Les bonnes affaires du prince saoudien et d’Airbus
Le Wall Street Journal a eu accès à une série de documents financiers qui mettent en lumière les affaires du jeune prince saoudien Mohammed ben-Salmane, et la frontière très ténue entre le business privé et public lié au Royaume. Selon le journal américain, le Prince de 32 ans a très tôt cultivé son goût des affaires, effaré de constater que son père, le Prince Salman ben-Abdelaziz, avait préféré étendre son pouvoir plutôt que son argent, et ne vivait en réalité que grâce aux sommes allouées par son frère, sans préoccupation d’investissement ou d’épargne. Très tôt, son fils a commencé par investir 100 000 dollars dans la Bourse saoudienne, et a rapidement amassé une immense fortune. Puis, il a poursuivi avec les affaires, dans l’immobilier, l’énergie ou encore les télécoms.
Le Prince est également parvenu à tirer parti des relations établies entre le Royaume et ses partenaires occidentaux, et en particulier Airbus, pour signer un deal particulièrement lucratif pour lui. En 2014, le constructeur aéronautique avait prévu de vendre 50 avions à la compagnie aérienne nationale en difficultés, Saudia Airlines, mais aussi une douzaine de jets pour le Royaume. Mais lorsque le jeune Prince prend davantage de pouvoir, il propose un nouveau type de deal : la vente des avions Airbus à un fonds dénommé ALIF avec une importante décote d’environ 60%, qui à son tour loue les avions au Royaume à un tarif usuel. Ce faisant, le fonds perçoit les avantages de cette ristourne et affiche un rendement particulièrement attractif, de 15% environ, soit près de deux fois ceux affichés dans ce secteur. Et son investisseur principal, IAFC, une entité basée aux Caïmans dont l’actionnariat est confidentiel mais qui est lié aux intérêts du Prince, prélève une part encore plus importante : 35% pour un TRI au-dessus de 7% et 50% s’il est supérieur à 10%, contre une moyenne plutôt autour de 10 à 20%.
L’accord avait été officiellement conclu lors d’un voyage du Prince Mohammed ben-Salmane en France en 2015, et ce dernier s’en était attribué tout le mérite. De son côté, Airbus était hésitant à accepter ce deal, lui qui subissait déjà une enquête approfondie des autorités françaises et britanniques sur ses contrats avec le Royaume, mais a finalement considéré que l’implication directe du Prince héritier était un gage de mitigation du risque. Le groupe dirigé par Tom Enders a d’ailleurs encore récemment profité de ses liens privilégiés avec le Royaume, car lors de la dernière visite du Prince en France le mois dernier, la compagnie aérienne low-cost du pays, Flynas, a signé une commande de 6,3 milliards de dollars pour 80 avions.
Néanmoins, Airbus continue à se déchirer contre Boeing devant l’OMC, qui a rendu une nouvelle décision hier sur ce litige de plusieurs années. De nouveaux défis pour la direction à venir, alors que Tom Enders et le directeur financier, Harald Wilhelm, tireront tous les deux leur révérence l’an prochain.
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