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Philippe Heim, l'âme financière de la Société Générale

Le CFO la banque rouge et noire a mené de front la transformation interne de sa direction et la mise en place des changements réglementaires. Ancien de Bercy, où il a notamment travaillé en cabinet pour Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, il est aujourd’hui un citoyen engagé.
Philippe Heim
Philippe Heim

« Je suis depuis toujours un financier dans l’âme. J’y suis venu par des chemins de traverse, par l’histoire et la philosophie. » Philippe Heim, qui a œuvré à Bercy puis à la Société Générale, n’a en effet jamais lâché sa matière. Bien qu'un directeur financier vive au rythme des publications trimestrielles et annuelles, le CFO de la banque de la Défense a, ces dernières années, aussi planché sur des sujets structurants. Que ce soit pour améliorer l’organisation interne, que pour répondre à des exigences venues de l’extérieur, telles que la réglementation. Son objectif du moment : participer activement au plan 2020 du groupe annoncé en novembre. Ce qui implique de travailler à une hausse du niveau de la performance de l’entreprise, notamment en étant au plus près de chacun des métiers.

Déjà plus de 10 ans à la Société Générale

Après plusieurs phases d’implémentation, la direction financière s’est mise en ordre de marche en début d’année pour répondre aux prochains défis. « On était une constellation. On a décidé d’unifier nos forces, via l’intégration dans une direction financière globale et intégrée », explique Philippe Heim, qui est grand argentier depuis 2013. L’entité, qui brasse pléthore de données, a également dû se digitaliser sérieusement. Et Philippe Heim, qui s’est adjoint les conseils d’un chief digital officier l’an passé, a visiblement une appétence pour ce sujet. L’homme de 49 ans a d’ailleurs fait partie en 2017 d’une promotion de la Singularité University en Californie, université et think tank fondé avec le support de Google. Le CFO parle sans difficulté des nouvelles opportunités offertes par l’intelligence artificielle. Laquelle, avec la technologie plus généralement, « libère d’une partie des tâches matérielles, notamment la réconciliation des chiffres, pour se consacrer à la vraie valeur ajoutée, l’analyse stratégique et l’anticipation ».

Philippe Heim, proche de Frédéric Oudéa - qui l’a appelé auprès de lui pour chapeauter la stratégie en 2009 -, a également d’autres casquettes. Manageur : il laisse volontiers de l’autonomie à ses équipes. Lobbyiste sur les sujets de réglementation bancaire internationale type Bâle IV, il est également l’interlocuteur des régulateurs et des investisseurs, auxquels il consacre environ 20% de son temps. « Je passe beaucoup de temps à faire de la pédagogie auprès des régulateurs, investisseurs et agences de rating. C’est un exercice particulièrement exigeant qui exige de s’adapter à des interlocuteurs très divers. Il faut conjuguer précision, technicité et clarté », commente-t-il. Philippe Heim parcourt ainsi le monde. Son application Air France le lui a d’ailleurs fait remarquer : en cinq ans, il a cumulé pas moins d’un million de kilomètres. Ce qui correspond à 23 fois le tour de la terre.

10 premières années à Bercy

Ce goût pour la transformation et la rigueur, celui qui a intégré la Société Générale en 2007 en tant que banquier conseil en charge des relations avec des clients stratégiques (Airbus, Lafarge, Caisse des Dépôts etc.) l’avait déjà mis à l’épreuve à Bercy. Ministère où il a sévi de 1997 à 2007, notamment en qualité de conseiller de Francis Mer, de Nicolas Sarkozy puis de directeur adjoint et enfin directeur de cabinet de Jean-François Copé, ex- ministre du Budget et porte-parole du gouvernement. C’est Augustin de Romanet, aujourd'hui patron de Groupe ADP, qui l’a fait venir en 2003 à ses côtés pour travailler au cabinet d’Alain Lambert, alors ministre du Budget.

Des souvenirs de Philippe Heim dans le 12ème arrondissement de Paris, on retiendra le morceau qu'a été la réforme organique relative aux lois de finances, actée en 2001 en période de cohabitation. La boucle aura d’ailleurs été bouclée par Philippe Heim, qui mettra en 2006 en application ce texte sur lequel il avait planché plus jeune. « On est passé en matière de gestion publique du XIXème au XXIème siècle », résume-t-il. Autre épisode marquant : le fax que Philippe Heim a dû envoyer en février 2003 à la Commission européenne pour indiquer que la France passait au-dessus de la barre des 3% de déficit. Un bien mauvais moment contrebalancé par le plaisir en 2006 d'un retour sous les 3%, à -2,3%.

S’il a été totalement impliqué dans sa vie publique, Philippe Heim n’est pas militant pour autant. Il se définit avant tout comme un citoyen engagé et à 150% européen. « Il ne faut pas rester enfermé dans son domaine. Pour donner du sens à nos organisations, il faut une lecture globale du monde, dans sa dimension historique, économique, sociologique et technologique. » Et de citer en exemple la mondialisation : « Ce qui est frappant, c’est que les classes moyennes occidentales selon les indicateurs de la banque mondiale sont celles qui ont le moins profité des fruits de la mondialisation, voire se sont appauvries. Il faut se demander comment rendre nos modèles de croissance plus inclusifs ».

Ce qui permet à Philippe Heim de garder les pieds sur terre plutôt que constamment la tête dans les marchés, c’est en partie le vignoble familial situé sur la roche de Solutré en Bourgogne. « Je concède un biais affectif, mais notre Pouilly-Fuissé vaut les meilleurs Puligny-Montrachet ! », fait-il valoir. Cet Alsacien d'origine - dont les deux jumeaux de dix ans ont autant d’énergie que lui selon sa propre description - a également une passion pour le jazz. Cette dernière est née par hasard, lors d’un choix d’options qu’a dû faire Philippe Heim arrivé en retard lors d’une inscription à l’ESCP Europe. Celui qui est également passé par la Sorbonne, Sciences Po et l’ENA (promotion Marc Bloch - la même qu’Edouard Philippe, Premier ministre, Rémy Rioux, DG de l’AFD ou encore Jean- Christophe Thiery de Canal+), a ainsi déjà amené ses équipes dans ses vignes et au club parisien, le Duc des Lombards. Deux lieux de convivialité, qui siéent très bien à l’affable Philippe Heim.


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