Mixité dans les banques centrales : où en est-on ?
La question de la féminisation des conseils d'administration au sein des grandes entreprises a été prise à bras le corps par le législateur français. En revanche, des critiques -légitimes- continuent à être émises sur la représentation du sexe dit faible dans des hautes instances, types comités exécutifs ou comités de direction. Si beaucoup d'études se sont penchées sur le sujet pour dénoncer le manque d'ambition en matière de mixité, peu de constats ont été établis sur la situation au sein des banques centrales. C'est-à-dire de ces institutions chargées par un ou plusieurs Etats de décider des politiques monétaires. La littérature a désormais été étoffée via une étude fraîchement publiée et menée par des professeurs de l'Essec et du Trinity College. Il en ressort que la problématique de la diversité dans les conseils des grands argentiers mériterait d'être traitée par les institutions publiques.
Afin de suivre l'évolution de la composition des conseils des banques centrales de 26 pays de l'OCDE entre 2003 et 2015, les auteurs ont collecté des données sur Internet Archive -un organisme à but non lucratif consacré à l'archivage du Web. Ils expliquent ainsi avoir rassemblé des informations sur 507 dirigeants dans ces établissements. Nous "constatons que les femmes sont sous-représentées. Notre analyse révèle également que cette situation ne devrait probablement pas évoluer", indique l'étude.
Pour arriver à ces conclusions, un constat chiffré a été établi. En 2003, les conseils étaient constitués en moyenne de 6,81 membres, soit un chiffre quasi similaire à celui de 2015 (6,58). Malheureusement, une autre donnée a également peu évolué avec le temps : celle de la féminisation de ces boards. En effet, ces derniers comptaient 10,70% de femmes en 2003, contre 14,48%, douze ans plus tard. Pis encore : le pourcentage de banques centrales n'ayant aucune représentante du sexe féminin est le même sur la période étudiée, à savoir 42,31%. Il est même tombé à 34,62% en 2009. En revanche, une amélioration a été observée sur le nombre de femmes présentes dans les conseils déjà un peu plus mixtes. Les auteurs notent que 15,38% des banques centrales avaient au moins deux Eve dans leur conseil en 2003. Un chiffre qui en 2015 a été plus que doublé à 34,62%.
Pourquoi les professeurs ne semblent-ils pas optimistes pour l'avenir ? "À taille de conseil inchangée, une meilleure représentation des femmes dans les conseils passe nécessairement par le remplacement des hommes sortants par des femmes. Ce n’est pas le cas aujourd'hui. Une candidate a quatre fois plus de chances d'être nommée au conseil d'administration d'une banque centrale si elle remplace une femme sortante plutôt qu’un homme sortant. En d'autres termes, les femmes remplacent rarement des hommes. En réalité, les nominations de femmes correspondent davantage à des ajouts nets à un conseil plutôt qu’à des remplacements", est-il précisé. Les experts estiment par ailleurs peu probable le recrutement de nouvelles femmes dans les conseils déjà un peu plus mixtes. "Soit les banques centrales visent une proportion-cible implicite de femmes au conseil, soit elles font face à des difficultés de recrutement au-delà d'un certain seuil".
Les professeurs considèrent donc qu'une intervention des pouvoirs publics pour forcer le destin ne serait pas inutile. Si l'on prend l'exemple de la BCE, on constate que le directoire est composé de six membres dont une femme. Sur les 25 membres qui constituent le conseil des gouverneurs, seuls deux membres du sexe féminin répondent à l'appel. Il paraît effectivement légitime de demander à des institutions relevant du public de faire des efforts en matière de mixité. Et ce, d'autant plus que certains pays -comme la France- requièrent des progrès au secteur privé.
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