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Tarifs douaniers : qui a perdu la face à Washington?

Alors que le Président américain a lié les tarifs douaniers aux négociations sur l’Alena, ses secrétaires au Commerce défendent cette idée tandis que Paul Ryan et Gary Cohn, l’ancien président de Goldman Sachs, sont acculés, face à une Maison Blanche délibérément protectionniste.
Donald Trump
Donald Trump

Donald Trump n’a pas flanché, même après l’émoi mondial qu’a provoqué son annonce sur les futurs tarifs douaniers que les Etats-Unis pourraient appliquer sur l’aluminium et l’acier. A son habitude, il a même doublé la mise en déclarant sur Twitter que « les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner ». Mais il a néanmoins fait un pas en arrière discret ce lundi, lorsqu’il a lié l’avenir de cette mesure à l’issue des négociations sur l’Alena, le fameux traité de libre-échange de l’Atlantique Nord que le Président américain a remis en cause en arrivant en exercice. Il s’est donc dit prêt à abandonner ces barrières douanières si les parties prenantes arrivaient à un accord, sans manquer d’attaquer les Canadiens sur leur traitement des fermiers américains, et les Mexicains sur leur laxisme dans la lutte contre le trafic de drogue.

Le locataire de la Maison Blanche a désarçonné les gouvernements du monde entier avec cet élan protectionniste, et en particulier la Chine, qui a qualifié cette sortie de « remarquablement stupide » et pourrait en profiter pour prendre le leadership du commerce mondial. Mais aussi et surtout son propre cabinet, composé de personnalités aux vues diamétralement opposées sur le sujet. Ainsi, si le secrétaire au Commerce Wilbur Ross a cherché à dédramatiser cette annonce, en expliquant que certains tarifs douaniers existaient déjà et que cela n’aurait pas de grosse incidence sur les prix. Son adjoint à la politique commerciale, Peter Navarro – un économiste réputé pour ses positions isolationnistes – a renchéri en indiquant qu’il n’y aurait pas d’exception par pays, mais pour certaines sociétés si cela devait se justifier.

De l’autre côté du spectre, Paul Ryan, le porte-parole républicain de la Chambre des Représentants et habituellement très fidèle au Président, est cette fois monté au créneau, se montrant « extrêmement inquiet » sur les effets d’une guerre commerciale et « conseillant vivement » à la Maison Blanche de renoncer. Celui qui a été l'un des principaux artisans de la réforme fiscale estime que cette dernière a « boosté l’économie ». Mais il a surtout très peur que sa victoire ne soit remise en cause par la mise en place de ces mesures protectionnistes, surtout en pleine année des élections de mi-mandat.

Enfin, reste la position devenue quasiment intenable de Gary Cohn, le proche conseiller économique de Donald Trump et surtout l’ex-numéro 2 de Goldman Sachs, un symbole de libéralisme économique à l’américaine. Selon les rumeurs, ce dernier n’aurait pas réussi à convaincre le Président de renoncer à cette idée et, après plusieurs déconvenues dont les propos de Trump sur les incidents de Charlottesville, il se murmure qu’il serait sur le départ depuis plusieurs mois maintenant. Certains anticipaient même qu’il allait tirer sa révérence après le passage de la réforme fiscale, tant il semble isolé au sein d’un gouvernement de plus en plus versé dans le protectionnisme – et ceci, même après le départ du sulfureux Steve Bannon. L’autre chantier qui pourrait l’occuper est celui de grand plan d’infrastructures, mais qui reste à l’état d’ébauche pour le moment. Combien de couleuvres pourra-t-il encore avaler avant de céder aux sirènes d’un secteur privé bien plus lucratif ?


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