Le come-back de Gary Cohn, le nouvel anti-Trump
« Je me sens plus libre, reposé et heureux », clamait le mois dernier Gary Cohn, l’ancien conseiller économique à la Maison Blanche, qui a démissionné en mars dernier et en a profité pour prendre un peu de champ. Mais alors que Donald Trump annonce ce matin le lancement officiel des 50 milliards de dollars de tarifs douaniers à l’égard de la Chine, l’ex-numéro deux de Goldman Sachs est sorti de sa réserve hier. Invité à une conférence du Washington Post – le média de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, qui est régulièrement attaqué par le Président – il a redit son opposition à toute forme de protectionnisme.
« Si nous nous retrouvons avec une bataille de tarifs douaniers, nous aurons une inflation des prix, qui pourrait aboutir à une dette des consommateurs », a-t-il prévenu. « Ce sont les ingrédients historiques pour une récession économique ». Pire : de telles barrières douanières, qui engendreront des répliques de la part de la Chine et des autres pays concernés, pourraient réduire à néant tous les bénéfices tirés de la réforme fiscale passée en fin d’année dernière. Le pire dénouement pour un de ceux qui a travaillé d’arrache-pied à faire passer ces coupes fiscales. Selon lui, les sociétés hésitent à investir à l’heure actuelle car elles veulent anticiper l’impact de ces négociations commerciales, si bien que les effets de cette loi ne sont pas aussi importants qu’espéré.
Gary Cohn va plus loin car pour lui, le Président américain se focalise sur les mauvaises choses. « J’ai toujours dit qu’un déficit commercial n’était pas important », fait-il valoir. Des arguments qui ont été aussi avancés par les députés et sénateurs républicains, qui ont été les promoteurs de la réforme fiscale et jugent que ces tarifs seront au final payés par le consommateur américain et vont pénaliser les manufacturiers, réduisant d’autant le plein effet de la réforme fiscale.
Reste que ce grand pan législatif, qui était censé provoquer un essor des capex des groupes américains et un rebond de croissance, n’a pour l’instant pas eu les effets escomptés, comme l’a lui-même reconnu Gary Cohn. Mais ce dernier s’est montré confiant sur ces retombées, qui peuvent prendre trois à cinq ans avant de se matérialiser. Pour d’autres, les sociétés américaines bénéficient déjà de niches fiscales ou paient une partie de leurs taxes dans des territoires plus favorables, si bien que le taux moyen d’impôt est plutôt de 18%, contre un impôt sur les sociétés passé de 35% à 21% dans le régime américain. Elles vont plutôt profiter de cet effet d’aubaine sur leur profit pour récompenser leurs actionnaires, via des dividendes et rachats d’actions.
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