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Anne-Gabrielle Heilbronner : du service de l'Etat à celui de Publicis

La secrétaire générale du groupe a vu son périmètre d'action s'accroître depuis son arrivée en 2012. Enarque et inspectrice des Finances, elle a été conseiller de ministres ou encore senior banker à la Société Générale.
Anne-Gabrielle Heilbronner
Anne-Gabrielle Heilbronner

Depuis qu’elle est arrivée chez Publicis en 2012, Anne-Gabrielle Heilbronner n’a cessé de voir son périmètre évoluer. Maurice Lévy lui a d’abord proposé l’audit, les affaires juridiques et la conformité, avant de lui confier le secrétariat général du groupe puis le pilotage des négociations avec Omnicom en 2013. Un an plus tard, elle entre au directoire et prend en charge les achats et les ressources humaines. Cette année, Arthur Sadoun lui a confié la RSE et la responsabilité du Women’s Forum. Un événement, racheté par Publicis il y a huit ans, et que le nouveau patron a voulu rattacher au plus haut niveau de la firme. « On est dans un marché concurrentiel. Nous avons des valeurs affirmées. Nous sommes une entreprise où la diversité compte et où la différence est valorisée. C’est important pour nos talents qui veulent travailler dans une entreprise qui donne un sens à son action, et pour nos clients, qui savent que ce ne sont pas des clones qui leur apporteront la meilleure expertise. C’est donc essentiel pour le business », explique Anne-Gabrielle Heilbronner.

Des événements chez Publicis, cette quarantenaire en a donc connus. Le rapprochement avorté avec Omnicom en fait partie. « Quand le projet a été arrêté, j’en ai compris les raisons. Je l’ai regretté parce que c’était un mouvement stratégique extrêmement intéressant mais c’était aussi la meilleure décision pour Publicis compte tenu de la tournure que prenaient les négociations », raconte celle qui considère cette période comme l’une des plus enthousiasmantes de sa vie professionnelle. Entourée de brillants professionnels lors de ces pourparlers, elle a apprécié le cercle vertueux d’intelligence qui faisait alors ressortir le meilleur de chacun.

Anne-Gabrielle Heilbronner a également connu l’époque « Maurice » et évolue désormais sous l’ère « Arthur ». Pour elle, Maurice Lévy est inséparable de l’entreprise qu’il a incarnée. « Il combine vision stratégique et sens du détail et du quotidien », relate-t-elle. L'homme partage sa vision du groupe avec Arthur Sadoun. En revanche, « ils n’ont pas la même manière de travailler. Maurice est capable d’aller très vite quand il le faut mais il aime bien prendre son temps. Arthur incarne un autre style de dynamique. Ils sont très complémentaires et travailler avec eux deux est assez fascinant et très motivant ».

Le lien d’Anne-Gabrielle Heilbronner au monde de l’entreprise s’est d’abord tissé à l’ESCP. Des études en école de commerce qu’ont vivement recommandées les parents de celle qui voulait déjà jeune servir l’Etat. Elle a alors participé à un échange avec BSN (depuis Danone) qui proposait un parcours découverte aux étudiants. A la question « qu’est-ce que veut dire pour vous la réussite ? », qui ponctuait le dossier de candidature à l’expérience, Anne-Gabrielle Heilbronner avait répondu à l'époque : « La réalisation de soi-même dans l’intérêt général ». Son sens de l’Etat, elle a pu le mettre à profit dès sa sortie de l’ENA (promotion René Char, 1995), lorsqu’elle a intégré l’inspection des finances. « Une école de rigueur, d’exigence et d’honnêteté intellectuelle » qui a été sans doute sa formation la plus utile et adaptée à ce monde qui change très vite, souligne l’intéressée, qui est également passée par les bancs de Sciences Po et de la fac de droit.

Si son amour pour la nation lui a peut-être été un peu inspiré par son père -François, qui a été directeur de cabinet adjoint de Jacques Chirac à Matignon- il lui a surtout été insufflé par le cardinal de Richelieu, dont la vision de l’Etat la fascinait. Celle qui a aussi envisagé d’être violoniste enchaînera par la direction du Trésor, où elle a notamment travaillé sur la privatisation du Crédit Foncier de France et la création en droit hexagonal des obligations foncières. Une expérience qui lui fera justement changer la vision qu'elle avait de l'Etat : « On sait ce qu’il faut faire. On a les gens brillants pour mener à bien les réformes mais au final il ne se passe pas grand-chose », reproche-t-elle à la machine.

Ce qui ne l’empêchera pas de plancher, à d'autres moments de sa carrière, sur des matières et des dossiers utiles, comme le rapport de la commission sur le projet industriel et financier d'EDF qu’elle remettra en 2004 à Nicolas Sarkozy. Elle œuvrera aussi au sein du cabinet d’Eric Worth à la réforme de l’Etat ou au Quai d’Orsay pour Philippe Douste-Blazy de 2005 à 2007. Elle y sera marquée par l’organisation de la remise des médailles des affaires étrangères qu’elle a mise sur pied afin de remercier les personnes mobilisées, dans le cadre de la guerre du Liban.

Au sein du monde de l'entreprise, Anne-Gabrielle Heilbronner a d'abord sévi chez Euris, de 2003 à 2005, où elle été spécialisée sur les opérations financières. Une expérience très formatrice sur le plan technique, qu'elle a vécue auprès de Jean-Charles Nouri. Notre interlocutrice a également travaillé à la SNCF (2007-2010) en qualité de directrice de l'audit et des risques. Après trois lettres de candidature envoyées en 2011 à un cabinet d’avocats, à Frédéric Oudéa et à Maurice Lévy -qui lui fera donc une proposition trois ans plus tard- elle intègre la Société Générale en qualité de senior banker. Ses clients ? JC Decaux, Essilor ou encore Nexans. Cette mère de quatre enfants et ex-femme d'Imad Lahoud, mise sur une valeur pour sa vie professionnelle : le travail. « Le meilleur reste à venir, il faut le construire, à tout âge de la vie », est l’un des adages qu’elle transmet et qu’elle veut sien.

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