Les ménages français n'ont jamais été aussi riches !
Les Français n'ont jamais été aussi riches, telle est la conclusion d'une étude menée par ING, qui a analysé le patrimoine des habitants de l'Hexagone et leur comportement d'épargne. Au troisième trimestre de l'an dernier, leur patrimoine a ainsi atteint 178.200 euros en moyenne, soit 5.233 milliards d'euros au total, son plus haut niveau historique, contre 4.820 milliards un an plus tôt. Ce qui représente une hausse de 8,5% sur un an. Les Français sont donc 15% plus riches que leurs voisins allemands, qui disposaient quant à eux à la même date de 107.700 euros par personne. Les auteurs de l'étude soulignent par ailleurs qu'à ces richesses financières s'ajoute un patrimoine non financier, estimé pour 2016 à 7.500 milliards d'euros, soit 255.400 euros par habitant.
Comment se répartit ce patrimoine financier des Français ? Essentiellement en dépôts (pour 25,6%) et en assurances vie (36,7%), contre 16% d'actions non cotées et seulement 12% d'actifs plus risqués tels que les actions, obligations et fonds de placement. Une structure fortement orientée vers l'épargne donc, comme l'avait d'ailleurs souligné le baromètre de l'AMF sur le sujet publié en décembre dernier. L'autorité des marchés financiers avait alors mis en lumière le fait que les Français épargnaient principalement pour des motifs de précaution (82% afin de pouvoir faire face à l'imprévu) et en cas de dépenses de santé (77%).
Les auteurs de l'étude ING ont de leur côté cherché à analyser comment la part des différents actifs composant l'épargne des Français avait évolué dans le temps, en prenant trois années de référence 2000, 2008 et 2016. Ce qui leur a permis de constater que si le patrimoine des ménages (financier et non financier) est encore principalement composé d'immobilier, cette proportion a fortement fluctué ces seize dernières années: la pierre représentait 45% de leur patrimoine en 2000, avant d'atteindre un pic de 60% en 2008, en raison d'une hausse très rapide des prix de l'immobilier, puis de revenir à 55% en 2016. "Les 8 années de stagnation des prix de l’immobilier (-0,2% des prix par an en moyenne sur 2009-2016) ont stoppé la hausse de la part du patrimoine immobilier", explique ainsi Julien Manceaux, économiste chez ING.
Le patrimoine financier a, quant à lui, vu sa part diminuer de 47% à 40% du total de l'épargne des Français entre 2000 et 2016 avec une certaine stabilité de la part des livrets d’épargne (entre 19% et 20% entre 2006 et 2015). "Une explication peut être que les taux d’intérêt faibles ont conduit les ménages à moins différencier les livrets d’épargne et les comptes à vue dont la part dans le patrimoine financier a augmenté de 6,8% à 7,6% entre 2007 et 2016", explique encore l'économiste. Les assurances vie ont, elles, vu leur part doubler dans le patrimoine sur la même période, sans doute boostées par leur réputation de placements sûrs et de long terme, accentuées par leur traitement fiscal avantageux, surtout en matières de droits de succession.
Les placements financiers, considérés comme plus risqués, ont en revanche sensiblement diminué ces seize dernières années, avec une stabilisation autour de 20% du patrimoine financier des Français dans les années 90, puis une baisse autour de 15% après l’éclatement de la bulle technologique de 2001. Il ne se sont pas relevés depuis et ont vu leur part se réduire encore à un minimum historique de 11,3% en 2011. Leur part dans le portefeuille des Français a donc baissé de moitié en vingt ans. En termes de montants donc, depuis 2009, les Français ont désinvesti des actions et fonds de placements (-28 milliards) au profit des assurances vies (+370 milliards) et des livrets d'épargne (+232 milliards).
Conséquence directe de cette concentration des actifs financiers des Français dans des placements sans risque : les habitants de l'Hexagone perçoivent moins qu'autrefois de leur épargne. Ils ont ainsi perçu 90 milliards d’euros par an en moyenne sur les 5 dernières années, soit 2% par an, contre 95 milliards entre 1996 et 2000, soit 4,2% par an en moyenne. "Bien entendu, moins le patrimoine est investi dans des actifs comportant des risques, moins ces effets de valeur ont des chances d’être élevés", conclut Julien Manceaux. Le gouvernement Macron compte pourtant bien inciter les Français à placer davantage leur épargne dans les actions et travaille actuellement sur une façon de mieux l'encourager, avec le développement de l'épargne retraite collective et individuelle, la refonte du produit d'assurance vie Euro-croissance ou la simplification des conditions de commercialisation des PEA (épargne en actions) et PEA-PME pour les rendre plus attractifs. Objectif défendu notamment par la députée LREM Amélie de Montchalin: "doubler la part de l'épargne des Français qui va dans les PME", actuellement de 5 milliards d'euros, pour qu'elle atteigne 10 milliards d'ici à la fin du quinquennat. Au vu des résultats de l'étude publiée par ING, il faudra un sacré exercice de communication sur les nouveaux produits et nouvelles initiatives, pour faire changer les mentalités des Français et les pousser à prendre plus de risques.
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