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La supervision bancaire de la BCE mise à mal par l'affaire ABLV
La Banque lettonne ABLV ne sera pas sauvée par la BCE. Francfort a indiqué ce week-end que la troisième banque commerciale du pays et sa filiale du Luxembourg, ne bénéficieraient pas du mécanisme de résolution européen, car elle n'était pas "d'importance systémique". Elle sera donc liquidée par l'autorité bancaire du pays selon le régime juridique qui s'y applique. "Etant donné la dégradation de sa situation de liquidité, la banque ne sera sans doute pas en mesure de payer ses dettes", a affirmé Francfort dans un communiqué.
Rappelons qu'ABLV a vu ses liquidités s'évaporer depuis que le Département du Trésor américain l'a classée mi-février comme établissement à haut risque de blanchiment, le soupçonnant d'avoir favorisé le financement de la vente de missiles balistiques à la Corée du Nord. La banque a ainsi perdu 600 millions d'euros de dépôts en moins d'une semaine, soit l'équivalent de 18% de l'ensemble de ses engagements à fin septembre. Après avoir tout d'abord imposé il y a une semaine un moratoire à la banque lettonne, afin de trouver une solution en urgence, la BCE a donc finalement jeté l'éponge, et laissé les autorités locales gérer la liquidation de l'établissement.
Or, certains reprochent à la BCE d'avoir agi trop tard et trop peu dans cette affaire, estimant que Francfort n'a pas rempli son rôle de régulateur bancaire européen. La BCE s'est pour l'instant défendue en affirmant qu'en cas de soupçons de blanchiment, elle ne pouvait agir que lorsque les autorités nationales la saisissaient du sujet. Mais la BCE doit cependant garantir que les CEO des banques sont capables de gérer leur boutique convenablement, rétorquent les détracteurs : or, ABLV, l'une des plus petites institutions financières à être directement sous la supervision de la BCE a vu les sept membres de son comité exécutif renouvelés dans leurs fonction il y a un an, dont le CEO Ernests Bernis, après l'approbation de Francfort.
Ces critiques tombent au mauvais moment pour la BCE, responsable de la supervision bancaire européenne depuis 2014, et qui veut inciter les banques à accélérer le nettoyage des prêts non performants de leurs bilans rapidement, afin de profiter de la bonne conjoncture économique. La responsable de la supervision des banques Danièle Nouy a pourtant un bon track record, si l'on considère que le ratio de fonds propres des banques européennes (un bon instrument pour juger de la solidité et la stabilité du secteur bancaire) est passé de 10,8% en septembre 2014 à 12,9% trois ans plus tard. Et le ratio de prêts non performants a également diminué de 280 milliards d'euros depuis la fin 2014. Pourtant, le régulateur a dû intervenir à deux reprises l'an dernier pour sauver Monte de Paschi et Banco Popular Espanol de la faillite et n'aura pu empêcher cette fois celle d'ABLV.
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