Sur le départ, Wolfgang Schäuble garde son ton au vitriol
Wolfgang Schäuble, l’artisan de la construction européenne, partisan d’un Grexit et inflexible sur l’orthodoxie budgétaire, quitte ses fonctions de ministre des Finances, ce qui a fait dire à Michel Sapin : « Son départ est un tremblement de terre pour l’Eurogroupe ». Mais l’homme politique de 75 ans, devenu paraplégique à la suite d'une attaque qu’il a subie en 1990, a l’intention de continuer à dire les choses sans détour. Dans une interview accordée au Financial Times, il n’a pas hésité à mettre en garde contre les « nouvelles bulles » qui se forment en raison de l’excès de liquidité apportée par les banques centrales sur les marchés. « Les économistes du monde entier sont inquiets des risques croissants venant de l’accumulation de liquidité et de l’augmentation des dettes publiques et privées. Je suis moi-même inquiet de tout cela », a-t-il déclaré.
L’homme est bienveillant avec Emmanuel Macron, dont il a salué les « courageuses initiatives » pour reconstruire l’Europe, mais la surliquidité est une menace pour l’Union, si bien qu’il fait « réduire les risques, qui sont encore trop élevés -regardez les bilans bancaires dans de nombreux Etats membres ». Il se fait ainsi l’écho de Christine Lagarde, qui malgré l’accélération de la croissance mondiale a pointé du doigt il y a quelques jours les « nuages à l’horizon » venant de pays qui ont stimulé le crédit et incité à des prises de risques excessives sur les marchés, comme la Chine. Ce contexte favorable doit être mis à profit pour assainir les finances publiques, martèle-t-il : « Nous devons nous assurer que nous serons assez résilients si nous affrontons une nouvelle crise économique. Nous n’aurons pas toujours un environnement économique aussi positif qu’en ce moment ».
Connu pour son ton acerbe, l’homme a toujours prêché l’austérité budgétaire, qui n’a selon lui que des vertus : « Au sens strict, il s‘agit d’une façon anglo-saxonne de décrire une politique financière solide, qui ne voit pas des déficits plus élevés comme une bonne chose », a-t-il expliqué avec une pointe d’ironie envers la Grande-Bretagne. Car si les Anglais ont « toujours moqué le capitalisme d’outre-Rhin (…) « nous avons vu que les outils d’une économie sociale de marché étaient plus efficaces pour gérer une crise financière que les pays dans lesquels elle a éclaté », vantant la capacité de l’Allemagne à gouverner avec un budget équilibré depuis 2014.
Wolfgang Schäuble n’est pas le seul à avoir tiré la sonnette d’alarme sur les niveaux d’endettement record enregistrés partout dans le monde : la Banque des Règlements Internationaux l’a elle-même fait dans un rapport publié le mois dernier. Mais après huit ans d’exercice, ce dernier, qui a imposé des vues très strictes envers les pays en difficultés de l’Europe, est aussi l'une des personnalités les plus respectées en Europe. « Il représente la brutalité et le sérieux allemands, mais c‘est aussi un personnage délicieux », a dit à son propos Michel Sapin. Car malgré sa tolérance zéro, Wolfgang Schäuble est aussi un europhile convaincu, qui a une vision romantique de la construction européenne. Un vétéran qui a travaillé avec deux présidents de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker puis Jeroen Dijsselbloem, et est resté un allié et atout pour Angela Merkel. Qui aura grandement besoin de son expérience mais aussi de son franc-parler pour traiter avec les nouveaux députés d’Alternative for Germany, le parti d’extrême droite qui a remporté plus de 12% des voix lors des dernières élections.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

