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Fed : une démission qui tombe au plus mauvais moment

Jeffrey Lacker, vétéran de la Fed de Richmond, a annoncé sa démission et admis avoir évoqué des informations confidentielles avec une analyste. Une affaire qui donne du grain à moudre aux Républicains, qui votent une loi sur l’indépendance de la banque centrale.
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Qui aurait pu imaginer qu’après 23 ans de bons et loyaux services, et six mois avant de partir en retraite, un président de Fed pourrait être contraint de démissionner et présenter ses excuses officielles ? C’est pourtant ce qui vient d’arriver à Jeffrey Lacker, président de la Fed de Richmond, qui a avoué être lié aux fuites d’informations sur les discussions au sein de la banque centrale américaine, datant de 2012. « En 2012, mon comportement a été en contradiction avec ces règles importantes de confidentialité », écrit-il dans une déclaration mardi. Il y détaille une conversation téléphonique qu’il a eue en octobre de cette année là avec une analyste de Medley Global Advisors (société de recherche macroéconomique filiale du Financial Times), lors de laquelle ce dernier a mentionné un sujet de discussion à l'occasion de la dernière réunion de politique monétaire de septembre. « J’aurais dû refuser de commenter et peut-être clore la conversation », juge Jeffrey Lacker, qui indique qu’il a au contraire continué à échanger avec l'analyste et, ce faisant, a indirectement confirmé les informations avancées.

Par conséquent, le président de la Fed de Richmond, qui devait partir en retraite en octobre prochain, a décidé de quitter son poste immédiatement, et le vice-président, Mark Mullinix, va prendre sa place de façon temporaire. Ce rebondissement vient clore l’enquête fédérale en cours depuis fin 2014, pour déterminer la façon dont ces informations confidentielles avaient fuité, notamment sur le chef de délit d’initiés. Mais le cabinet en question, Medley Global Advisors, s’était protégé sous le Premier Amendement et la liberté d’expression, et sa capacité à protéger ses sources.

C'est surtout l’attitude de Jeffrey Lacker, qui n’a pas alerté sur les informations de l'analyste et a mis plus de quatre ans avant d’avouer la teneur de la conversation qu’il a eue, qui risque de ternir la réputation de la Fed et la probité de ses membres. Josh Zumbrun, journaliste au Wall Street Journal, a tweeté peu après cette déclaration : « les gens n’aimaient pas Jeffrey Lacker pour ses opinions de politique monétaire (un faucon véhément), mais c’est aussi sans aucun doute une perte importante pour la crédibilité du FOMC ».

Pour d’autres, ce départ n’aura pas de conséquence très importante sur la Fed dans la mesure où ce dernier n’était pas membre votant et devait partir d’ici peu. Pour Ian Lyngen et Aaron Kohli de BMO Capital Markets, « l’effet politique de cette annonce sera de redonner de la voix à ceux qui veulent ‘auditer’ la Fed. Il est difficile d’anticiper la manière dont cela se jouera dans l’arène politique, mais il pourrait s’agir d’un événement ’risk-off’ ».

Ce dérapage donne du grain à moudre aux Républicains, qui ont pour objectif de contrôler plus étroitement la banque centrale américaine. Ils ont dans ce but relancé le Federal Reserve Transparency Act au Congrès, qui avance rapidement, avec la bénédiction de Donald Trump. Le texte porté par le sénateur Rand Paul (qui avait dû y renoncer en 2012, faute de majorité sous le mandat d’Obama) a été approuvé par le comité de réforme gouvernementale de la Chambre et devrait rapidement arriver au Sénat où il a également le soutien du socialiste Bernie Sanders mais est combattu par les Démocrates. Ces derniers jugent qu’il ouvre la voie à l’interférence politique dans les décisions de politique monétaire, ou encore à une hausse des taux d’intérêt, en raison d’une baisse de confiance dans l’indépendance de la banque centrale.


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