Automobile : les cinq tendances qui impactent les RH
Tous les secteurs sont impactés par les nouvelles technologies mais dans quelle mesure ? S’il y a bien une industrie pour laquelle l’évolution va marquer le quotidien d’une très grande partie de la population, c’est bien l’automobile. En effet, les voitures connectées et/ou autonomes voire volantes pourraient faire leur apparition dans les années à venir, changeant ainsi totalement les modes d’usages, mais aussi d’achat et plus encore de construction des différents véhicules. Or, cette profonde mutation va déjà de pair avec une adaptation des politiques de ressources humaines. Lesquelles ont été pendant longtemps orientées soit vers la construction, soit vers la commercialisation, les deux grands pans actuels des constructeurs.
Cinq facteurs de disruptions inédits dans leur magnitude et leur simultanéité impactent le secteur automobile, selon Florian Delègue, partner chez Heidrick & Struggles : la transition progressive de la propulsion thermique à électrique, l’allègement des matériaux, la voiture connectée, la voiture autonome et l’émergence de nouveaux modes de mobilités et d’usages. Ces transformations ont déjà un impact essentiel sur le recrutement à tous les niveaux. « On va avoir besoin de compétences différentes. Pour donner un exemple, le moteur à explosion et sa technologie très sophistiquée constituait jusqu’ici une forte barrière à l’entrée et exigeait des connaissances pointues. Le moteur électrique est beaucoup plus simple à développer et ses besoins de maintenance sont considérablement réduits. Lorsque la demande de moteur à combustion commencera à décliner dans plusieurs années, on aura progressivement moins besoin de techniciens spécialisés dans ce domaine. En parallèle et dès à présent, on a besoin de managers qui sauront gérer la transition et l’émergence des nouvelles technologies et services », précise Florian Delègue.
Ainsi, outre les différents volets cités, il y a aussi de multiples inconnues sur ce vers quoi le marché finira par tendre. « L’issue de cette transformation multiple est encore inconnue. Il y aura de la perte au feu, estime le partner d’Heidrick & Struggles. Dans 10 ou 15 ans, le panorama des constructeurs et équipementiers du secteur aura probablement profondément changé. Seuls ceux qui auront été capables d'évoluer en adaptant leurs structures de management et leurs process de décision survivront, d’autres, à la faveur de cette révolution, encore inconnus aujourd’hui, feront leur apparition ». Les constructeurs s’essaient sur les différents domaines. Par exemple, Daimler et BMW ont-ils lancé des initiatives dans la mobilité, tout comme PSA sur le partage de véhicules. « Dans les années qui viennent, on aura peut-être même plus de propriétaires de voitures, les véhicules seront partagés et la valeur ajoutée sera sur le marketing», commente Florian Delègue. Même s’il faut rappeler que les Européens restent pour le moment très attachés au fait d’être propriétaires de leur voiture (80% selon le baromètre des services financiers dans la ville intelligente publié en début d’année).
Parmi les points forts pour recruter les hommes et les femmes qui façonneront l’auto de demain en France : la formation dispensée dans l’Hexagone et ses bons ingénieurs. En revanche, l’image du secteur a été fortement écornée par les différents scandales, notamment ceux de Volkswagen. La concurrence est également rude, en particulier sur ce qui touche à la technologie. « Pour ce faire, l’industrie devra privilégier des profils capables de mobiliser, exécuter et transformer avec agilité. Elle devra par ailleurs se rendre attractive auprès notamment des talents digitaux, face à la concurrence des Uber ou Google et mettre en œuvre un écosysteme capable de retenir une population qui par nature, apparaît moins loyale que les profils traditionnels. C’est une situation qui offre de nombreux défis auxquels les RH sont différemment préparées », poursuit Florian Delègue.
A cela s’ajoute le volet mobilité, à plusieurs niveaux. D’abord sur l’international. Car si les constructeurs veulent des implantations locales et des personnes sur place, comme en Asie, ils semblent de moins en moins enclins à laisser la main à des expatriés, qui coûtent très cher, alors même que les compétences peuvent se trouver sur place (bien que PSA ait été un contre-exemple sur le sujet récemment). La consanguinité historiquement forte de l’automobile ne facilite pas les mobilités vers et depuis d’autres secteurs aussi. « Néanmoins, avec les nouvelles technologies, une mixité va progressivement devoir s’installer, ce qui aura pour conséquence de voir les structures dirigeantes se rajeunir et intégrer davantage de diversité », conclut Florian Delègue.
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