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Le très mauvais timing de Vincent Bolloré

Le milliardaire breton et le DG du groupe Bolloré ont été placés en garde à vue pour des soupçons de corruption dans l’attribution de concessions de terminaux en Afrique. Cette affaire fait plonger le titre et écorne surtout sa réputation au plus mauvais moment, alors que Vivendi doit convaincre de ses bonnes intentions sur Telecom Italia.
Vincent Bolloré
Vincent Bolloré

C’est le Monde qui a publié cette première information qui a fait l’effet d’une bombe : Vincent Bolloré a été placé en garde à vue dans le cadre d’une information judiciaire sur des soupçons de « corruption d’agents public étrangers » pour obtenir des concessions de terminaux à conteneurs au bénéfice du groupe Bolloré en Afrique, en 2010. Dans le détail, les dirigeants sont accusés d’avoir utilisé leur filiale de communication Havas et sous-facturé des missions de conseil et de communication auprès de dirigeants africains, afin d’obtenir en retour des faveurs sur des appels d’offre publics, sur deux terminaux à conteneurs à Lomé au Togo, et à Conakry en Guinée.

La nouvelle a bien sûr fait décrocher le titre Bolloré en Bourse, qui a perdu plus de 8% - soit 1,2 milliard d’euros de capitalisation boursière partie en fumée – avant de clôturer en baisse de 6%. Le groupe a réagi via un communiqué, et «dément formellement que sa filiale de l’époque SDV Afrique ait commis des irrégularités. Les prestations relatives à ces facturations ont été réalisées en toute transparence ». Si la convocation de Vincent Bolloré et des hauts dirigeants de son groupe était attendue depuis plusieurs semaines, cette garde à vue tombe au plus mauvais moment pour l’homme d’affaires breton, qui doit en parallèle jongler avec le dossier périlleux de Telecom Italia chez Vivendi.

A 69 ans, l’ex-président du conseil de surveillance du groupe de médias, contenus et télécoms vient tout juste de céder sa place à son fils Yannick Bolloré, par ailleurs P-dg de Havas. Mais il reste très engagé dans le dossier italien, et une telle affaire risque d’entacher son image et sa réputation à un moment charnière. Vivendi a provoqué l’ire du gouvernement italien lorsqu’il a organisé sa montée au capital chez Telecom Italia, et en raison du contrôle de fait qu’il y exerçait, a déclenché le fameux « golden power » qui lui permet d’avoir son mot à dire sur toutes les décisions stratégiques de l’entreprise. Depuis, la Caisse des Dépôts italienne s’est aussi engagée à monter à 5% du groupe, montrant l’engagement des autorités chez cet actif stratégique national.

En parallèle, Vincent Bolloré est aussi en conflit ouvert avec Silvio Berlusconi pour avoir remis en cause le rachat de Mediaset Premium, sa filiale de télévision payante du groupe de l’ex-Premier ministre italien, une situation qui est aujourd’hui dans l’impasse. « Il a fait usage de la délicatesse et du sang-froid d'un Attila », a dit à propos de lui Marina Berlusconi, fille de Silvio. "Seulement, ensuite, Attila avait réussi à créer un empire énorme", a-t-elle ajouté, montrant la défiance de la famille envers l’homme d’affaires breton et souhaitant obtenir gain de cause sur les dommages et intérêts réclamés pour solder ce litige.

Ce mardi a aussi été celui de la première assemblée générale du côté de Telecom Italia, qui a confirmé Amos Genish au rang de CEO jusqu’au… 4 mai, soit le jour crucial où les actionnaires procèderont au remplacement de l’intégralité du board. Lors de cette grand-messe, le vice-président de Telecom Italia, Franco Bernabè, a regretté mardi la "détérioration des relations" au sein de l'opérateur italien en raison des tensions entre Vivendi et l’activiste Elliott, un "mauvais climat avec de grandes répercussions sur la réputation de l'entreprise", et appelé les actionnaires à adopter une attitude "constructive". Réponse des urnes le 4 mai prochain.




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