Le ministre de Trump qui se prenait pour un milliardaire
Imaginez un ministre du Commerce Extérieur français qui serait accusé d’avoir menti et gonflé sa fortune personnelle de 2 milliards d’euros, le lendemain d’une révélation selon laquelle il serait toujours lié avec des oligarques russes, après la fuite de documents liés à des holdings offshore. C’est en substance ce qui vient d’arriver à Wilbur Ross, le secrétaire au Commerce de l’administration Trump, qui est en bien mauvaise posture. L’investisseur de 79 ans, surnommé le « roi de la faillite » pour son expérience dans le restructuring, avait vu sa fortune estimée à 2,9 milliards de dollars l’an passé selon le célèbre classement Forbes des milliardaires. Un chiffre qu’il avait lui-même contesté, et déclaré qu’elle était plus proche de 3,7 milliards de dollars.
Mais après avoir examiné la publication de ses documents financiers après sa nomination au sein de l’équipe présidentielle, le magazine en a conclu que l’homme d’affaires n’affichait que 700 millions de dollars d’actifs. Ce dernier s’est défendu en expliquant qu’il avait transféré 2 milliards de dollars de son patrimoine vers un « trust », qui n’était pas sujet à publication, mais a refusé la demande de preuve formulée par Forbes. Et pour cause : « Cet argent n’a jamais existé », clame le magazine. « Il apparaît clairement que Ross nous a menti, le dernier d’une séquence de petits et gros mensonges, exagérations, omissions et inventions qui ont eu lieu avec Forbes depuis 2004 ». Qui ne ménage pas ses propos sur le membre du gouvernement, accusé d’altérer la vérité dès que ce cela l’arrange, citant des collègues de sa firme de private equity, WH Ross & Co. « Tout en renforçant son ego, les intrigues de Ross l’ont aidé à améliorer son statut de telle façon que cela lui a ouvert des opportunités professionnelles », assène Forbes.
Un tel article au vitriol tombe au plus mauvais moment pour Wilbur Ross, qui fait partie des personnalités mises en cause dans le cadre des Paradise Papers, une série de révélations divulguées par un comité de journalistes d’investigation sur les intérêts détenus dans des paradis fiscaux, via le cabinet d’avocats Appleby. Ces documents ont mis à jour que Wilbur Ross avait gardé ses parts dans une société de transport maritime qui appartient également à des proches de Vladimir Poutine, après sa nomination comme secrétaire au Commerce. Le groupe appelé navigato international compte comme client principal Sibur, un groupe d’énergie russe détenu par des oligarques et membres de la famille de Vladimir Poutine. S’il en a vendu une partie après son entrée au gouvernement, Wilbur Ross aurait gardé une part estimée entre 2 et 10 millions de dollars.
Après ces révélations, ce dernier a affirmé, par la voix d’un représentant, qu’il avait commencé le process de cession de ses parts Navigator en mai, et le finaliserait bientôt. Mais il a affirmé n’avoir aucun lien avec Sibur et ses propriétaires, et n’avoir jamais rencontré les proches du Président russe. Mais pour la première fois, les liens financiers d’un membre de l’équipe Trump avec la Russie sont désormais établis.
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