La tension monte avant l'AG de Credit Suisse
Les contestataires auront-ils cette fois la tête des dirigeants de Credit Suisse ? La fondation suisse Ethos, qui rassemble 200 fonds de pension, veut cette année encore tout faire pour inciter à la fronde, lors de la prochaine assemblée générale de la banque le 28 avril. Dans une lettre ouverte, elle critique à la fois le « manque de vision stratégique du conseil d’administration », s’oppose à plusieurs réélections de dirigeants et, au regard des piètres performances, aux bonus et au versement d’un dividende jugé disproportionné.
La fondation n’y va pas par quatre chemins. « Ethos recommande des changements à la tête de la banque suite aux nombreux contentieux juridiques dont la banque fait l’objet depuis une dizaine d’années, aux montants énormes des dédommagements et des amendes payées, ainsi qu’en raison du manque de vision stratégique du conseil d’administration », estime-t-elle. Elle s’oppose ainsi à la réélection du président du conseil, Urs Rohner, ainsi qu’au vice-président, Richard E. Thornburgh, et justifie cela par le fait que la banque a été condamnée à 5,3 milliards de dollars d’amende aux Etats-Unis pour la vente de produits « subprime » toxiques avant la crise, et que ces deux dirigeants en sont redevables car ils faisaient déjà partie de la direction de la banque à cette époque.
Ethos liste les montants dédiés à solder des litiges depuis que le président du conseil est entré en fonction en 2011 : 10,9 milliards de francs (10,2 milliards d’euros) de provisions, dont 7,4 milliards de francs (6,9 milliards d'euros) pour mettre fin à des contentieux juridiques. Et cela s’est fait au détriment des actionnaires : « Parallèlement, l’action Credit Suisse a perdu près de la moitié de sa valeur et le nombre d’employés de la banque en Suisse a été réduit de 20% à la fin 2016 », fait valoir la fondation.
En outre, elle pointe « un manque de clarté dans la stratégie actuelle », notamment concernant l’IPO de Credit Suisse. Selon les dernières rumeurs, la banque, qui étudiait l’introduction en Bourse d’une partie de son activité pour lever des fonds, pourrait opter plutôt pour une augmentation de capital de 3 milliards de francs suisses (2,8 milliards d’euros), voire aller jusqu’à 5 milliards (4,6 milliards d’euros). Le CEO Tidjane Thiam avait indiqué en février que la banque pourrait explorer des scénarios alternatifs à l’IPO, étant donné que l’amende américaine a moins pesé sur ses comptes que prévu.
Quoi qu’il en soit, les litiges « ne semblent pas prêts de s’arrêter », pointe Ethos, qui fait référence à de récentes perquisitions dans les bureaux à Amsterdam, Paris ou Londres, qui estime « prématuré d’accorder la décharge aux instances dirigeantes de Credit Suisse ». Et c’est au regard de ces nombreuses erreurs et de leur impact sur les résultats et le cours de Bourse, qu’Ethos juge le package des dirigeants « excessif ». Elle estime que la "direction générale n’aurait pas dû recevoir de rémunération variable en 2016», notamment 26 milliards de francs (24,3 milliards d’euros) de bonus, alors qu’en même temps Credit Suisse a enregistré une perte nette de 2,7 milliards de francs (2,5 milliards d’euros). Et de considérer « pas acceptable » la rémunération moyenne de 1,5 million de francs (1,4 million d’euros) des 939 employés considérés comme « key risk takers ».
Enfin, Ethos s’oppose aussi au montant du dividende (0,7 franc par action), «difficilement justifiable à l’heure où la réglementation exige un renforcement des fonds propres ». Elle rappelle ainsi que le leverage ratio de la banque n’est qu’à 3,2% contre 3,5% exigés par la FINMA d’ici à 2019. Un ratio qui pourrait encore baisser si les actionnaires devaient choisir le versement du dividende en cash.
L’an dernier, le politicien suisse Thomas Minder avait mené la fronde contre Credit Suisse, suivi par Ethos, et Morgan Stanley avait exprimé une opinion défavorable sur les rémunérations des dirigeants. La résolution avait pourtant été finalement adoptée à près de 80% des voix. Rappelons qu'Ethos est également à la manoeuvre pour critiquer les conditions d'entrée de Saint Gobain chez Sika.
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