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Pierre Kosciusko-Morizet : serial entrepreneur

Le co-fondateur de PriceMinister, qui a été vendu en 2010 aux Japonais, investit dorénavant dans des entreprises via son holding Kernel et le fonds ISAI. L’homme, qui n’aime pas l’argent qui dort, se dit prêt un jour à remonter sa boîte.
Pierre Kosciusko-Morizet
Pierre Kosciusko-Morizet

Pierre Kosciusko-Morizet qui a aujourd'hui 40 ans, n’aura pas attendu cet âge pour prendre son destin en main. Issu d’une famille à l’âme politique, le frère de Nathalie Kosciusko-Morizet, a créé son entreprise- Visualis SA (société de conseil en distribution)- dès 1998 en partenariat avec l’un de ses professeurs de HEC, école dont il n’était pas encore sorti alors. Un an après cette aventure qui aura été un échec, il part pour les Etats-Unis et devient manager au sein du département marketing et finance de Capital One, société de crédit qui était passée de zéro à 15 000 collaborateurs en cinq ans. « J’avais une conviction forte, qui aujourd’hui est devenue quelque chose de tellement commun mais qui n’était pas forcément évident pour tout le monde à l’époque : qu’internet deviendrait quelque chose d’important », explique celui qui en cette année 1999 avait déjà trouvé son appartement et ses meubles sur la toile.

L'aventure Priceminister

Un an plus tard, et fort de son expérience au pays de la tech, il lance aux côtés de Pierre Krings, PriceMinister. « On est arrivés après l’éclatement de la bulle. Nous avions moins de concurrents. On n’était pas obligés, comme on aurait dû le faire avant, de se lancer dans des campagnes marketing pour convaincre les investisseurs. On était prudents sur les dépenses », explique Pierre Kosciusko-Morizet qui précise que la baseline Devenez radins de son site s’appliquait également à ses fondateurs. « C’est un produit qui correspondait aux attentes des gens, à savoir faire des économies de façon intelligente. On est plus dans l’usage que dans la possession dorénavant », insiste l’ex-patron de PriceMinister.

Si ce dernier a choisi une entreprise qui fait dialoguer entre eux les particuliers, c’est par goût mais aussi pour éviter le risque de dépendre d’un gros client ou d’un fournisseur. De ses expériences passées, Pierre Kosciusko-Morizet a également appris à s’allier à des profils complémentaires. Au sein de PriceMinister, il a également embauché des personnalités avec lesquelles il avait une certaine entente. « Des personnes avec qui je serais capable de déjeuner et d’avoir des sujets de conversation. » Plus que le CV, il s’est intéressé à des profils passionnés, honnêtes et avides d’apprendre : « Ce qui est nécessaire quand on travaille dans le web où tout évolue en permanence ». Entouré de gens « meilleurs » que lui et souvent surdimensionnés pour leurs postes, cela lui a également permis d’avoir les têtes en place pour répondre aux besoins d’une société qui allait grandir.

Puis, en 2008, PriceMinister cherche à entrer en Bourse, afin de se financer pour se développer à l’international, ce que ne permettra pas l’état du marché. « On aurait eu du mal à se développer à l’international avec nos moyens », estime le dirigeant. D’autant qu’avec ses associés, ils s’étaient endettés personnellement de 11 millions d’euros. Les bénéfices servaient ainsi à rembourser la dette à un moment où il aurait plutôt fallu accélérer. Toutefois, en 2010 une porte s'ouvre : le leader japonais du e-commerce, Rakuten, se rapproche de PriceMinister, et offre près de 200 millions d’euros pour racheter l’entreprise et l’aider à sortir de son prisme hexagonal.

Business angel investi

Au bout de quatre années, les objectifs sont atteints et les acheteurs acceptent de voir partir Pierre Kosciusko-Morizet qui aurait dû rester contractuellement encore un an de plus. Car si l’intéressé a choisi de monter sa boîte, c’est que déjà en école de commerce, il aimait « les entrepreneurs, ces gens passionnés, qui sont maîtres de leur emploi du temps, qui sont libres ». D'ailleurs, en parallèle de ses activités chez PriceMinister, Pierre Kosciusko-Morizet a co-monté dès 2010 -avec notamment Geoffroy Roux de Bézieux- un fonds d’investissement pour les entrepreneurs d’internet qui rassemble lui-même plus de 130 entrepreneurs, nommé ISAI. Ce véhicule investit des tickets entre des centaines de milliers d’euros -pour des sociétés qui sont à leurs débuts- et 10 millions d’euros -pour des entreprises déjà plus rentables.

Par ailleurs, Pierre Kosciusko-Morizet possède son propre holding -Kernel- avec Pierre Krings, plus flexible sur les tickets, et qui ne s’interdit pas de miser sur des sociétés étrangères et hors tech. « C’est notre argent. On peut se permettre d’investir parce qu’on a un coup de cœur pour une société », ajoute Pierre Kosciusko-Morizet, qui « n’aime pas l’argent qui dort ». Notre interlocuteur tient également à aider les firmes dans lesquelles ses deux entités investissent. Du côté d’ISAI, il y a toujours au conseil des entreprises un partner du fonds ainsi qu’un entrepreneur-investisseur choisi par l’homme fort de la pépite financée. Parmi elles : Blablacar ou encore Quitoque, box de paniers repas.

Quels sont les critères de sélection de Pierre Kosciusko-Morizet ? On retrouve évidemment la personnalité du leader de la société, qui doit être enthousiaste et prêt à apprendre. « On trouve de plus en plus d’entreprises de grande qualité en France, avec des jeunes qui ont envie de conquérir le monde. » Et d’ajouter néanmoins que l’Hexagone a maintenant besoin d’avoir de véritables jeunes champions. « Tant qu’on n’aura pas quelques grosses boîtes, on aura du mal à en faire émerger d’autres. Il faut des entrepreneurs qui ne vendent pas leur société à 500 millions d’euros dès que les Américains toquent à la porte pour les racheter, mais attendent d’avoir atteint quelques milliards. » Pour sa part, Pierre Kosciusko-Morizet ne se met pas de pression mais envisage un jour de remonter sa propre entreprise, que ce soit dans le web ou ailleurs.

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