Ces Chinois qui vendent tout
Wang Jian, le patron du Chinois HNA, aurait-il la folie des grandeurs ? En décembre dernier, il avait voyagé à bord de son jet privé en direction du pôle Sud dans l’unique but d’y déposer un bouddha doré. Il va devoir pourtant réduire la voilure, à l’image de ce que son groupe s’apprête à faire. Car selon Bloomberg, celui qui a mis en vente une bonne partie de ses actifs en Europe et aux Etats-Unis, a également décidé de céder un portefeuille immobilier en Chine, pour un total de 2,2 milliards de dollars. Il s’agit de bureaux et d’hôtels de premier plan, situés à Pékin et Shanghai, et qui serviront à réduire la dette abyssale du conglomérat chinois. Ces propriétés s’ajoutent aux 13 milliards de dollars de cessions d’actifs que le groupe a déjà engagées, et qu’il prévoit de conclure au plus vite, soit d’ici la fin du premier semestre.
Car le Chinois HNA, qui a commencé comme une compagnie aérienne locale chinoise il y a 25 ans et est devenu un des plus gros conglomérats au monde - avec plus de 190 milliards de dollars d’actifs -, est désormais au bord de la banqueroute. Après sa boulimie d’acquisitions dans les dernières années, il fait face à de très importants problèmes de liquidité : à fin juin, sa dette à court terme se montait à près de 30 milliards de dollars ! Il y a donc urgence, et HNA doit se séparer de ses plus beaux joyaux, notamment ses parts dans Deutsche Bank, les hôtels Hilton ou encore le groupe de services aéroportuaires Swissport et les repas à bord Gategroup, deux IPO suisses à plus d’1 milliard d’euros. Il est déjà passé à l’action, puisqu’il a vendu ses parts dans Park Hotels & Resorts, et dans une filiale de Hilton, Hilton Grand Vacations. Dans ces deux cas, il a d’ailleurs obtenu de ne plus être lié à la période de lock-up, alors qu’il avait investi il y a un an seulement.
Ces ventes à la sauvette sont parfois douloureuses : en février dernier, il a vendu 1,1% de Deutsche Bank, accusant une perte de 200 millions de dollars, et reste actionnaire à 8,8% de la banque allemande en difficultés. Ses positions sont en revanche largement dans le vert aux Etats-Unis : si les rumeurs de la cession de ses titres Hilton créent de l’incertitude sur le titre depuis plusieurs mois, HNA devrait faire une belle culbute sur cet actif, où sa part est valorisée à 6,7 milliards de dollars contre une mise initiale de 4,5 milliards de dollars.
S’il est tenu de vendre ses joyaux de famille, HNA peut néanmoins s’estimer chanceux car il n’a pas connu le cas funeste d’Anbang, le propriétaire du palace Waldorf Astoria à New York, qui est purement et simplement passé sous le contrôle des autorités du pays, dont le CEO a été inculpé et qui est lui aussi en train de vendre ses actifs. Et le milliardaire Wang Jianlin, qui était l’homme le plus riche de Chine avec son groupe AMC Entertainment visant à concurrencer Disney, est lui aussi en train de réduire la voilure.
De l’autre côté, d’autres groupes peuvent continuer d’acheter des actifs occidentaux à l’image de Fosun, qui a réussi à la mettre la main sur la maison de couture Lanvin le mois dernier. Quelle est la raison de cette différence de traitement ? La coopération avec les autorités du pays, et leur capacité à réduire leur leverage rapidement pour ne pas mettre en péril les réserves du pays en devises étrangères. Un seul mot d’ordre pour Pékin : les deals doivent bénéficier en priorité au pays.
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