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Gary Cohn, celui qui va reléguer Dodd-Frank aux oubliettes

L’ex-patron de Goldman Sachs et conseiller économique du Président est en première ligne sur le rejet de la régulation financière. Celui qui a défendu la banque lors de la crise Lehman fait valoir leur argument favori : elles ont besoin de plus de libertés pour créer des emplois.
Gary Cohn
Gary Cohn

L’ambiance bon enfant qui régnait vendredi entre Donald Trump, Steve Schwarzman (patron de Blackstone qui dirige le conseil stratégique et politique du gouvernement), Jamie Dimon (patron de JP Morgan), Larry Fink (CEO de BlackRock) mais aussi Gary Cohn (ex-numéro deux de Goldman Sachs et conseiller économique du Président) a offert un contraste saisissant avec l’ère Obama, lorsque le Président avait signé les décrets régissant une réglementation contraignante et coûteuse des institutions financières. « Il n’y a personne de mieux placé que Jamie (Dimon, ndlr) pour me conseiller sur Dodd-Frank », a ainsi remarqué Donald Trump lors de cette rencontre avec les dirigeants de grandes entreprises américaines, promettant de largement remettre en cause cet immense arsenal législatif.

Outre l’avis extérieur du dirigeant de JP Morgan, la plus grande banque mondiale en termes d’actifs, le Président compte en réalité sur l’expertise de Gary Cohn pour mettre en musique ce chantier. A 56 printemps, celui qui a passé 25 ans chez Goldman Sachs, dont dix comme bras droit de Lloyd Blankfein et a été impliqué en direct dans la crise financière, est désormais une éminence grise du Président sur les questions économiques : son bureau est situé au premier étage dans l’aile ouest, à deux pas du bureau Ovale. Il a accédé à un rôle très actif, créé en 1993 par le Président Clinton, et n’a pas eu besoin de passer par les fourches caudines du Congrès pour sa confirmation. Son prédécesseur, Larry Summers, a ainsi été crédité pour son intervention dans la réponse gouvernementale à la crise Lehman Brothers.

Vendredi, Gary Cohn est intervenu sur tous les fronts pour défendre sa vision de la dérégulation, qui est justifiée par la volonté de libérer la croissance américaine. « Les Américains vont avoir de meilleurs choix et de meilleurs produits car nous n’allons pas alourdir les banques avec des centaines de milliards de dollars de coûts réglementaires chaque année », a-t-il déclaré au Wall Street Journal. « Les banques vont pouvoir commercialiser des produits de façon plus efficiente et efficace aux consommateurs ». Le directeur du National Economic Council a l’habitude de défendre les intérêts des institutions financières : en 2010, il avait ainsi assuré que Goldman Sachs n’avait pas parié contre ses clients car la banque avait au final perdu beaucoup d’argent pendant la crise.

Aujourd’hui, il veut convaincre que ce mouvement a pour but de créer des emplois. « De la part de l’exécutif, la priorité numéro un est la création d’emplois », a-t-il affirmé à Bloomberg. « On nous a dit que la dérégulation est nécessaire aux créations d’emplois dans ce pays. Nous ne sommes pas anti-régulation, nous voulons une régulation intelligente qui permette aux services financiers de faire l’envie du monde entier ». De quoi justifier aussi la remise en cause de règles visant à protéger les épargnants pour leurs systèmes de retraite, ce qui a provoqué l’ire des démocrates du Congrès et des agences de protection des épargnants individuels.

Malgré sa nomination rapide qui lui a donné un avantage pour commencer à agir, Gary Cohn a déjà exprimé sa frustration à l’égard d’une Maison Blanche où dominent des gros egos (auxquels il est pourtant habitué), des coups de coude et des idéologies protectionnistes, bien loin des problématiques d’une banque comme Goldman Sachs. Mais il devra aussi manœuvrer avec le Congrès et défendre des idées battues en brèche par la minorité démocrate, parmi laquelle siègent les emblématiques Elizabeth Warren et Bernie Sanders. Le bras de fer de la dérégulation ne fait que commencer.


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