Régulation / Concurrence / Banque-assurance / Macro-économie / Régulation
Régulation / Concurrence
Banque-assurance / Macro-économie / Régulation
Brexit : près de 100 000 emplois londoniens dans la compensation menacés ?
Les chambres de compensation sont sans doute l'un des secteurs financiers de Londres les plus convoités par les Etats du Vieux Continent depuis l'annonce des résultats du référendum du 23 juin. François Hollande, appuyé par la plupart des chefs d'Etats européens, avait ainsi immédiatement réclamé leur retour au sein de la zone euro, du moins pour les transactions réalisées dans la monnaie unique. Véritable intermédiaire technique au sein des opérations boursières, ces fameuses chambres permettent de sécuriser les transactions financières, en s'assurant qu'acheteur et vendeur respecteront bien leurs engagements. La chambre évalue ainsi la capacité de chacun à tenir ses promesses et détermine en fonction de cela les montants des garanties (collatéral) qu'ils devront apporter. Ce qui permet à chaque participant d'être payé même si sa contrepartie fait défaut. Or 40% des transactions en euros sont compensées à Londres, tandis que 75% des dérivés de taux de gré à gré transitent par elles (soit plus de 573 milliards de dollars par jour), selon les chiffres de la Banque des Règlements Internationaux.
On comprend dès lors l'inquiétude de la place financière de la City de voir ces chambres délocalisées sur le Vieux Continent entraînant la perte de très nombreux emplois si tel était le cas. En octobre dernier, le patron du LSE Xavier Rolet avait ainsi estimé que 100 000 jobs liés de près ou de loin à cette activité pourraient être détruits si les chambres déménageaient. Les estimations d'EY qui ont fuité aujourd'hui dans la presse anglaise sont à peu près équivalentes : selon un rapport du cabinet commandé par le LSE justement, 83 000 emplois seraient menacés par le départ des chambres. Ainsi, 31 000 postes "intermédiaires" au sein des banques liés aux ventes, au trading, et aux activités de broker pourraient disparaître d'ici 2024, de même que 18 000 autres liés aux fonctions juridiques de conformité et de service comptable, 15 000 emplois dans la gestion de fortune et 12 000 postes liés aux fonctions informatiques. Sachant que, selon EY, ces suppressions d'emplois pourraient avoir un effet domino négatif sur les autres secteurs financiers basés à Londres et entraîner ainsi la disparition de 232 000 postes au moins.
Certes, ces chiffres sont basés sur un scénario noir, où les négociations entre l'UE et la Grande-Bretagne seraient mal engagées et où les exigences de Theresa May entraîneraient un durcissement de la position européenne. Mais il faut rappeler que les chambres de compensation sont depuis longtemps l'objet des convoitises du Vieux Continent. En 2011, après la crise financière, la BCE avait ainsi demandé aux grandes chambres de compensation de se relocaliser en zone euro. Londres avait alors protesté et saisi la Cour de justice européenne, qui lui avait finalement donné raison en mars 2015, estimant que la BCE n'était pas "compétente pour réglementer cette activité des contreparties". Pour l'instant en effet, LCH Clearnet, la plus importante chambre de compensation au monde pour les produits de taux et les dérivés, est sous la tutelle de la Banque d'Angleterre, et seule sa filiale française LCH Clearnet SA est conjointement contrôlée par la Banque de France, l'ACPR et l'AMF. Sachant que LCH entend justement mettre en vente sa filiale, qui pourrait être reprise par Euronext. Mais la donne pourrait changer une fois la Grande-Bretagne sortie d'Europe et la BCE avoir plus de légitimité pour vouloir contrôler ces activités, la Commission n'ayant plus la possibilité d'intervenir pour influencer l'activité financière de Londres.
LCH serait la première visée par une délocalisation puisque sur les 577 000 milliards de dollars compensés cette année , 150 000 milliards concernaient des activités européennes. Si la place financière redoute ce scénario, certains think tanks de la City sont plus modérés et estiment qu'un hold-up bruxellois sur le sujet est peu probable puisque la relocalisation des chambres de compensation en dehors de la Grande-Bretagne pourrait impacter l'activité des banques américaines dans la zone euro. Selon le think tank New Financial, les émetteurs et investisseurs européens pourraient par ailleurs exiger que leurs activités actuelles dans le domaine ne soit pas affectées et continuer de bénéficier de l'immense pool de capital disponible sur la place financière de Londres.
Il faudra sans doute attendre que la BCE se prononce sur le sujet pour avoir une idée plus claire de la tournure que prendront les négociations sur ce sujet : la semaine dernière, le gouverneur Yves Mersch a justement déclaré que la stabilité du marché des opérations de compensation était essentielle pour le bon fonctionnement de la politique monétaire européenne. Un premier indice de ce que pourrait exiger l'institution au sujet de la compensation dans les prochains mois ?
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

