite vont probablement caractériser le tout début de l’année 2025, en dehors du rebond de la croissance américaine.
A l’inverse, la fin des conflits ouverts (Ukraine, Moyen-Orient) soulagerait les contraintes pesant sur les régions respectives et permettrait une reprise des affaires. Les élections allemandes sont encore incertaines, mais pourraient être l’occasion de lever les contraintes fiscales qui limitent les possibilités de soutien à l’investissement et aux entreprises. Ceci permettrait de redonner une trajectoire plus solide à l’économie allemande par rapport à la perspective d’une nouvelle année de stagnation.
Faut-il s'attendre à une divergence marquée entre les politiques monétaires menées par la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed) ?
La Fed devrait abaisser encore ses taux directeurs au premier trimestre 2025, mais elle interrompra probablement assez rapidement cette phase de normalisation. L’inflation devrait apparaître résistante étant donné qu’une politique budgétaire fortement reflationniste risque d’interférer directement avec la vision d’un retour à une politique monétaire neutre. Les marchés financiers semblent prudents et retiennent désormais, avec raison, un taux terminal de la Fed autour de 4%.
La BCE, quant à elle, pourrait avoir plus de marges de manœuvre que la Fed, et se montrer plus agressive sur les réductions de taux (50 points de base de baisse probable en janvier). Le taux terminal de la BCE devrait être inférieur à celui de la Fed, mais l’inflation en zone euro pourrait aussi rebondir au-dessus de 2% en fin d’année 2025, et ainsi interférer également avec la politique monétaire. La BCE pourrait donc se voir empêchée de diminuer ses taux directeurs très en dessous de 2%.
L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer et Letta, mais aussi celle du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir le vieux continent de la tenaille Etats-Unis-Chine ?
L’Europe et la zone euro, en particulier ne devraient pas être en mesure de résister longtemps aux attaques commerciales en provenance des Etats-Unis (hausse des droits de douane) et aussi de Chine. Le retard pris en termes de technologie (allant de l’intelligence artificielle aux véhicules électriques) est patent, et la dépendance aux deux puissances économiques dominantes reste trop forte pour être rapidement inversée. Les rapports Draghi et Letta, parus en 2024, proposent une stratégie de moyen terme pour la zone euro qui suppose un contexte mondial favorable, une volonté politique partagée par les Etats membres de la zone, et des moyens financiers considérables, analogues à ceux déployés dans le cadre du plan ‘EU Recovery Fund’. Ces critères ne semblent pas tous remplis, et ils laissent encore toute latitude à la Chine et aux Etats-Unis pour imposer leurs règles.
Engluée dans une crise immobilière, l'économie chinoise est enferrée dans les difficultés depuis de nombreux trimestres; estimez-vous que le récent déploiement d’un nouvel ensemble de mesures budgétaires, monétaires et réglementaires sera de nature à les terrasser ?
Les mesures adoptées ces derniers mois traduisent le sentiment d’urgence induit par le marasme dans lequel se trouve encore le secteur immobilier. Les baisses de taux et les soutiens budgétaires en place paraissent être de nature à fournir un plancher à la croissance pour éviter de tomber en déflation, mais cela reste insuffisant pour relancer la consommation et l’immobilier en parallèle. D’autres mesures sont attendues en 2025 sous l’angle monétaire et budgétaire de la part des autorités pour relancer l’immobilier et la consommation, et aussi pour répondre aux attaques commerciales provenant des Etats-Unis. La relance de l’économie domestique semble être la voie permettant de dépasser ces deux contraintes.
Quelle est la plus grosse menace pesant sur la stabilité financière mondiale susceptible de se matérialiser en 2025 ?
La dette des Etats des pays développés, et notamment l’incapacité de ces économies à enrayer la hausse structurelle du service de la dette. Force est de reconnaître que la trajectoire de la dette n’est pas soutenable à moyen terme.
En plus d’avoir failli à anticiper la dégradation sensible de ses finances publiques en 2023 et 2024, la France pourrait durablement évoluer dans une situation politique instable. Doit-elle redouter une crise de confiance sur les marchés obligataires à brève échéance ?
La dette de la France est clairement sous surveillance des marchés financiers depuis la dissolution de l’Assemblée nationale. De plus, les écarts de rémunération observés sur les taux des obligations entre la France et l’Allemagne ont évolué au fil du calendrier et des nouvelles politiques. La dégradation des finances publiques deviendra un véritable sujet d’inquiétude sur les marchés si aucun gouvernement n’est capable de stabiliser la trajectoire du déficit à court terme et de la dette à moyen terme. A cet égard, la dégradation de la note de la France semble inévitable au premier semestre 2025.
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