Macro-économie / Taux
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Europe : une dépendance géographique inquiétante aux intrants critiques / Une valeur ajoutée manufacturière à la merci de la Chine et ses alliés
Voilà l’une des nombreuses épées de Damoclès qui planent au-dessus du secteur manufacturier européen. Alors que la Chine est le principal fournisseur d'intrants critiques étrangers (ICE) pour les industries de l'UE (micropuces, pièces de turbines, équipements optiques, précurseurs chimiques notamment), une étude s’est essayée à mesurer l’ampleur des retombées d’une rupture d’approvisionnement.
Plus précisément, Dennis Essers, Laura Lebastard, Michele Mancini, Ludovic Panon et Jacopo Timini, auteurs de l’étude de la Banque centrale européenne (BCE), ont fait l’hypothèse d’une division par deux de l'approvisionnement en intrants critiques en provenance de Chine ainsi que des pays alignés sur elle (la Russie est un fournisseur notable de ces intrants). Ils ont examiné les conséquences en s’appuyant sur des données commerciales et de bilan au niveau des entreprises de cinq pays de l'UE : la Belgique, la France, l'Italie, la Slovénie et l'Espagne. "De telles perturbations de l'approvisionnement entraîneraient une baisse de la valeur ajoutée manufacturière de 2% pour la Belgique, 2,5 % pour la France, 2,9 % pour l'Espagne et 3,1 % pour l'Italie et la Slovénie à court terme", jugent les économistes.
Les grandes entreprises seraient le moteur de ce recul, représentant environ 75 % de la baisse de la valeur ajoutée dans tous les pays. Les résultats pour le top 1 % des entreprises affichent une plus grande hétérogénéité, expliquant environ 15 % de la diminution en Italie et en Espagne, environ 30 % en France et en Belgique, et plus de 50 % en Slovénie.
Entre les secteurs une importante différence se fait également jour. "L'industrie des équipements électriques se distingue comme le secteur le plus touché, avec une baisse médiane de la valeur ajoutée entre les pays d'environ 7 %, soit plus du double de la baisse médiane globale de la valeur ajoutée, inférieure à 3 %. Parmi les autres industries connaissant des baisses supérieures à la médiane, on peut citer la chimie, les métaux de base, l'électronique et les machines", soutient l’étude. A noter que ces cinq industries représentent près d'un tiers de la valeur ajoutée manufacturière dans ces pays.
En outre, certains secteurs, comme l'électronique, affichent une baisse similaire d'un pays à l'autre, tandis que dans d'autres, comme la chimie et les machines, les résultats varient beaucoup plus entre les économies, reflétant des compositions de sous-secteurs et des modèles d'approvisionnement spécifiques aux entreprises différents.
"Les résultats régionaux sont également très hétérogènes", fait remarquer l'étude. Un phénomène qui s'explique par la spécialisation et la concentration. "Par exemple, la région italienne des Marches est relativement plus spécialisée que les autres régions dans la production d'équipements électriques, une industrie qui dépend fortement de l'approvisionnement en intrants critiques étrangers en provenance de pays alignés sur la Chine. La concentration des principaux producteurs dans certaines régions contribue également à cette hétérogénéité : la présence de grandes entreprises exposées implique que leur effet sur la valeur ajoutée de leur région est plus important", expliquent les auteurs.
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