Philippe Hottinguer : « startuper de la finance »
« Je pourrais écrire un roman sur ma vie tant j’ai rencontré de situations diverses et complexes. » Cette remarque, signée Philippe Hottinguer, descendant de la famille suisse-allemande Hottinguer -qui s’est fait un nom en financiarisant l’économie française dès le 18ème siècle- est assez juste. Si, à l’instar de Rothschild, son patronyme est connu sur la place de Paris, notre interlocuteur a monté sa propre boutique, complètement indépendante de la banque familiale, en 2001. « J’ai un costume de banquier, un nom référent dans la finance depuis plus de 200 ans, mais je suis un startuper de la finance », estime le fils de Paul Hottinguer et neveu de Jean-Philippe Hottinguer, actuel patron de l’établissement bancaire.
Philippe Hottinguer a donc suivi son propre chemin, tout s’inscrivant complètement dans sa lignée, faites de banquiers à l’ADN entrepreneurial. Pour mémoire, après plus de quatre siècles passés en Suisse, la famille Hottinguer s’est installée en France où elle a fondé sa banque en 1786. Le patriarche, Jean-Conrad Hottinguer, est notamment connu pour avoir participé à la création de la Banque de France. Il fut d’ailleurs nommé baron d’Empire en 1810. L’établissement a continué à prospérer jusqu’à Rodolphe Hottinguer, grand-père de notre interlocuteur, et ancien président de l’association française bancaire. « A la fin des années 80, ma famille s’est menée une guerre fratricide dont j’ai été l’une des victimes collatérales une dizaine d’années plus tard », raconte Philippe Hottinguer, qui a, à ce moment-là, commencé sa vraie carrière personnelle.
Des débuts à l'extérieur
Philippe Hottinguer, qui a connu les bancs de Dauphine et de l’université Northeastern de Boston, a fait ses gammes au sein de ABN Amro, l’établissement privé associé à d’autres grandes familles protestantes : Neuflize Schlumberger Mallet. Le banquier y est alors rentré « par hasard », c’est-à-dire via l’un de ses professeurs d’université : Philippe Dapsens, pour y prendre le titre d’assistant sur les dérivés. Toujours grâce à son mentor, il passe chez Meeschaert Rousselle, où il œuvrera en tant que sales trader. Il sera alors aux premières loges pour observer la montée en puissance des golden boys au début des années 90.
Au bout de deux ans, son père lui demande de le rejoindre. « Il m’a demandé de travailler avec lui. Ce que j’ai fait, mais j’ai toujours su que je travaillerai en dehors de la banque familiale pour réussir par moi-même. » Puis, en 1997, alors que l’établissement est cédé à Crédit Suisse, sa famille ne souhaite pas qu’il continue à sévir auprès d’eux. Philippe Hottinguer suit alors le groupe helvète où il sera en charge de l’advisory debt pour la banque privée et la gestion d’actifs à Paris. Au début des années 2000, Philippe Dapens rappelle Philippe Hottinguer pour lui proposer de monter sa propre firme. Ce que ce dernier fera pendant quelques mois avant que son actionnaire principal ne cède le groupe dont dépendait ladite boutique à Dexia.
Des projets et de la prudence
Après la crise de la Tech, Philippe Hottinguer et ses associés rachètent leur bébé et se développent dans l’activité de brokerage et de gestion d’actifs. Ils tirent alors leur épingle du jeu sur la titrisation immobilière. Depuis, la crise a secoué le milieu et d’une activité de 60 personnes, l’entité est passée à 20 collaborateurs. Après avoir remodelé sa boutique, Philippe Hottinguer a finalement décidé de laisser de côté l’activité de broker. « C’est moins mon ADN d’origine. C’est trop cyclique et lorsque vous n’êtes pas un dominant, vous ne vendez que de l’accès au financement, pas du conseil », explique Philippe Hottinguer. Ce dernier change alors la raison sociale de sa société, qui prendra son nom : Philippe Hottinguer Finance. « L’ADN de marque est reconnu. J’en ai beaucoup souffert à mes débuts, mais c’est en réalité un énorme avantage. On croit qu’une famille riche, c’est idyllique mais c’est peut-être même pire que dans d’autres familles. Cela crée des jalousies. C’est une formation assez exceptionnelle au métier de banquier conseil », souligne l’intéressé.
Cette formation est d’autant plus importante que Philippe Hottinguer a comme souche de clientèle des familles d’entrepreneurs, qu’il conseille sur des cibles à l’achat ou à la vente notamment. « On croit que l’argent des familles est figé. Ces dernières ont des cash-flows. Si elles ont vendu leur entreprise, elles cherchent généralement à réinvestir. Quand vous êtes une famille d’entrepreneurs, vous le restez », rapporte Philippe Hottinguer, qui de son côté laisse ses cinq enfants très libres de faire ce qu’ils ont envie même si l’éducation lui paraît très importante. Il a par exemple travaillé sur la diversification des activités de Dentressangle Initiatives, holding d’investissement de Norbert Dentressangle. Il a également accompagné la famille industrielle originaire de Rennes, Legris. Cela étant dit, Philippe Hottinguer reste très discret sur les opérations. « On veut que nos clients se sentent tranquilles. Avec l’éthique, c’est ce qui nous semble être une base indispensable à l’exercice du métier de banquier d’affaires », précise-t-il.
L’homme travaille également avec des fonds d’investissement et aimerait cultiver encore un peu plus cette clientèle et celle des grands corporates. « On ne cherche pas à se développer en nombre de personnes mais en taille et qualité d’opérations », poursuit Philippe Hottinguer. Un développement en région, notamment en Rhône-Alpes et PACA est également à l’ordre du jour. Le banquier reste très attaché à la France et à la Suisse. « La Suisse c’est assez l’inverse de la France. Les gens sont moins brillants mais très pragmatiques. En France, les gens sont brillants mais complètement irrationnels, ce qui explique l'instabilité », estime Philippe Hottinguer, ajoutant que son activité aime les choses stables. Une stabilité que pourrait peut-être apporter Emmanuel Macron.
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