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David (Nelson Peltz) a perdu contre Goliath (Procter & Gamble)

L’assemblée générale de Procter & Gamble a rejeté de très peu la nomination de l’activiste à son board, après la bataille de proxy la plus coûteuse de l’histoire. Mais le recul du titre montre que les investisseurs étaient plutôt favorables à une révision de la stratégie voulue par l’investisseur.
Nelson Peltz
Nelson Peltz

Ce devait être une journée historique pour les activistes, et elle a tenu toutes ses promesses. Selon Procter & Gamble, l’assemblée générale vient de rejeter, à une très courte majorité, la nomination de Nelson Peltz, le gérant de Trian Fund Management, à son board. Il s’agit de l’épilogue de la bataille d’actionnaires la plus coûteuse de l’histoire, et le suspense a été maintenu jusqu’au bout puisque le résultat s’est joué à moins de 10 millions de votes, soit seulement 0,3% des voix ! Dans une interview sur CNBC juste après le vote, l’activiste s’est déjà exprimé pour contester cette décision, pour laquelle il souhaite procéder à un recompte.

Surtout, il a critiqué le comportement de la société et de son CEO, David Taylor, qui a opposé une résistance farouche à l’activiste et aurait dépensé 100 millions de dollars pour se défendre auprès des actionnaires. Outre 50 millions de dollars de mails et appels auprès des petits porteurs, notamment des retraités de la firme, le groupe a mandaté quatre banques d’investissement qui, si elles n’ont pas facturé officiellement leurs services pour cet épisode, seront rétribuées lors de leurs prochaines missions, juge-t-il. Il a attribué cette opposition à une seule raison : « l’ego ». Il estime que les dirigeants et administrateurs ont été incapables de se remettre en cause ni même de confronter leurs idées, car la grande majorité d’entre eux a refusé de même le rencontrer.

Après ce vote décisif, la réaction du titre Procter & Gamble a d'ailleurs été contre-intuitive car, plutôt que de saluer le maintien de la stratégie en place, les investisseurs ont fait chuter le cours de P&G de 2%. Nelson Peltz a comparé ce dossier à celui du chimiste DuPont en 2015, où il avait échoué à faire imposer ses idées, et qui a depuis périclité en Bourse. Car le propriétaire des marques Gillette, Pamper’s et Always, qui génère 65 milliards de dollars de revenus annuels, a lui-même sous-performé par rapport à ses pairs en Bourse : le rendement total du titre Procter & Gamble, en incluant le réinvestissement des dividendes, n’atteint que 77% sur dix ans, soit moitié moins que ses concurrents, Colgate-Palmolive et Kimberly-Clark. 

Quoi qu’il en soit, le morceau de bravoure qui s’est joué à Cincinnati ce mardi marque un tournant pour les activistes, qui ont démontré leur capacité à remettre en cause les stratégies des plus grands groupes américains. Nelson Peltz peut d'ailleurs se targuer d'avoir gagné une manche chez un autre titan: General Electric, qui lui a accordé un siège à son conseil hier. 

Nelson Peltz plaide pour une scission de ce géant en trois entités distinctes au plan mondial mais Procter & Gamble a rejeté cette proposition et indiqué qu’il travaillait à sa propre réorganisation, et ne voulait pas tout remettre en cause avant de l’avoir achevé. Elle a aussi attaqué la personne même de l’activiste, jugeant qu’il n’avait pas les compétences digitales, d’analyse de données et d’expérience dans les produits grand public pour accélérer dans ces segments clé. Mais étant donné le très court soutien que la société a reçu aujourd’hui et la réaction du titre, le CEO David Taylor n’a semble-t-il plus tellement droit à l’erreur.

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