Macro-économie / Taux / Sur les marchés
Macro-économie / Taux
Sur les marchés
M&A : la manne chinoise en passe de se raréfier
Le marché des M&A mondiales en très nette reprise en 2017 va-t-il s’en trouver affecté ? Les dernières annonces faites par le gouvernement chinois ont effectivement de quoi inquiéter tous les banquiers conseils : le pays a décidé de restreindre drastiquement les investissements à l’étranger de ses entreprises locales, leur interdisant plusieurs secteurs sur lesquels elles ont pourtant montré beaucoup d’appétit ces derniers mois, à savoir les clubs sportifs, l’hôtellerie, le cinéma, l’immobilier et les divertissements. Les entreprises chinoises ne pourront par ailleurs plus investir dans les pays ou les régions en guerre, ou ceux n'ayant pas de relations diplomatiques avec la Chine, selon la même source. La directive interdit également les investissements pouvant porter atteinte aux intérêts et à la sécurité du pays. Elle cite notamment la production de matériel et de technologies militaires "non autorisés" et les jeux d'argent.
Voilà qui semble disruptif après toutes les annonces de ces derniers mois, les Chinois s’étant montrés particulièrement actifs dans le football, mais aussi le tourisme et l’hôtellerie en France, avec notamment les emplettes de Fosun, Jin Jiang International Holding ou d’HNA. Ces acteurs font d’ailleurs l’objet d’enquêtes de la part du régulateur bancaire chinois pour les prêts supposés risqués qu’ils auraient souscrit afin de financer leurs acquisitions.
Ces interdictions en haut lieu devraient donc être suivies de près par les grands groupes, y compris ceux qui avaient déjà pris langue avec des entreprises étrangères en vue d’accroître leur influence dans tous ces secteurs activité. Par exemple, le Chinois Great Wall a officiellement annoncé son intérêt pour Fiat Chrysler. L’opération sortirait néanmoins des terrains défendus puisque les firmes « soutenant l’économie réelle » pourraient continuer à investir à l’étranger. D’autres deals dans l’immobilier ou le tourisme semblent, en revanche, compromis. Ce qui ne fait pas les affaires de la Compagnie des Alpes, la filiale de la Caisse des Dépôts en négociations depuis plus d’un an avec Fosun pour une possible entrée à son capital. Accor, à l’opposé, doit se frotter les mains, lui qui craignait que certains investisseurs chinois n’en prennent un peu trop à leur aise au sein de son capital. Dans l’immobilier, où les intérêts chinois sont souvent présents dans les différents appels d’offre, cette manne devrait également se montrer plus discrète. Pour la plus grande satisfaction des autres acquéreurs, inquiets de l’inflation des prix dans le secteur des transactions.
Cela aura-t-il aussi une incidence sur les projets des grands acteurs énergétiques chinois, en discussions depuis de nombreux mois avec EDF mais aussi Areva, en vue de participer à l’effort financier consenti par l’énergéticien français pour sauver sa filière nucléaire ? Manifestement, le domaine de l’énergie, tout comme celui des infrastructures et des nouvelles technologies, ont échappé à la vindicte étatique. Les enjeux politiques et financiers sont, dans le cas d’EDF et Areva, majeurs et les sociétés concernées sont de toute façon publiques, d’un côté comme de l’autre.
Les chiffres déjà publiés par les hommes de Xi Jiping en disent déjà long : les investissements chinois à l'étranger, hors secteur financier, se sont effondrés de 46% au premier semestre, à 48 milliards de dollars.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

