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Private equity : l’homme qui voulait tourner la page de la crise

 Guy Hands, le patron de Terra Firma, serait sur le point de lever un fonds de 3,4 milliards de dollars, soit le premier depuis 2007. Celui qui a perdu un argent record sur le label de musique EMI en 2010, veut bénéficier des conditions optimales de marché pour enfin rebondir.
Guy Hands - Terra Firma
Guy Hands - Terra Firma

 « Si tu ne peux pas lever de l’argent maintenant, tu ne pourras jamais », notait avec malice un acteur du private equity en apprenant le projet de Guy Hands. Il faut dire que le fondateur de Terra Firma, qui a longtemps été un des gérants les plus puissants et réputés en Europe, est devenu en quelques années, et après un deal cauchemardesque, le vilain petit canard du private equity. Quinze ans plus tard, la firme souhaite renaître de ses cendres et s’apprête à lancer un nouveau fonds, pour lequel elle ambitionne de lever 3,4 milliards de dollars.

L’emblématique Guy Hands, connu pour ses sorties sur le private equity, a commencé sa carrière chez Goldman Sachs, où il a gravi les échelons pour devenir responsable des structurations d’actifs mondiaux pour l’Europe en 1990. Quatre ans plus tard, il quitte la banque pour entrer chez Nomura, qu’il a convaincue de monter une activité d’investissement en private equity. En plein essor du non coté, l’équipe basée à Londres boucle plus de 20 milliards de dollars de LBO et en 2000, contribue à près de 2 milliards de dollars dans les profits de la banque japonaise. A la tête de cette classe d’actifs, Guy Hands apparaît comme un gérant star au sein de la banque, aux ambitions débordantes. En 2002, l’entité a pris une telle ampleur qu’il en organise le spin-off et dénomme la firme Terra Firma.

Guy Hands tire profit à plein de sa réputation dans le milieu et de l’essor du private equity. Après avoir levé un premier fonds indépendant de 2 milliards d’euros en 2004, il réitère seulement trois ans plus tard, et boucle un véhicule de 5,4 milliards d’euros. Comme d’autres de ses pairs au pic de marché, la firme a la folie des grandeurs : elle ne souhaite pas s’allier à d’autres fonds dans des "club deals" et prend un très gros risque en rachetant le label de musique EMI, pour 4,2 milliards de dollars. Un des plus gros LBO européens de l’époque, et un pari osé pris juste avant l’éclatement de la crise, l’assèchement du crédit et l’effondrement des ventes de disques. Guy Hands, qui s’est personnellement investi dans l’opération, tentera de multiples recours judiciaires contre les créanciers dont le principal, Citigroup, avant de se résigner à enregistrer une perte sèche de 3 milliards de dollars.

Cet épisode catastrophique a pesé sur la suite de la carrière de Guy Hands qui n’a pu lever de fonds depuis et a seulement investi dans des deals isolés. L’an passé, ce personnage controversé se justifiait encore de cette passivité, expliquant qu’il était "très compliqué" de trouver de la valeur dans un marché où les prix sont tirés par des banques centrales interventionnistes. Qu’il puisse lever un fonds après cet historique douloureux en dit long sur l’appétit sans borne des investisseurs en mal de rendement pour le private equity. Cela est certes très inférieur à son fonds de 2007, ou même aux véhicules record levés ces derniers temps, comme Apollo et ses 24,6 milliards de dollars. De là à parler d’une bulle, il n’y a qu’un pas qu’il est facile de franchir.

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