Eurazeo : une année de transformation, la direction évolue
Eurazeo tourne une page de son histoire. Patrick Sayer, qui avait pris les commandes de la holding d’investissement cotée en 2002, s’apprête à passer le flambeau à Virginie Morgon comme présidente du directoire. L’homme aura contribué à la transformation des deux anciennes filiales de Lazard, devenues Eurazeo l’une des plus belles firmes de private equity en Europe, et qui s’attaque désormais aux Etats-Unis.
Pour prendre en compte la transformation qu’a connue le groupe dans ces dernières années, avec la constitution de huit pôles d’investissement, le développement de la gestion pour compte de tiers ou encore l’expansion géographique, Eurazeo a décidé de muscler son directoire et son comité exécutif. Avec le départ de Patrick Sayer, le directoire passe de trois à quatre personnes : Virginie Morgon en devient la présidente et Philippe Audouin est aujourd’hui promu directeur général finances du groupe, prendra en charge les relations avec les actionnaires, en particulier individuels, et la gestion pour compte de tiers. Le directoire accueille aussi Nicolas Huet, le secrétaire général, ainsi qu’Olivier Millet, président du directoire d’Eurazeo PME, qui s’occupera de la communication corporate du groupe.
Le comité exécutif est également renforcé puisqu’outre les membres du directoire, il sera composé de quatre personnes : Marc Frappier, managing director et directeur d’Eurazeo Capital, qui assurera aussi la supervision de l’américain Rhone en interne et siègera au board du fonds, aux côtés de Virginie Morgon et Frans Tieleman. Mais aussi Renaud Haberkorn, directeur d’Eurazeo Patrimoine, Caroline Hadrbolec, chief human resources officer pour prendre en compte le développement des talents, et enfin Frans Tieleman, directeur d’Eurazeo Développement.
Ces nominations font suite à un millésime 2017 particulièrement animé chez Eurazeo, qui a ouvert une filiale américaine, accueilli un nouvel actionnaire historique et multiplié ses actifs sous gestion par 2,5 grâce à des acquisitions transformantes. En premier lieu, le groupe a bouclé sa première année outre-Atlantique : « Notre lancement aux Etats-Unis est réussi. C’est un marché difficile mais nous y avons constitué une équipe bi-culturelle, qui s’est bien inscrite dans les dealflows et a su concrétiser deux opportunités en seulement 18 mois », se félicite Philippe Audouin.
Eurazeo a également tiré parti des M&A florissantes dans le private equity. Elle a ainsi racheté 30% du fonds américain Rhone bien implanté sur le midcap, une arme essentielle pour se faire connaître dans le marché le plus concurrentiel au monde. Et bien sûr, les 70% d’Idinvest, la maison dirigée par Christophe Bavière et Benoist Grossmann. « Idinvest nous permet d’élargir nos métiers vers la dette, - où nous n'étions présents que de façon indirecte à travers Capzanine -, les fonds de fonds, le venture, et de créer un leader européen dans le capital croissance, avec la réunion de nos forces dans ce segment de marché. Idinvest nous donne aussi accès à un réseau élargi de partenaires investisseurs », fait valoir Philippe Audouin. Ces opérations de croissance externe, ainsi que les fonds pour compte de tiers levés par Eurazeo Capital et PME, ont largement fait progresser la taille critique du groupe. « Nous gérons désormais 15 milliards d’euros à travers huit pôles d’investissement, dont 6 milliards sur le bilan d’Eurazeo, et 9 milliards pour compte de tiers. Ce modèle dual est assez rare et vertueux »
Enfin, l’année 2017 a aussi été marquée par la sortie du Crédit Agricole en juin dernier, qui a créé un psychodrame lorsque le gérant Tikehau, actionnaire à plus de 7%, a essayé de monter au capital. Eurazeo a finalement trouvé un chevalier blanc avec JC Decaux, qui a pris le bloc de 15% et s’est engagé sur le long terme. Au final, le groupe aura enregistré un millésime de très bonne facture, où l’ANR progresse de plus de 15% à 78,2 euros. Mardi, le groupe a signé une autre sortie emblématique : celle de sa participation historique dans Accor, où il sera resté plus de dix ans et a engrangé un multiple de 2 fois sa mise, malgré la tempête de la crise. « Une fois annoncée la vente de l’activité immobilier d'Accor, nous avons saisi une fenêtre favorable mardi dernier et avons réalisé notre sortie avec une décote très faible. Le titre Accor a même progressé après », fait valoir Philippe Audouin. Une participation cotée signe d’un autre temps dans le private equity, et qui montre la volonté de la direction de construire l’Eurazeo de demain.
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