Les CEO américains déchantent sur la réforme fiscale
La semaine dernière, le gratin des patrons américains s’est réuni lors d’une conférence totalement « off the record » organisée par la prestigieuse université Yale, et a bien sûr discuté de la réforme fiscale en cours de finalisation. Ce texte est l'un des plus larges et rapides de l’historie puisqu’il aura fallu moins de deux mois aux deux chambres pour voter leur plan de 1.500 milliards de dollars de coupes fiscales, puis réconcilier leurs vues et aboutir à un texte commun, qui devrait être voté cette semaine par le Congrès. Et si quelques concessions mineures ont été consenties -un taux d’impôt sur les sociétés à 21% au lieu de 20%, la tranche supérieure d’impôt sur le revenu à 37% contre 39,6% initialement- les grandes lignes sont maintenues.
Or, les CEO américains commencent à réaliser l’ampleur des sacrifices que ce cadeau de Noël de l’administration Trump implique. Ainsi, 72% des patrons interrogés lors de ce grand raout ont jugé qu’il était « mauvais » que la réforme fiscale revienne à augmenter significativement la dette publique, alors que la dernière analyse estime que la loi reviendra à alourdir la dette fédérale de 1.000 milliards de dollars sur dix ans. Par ailleurs, 62% d’entre eux s’alarment de ce que le texte, qui revient à couper dans les budgets de Medicare et à supprimer le principe d’assurance maladie obligatoire, « n’impacte négativement le système de santé national ».
Plus marquant encore, les CEO estiment que le texte actuel ne supprime pas vraiment les niches fiscales, comme le candidat Donald Trump avait promis de le faire en « asséchant le marais ». Ainsi, une large majorité de 82% des patrons présents jugent que le maintien de la taxation du carried interest comme les plus-values est « inapproprié ». Plus grave encore, la même proportion (81%) est « embarrassée par la représentation que Donald Trump fait des intérêts et de l’image des Etats-Unis sur la scène internationale ». Pour autant, 55% des patrons jugent que ce projet de réforme fiscale doit maintenant être voté et promulgué comme loi.
La fausse promesse de cette réforme fiscale est d’autant plus évidente lorsque seuls 14% des dirigeants présents à Yale avouent prévoir « de faire des investissements domestiques importants » après son vote…! En réalité, les premiers supporters de ce chantier, en particulier les financiers de Wall Street qui ont bénéficié des records pulvérisés par le S&P 500 ces derniers mois, déchantent. Car à New York, tout comme en Californie -deux Etats avec des impôts locaux élevés- le texte, qui n’autorisera plus à déduire certaines taxes locales de la facture fédérale, va largement augmenter les impôts des sociétés new yorkaises. En outre, la limitation de la déductibilité des intérêts risque de frapper les institutions financières en premier lieu, même si le carried interest est préservé. Les CEO et financiers américains, qui se sont prêtés au jeu des cadeaux fiscaux de Donald Trump, risquent donc de se retrouver pris à leur propre piège.
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